Genèse 22:1 · « Dieu mit Abraham à l'épreuve » : le mot exact, et ce qu'il ne dit pas
« Après ces choses, Dieu mit Abraham à l'épreuve, et lui dit : Abraham ! Et il répondit : Me voici ! »
Genèse 22:1 · Segond
« Or il arriva après ces choses, que Dieu éprouva Abraham, et lui dit : Abraham! Et il répondit : Me voici. »Genèse 22:1 · Martin 1744
ouvre le récit le plus dur du livre de la Genèse. Dieu va demander à Abraham d'offrir son fils Isaac en sacrifice, puis retenir sa main au dernier moment. Avant de raconter la scène, le verset pose un mot sur ce que Dieu s'apprête à faire : « Dieu mit Abraham à l'épreuve ».
« Après ces choses » renvoie au chapitre précédent : Isaac vient de naître à un père de cent ans (), Abraham a renvoyé Ismaël et sa mère Agar sur l'ordre de Dieu (), et il a conclu une alliance avec le roi Abimélek à Beer-Schéba (). C'est un homme dont la situation vient tout juste de se stabiliser que Dieu appelle par son nom.
Le mot exact : « éprouver », une première dans la Bible
Le verbe hébreu nâçâh, tester, éprouver, apparaît ici pour la première fois de toute la Bible. Les traductions françaises le rendent par « éprouver ». Ce même verbe revient 35 fois dans l'Ancien Testament : Dieu l'emploie encore dans le désert, quand les eaux de Mara sont amères (), quand la manne tombe pour la première fois (), au lieu nommé Massa et Meriba (, 7), puis au pied du Sinaï (). Moïse le reprend pour résumer les quarante années de marche dans le désert : « afin de t'humilier et de t'éprouver, pour savoir quelles étaient les dispositions de ton cœur et si tu garderais ou non ses commandements » ().
Une distinction que la Bible pose elle-même
Un autre livre de la Bible prend soin de distinguer deux idées que le français confond parfois : « Que personne, lorsqu'il est tenté, ne dise : C'est Dieu qui me tente. Car Dieu ne peut être tenté par le mal, et il ne tente lui-même personne » (). Le même livre emploie ailleurs le mot « épreuve » dans un sens positif : « L'épreuve de votre foi produit la patience » (). relève de ce second sens. Le texte ne montre pas Dieu poussant Abraham vers le mal ; il montre une confiance déjà là, mise face à un ordre qui la teste jusqu'au bout.
Le dialogue, verset par verset
- « Ton fils, ton unique, celui que tu aimes » (v. 2). Dieu nomme Isaac en dernier, après avoir nommé le lien : fils, unique, aimé. Le pays de Morija et l'ordre d'un holocauste, un sacrifice brûlé en entier, suivent immédiatement.
- « Où est l'agneau ? » (v. 6-8). Isaac porte le bois, Abraham porte le feu et le couteau. La question du fils reçoit une réponse qui ne dit pas tout : « Mon fils, Dieu se pourvoira lui-même de l'agneau pour l'holocauste ».
- La main retenue (v. 9-12). Abraham lie Isaac, l'installe sur l'autel, étend la main. Un ange l'appelle deux fois par son nom avant de parler : « N'avance pas ta main sur l'enfant... je sais maintenant que tu crains Dieu ».
- Le bélier et le nom du lieu (v. 13-14). Un bélier retenu par les cornes dans un buisson remplace Isaac sur l'autel. Abraham nomme le lieu Jehova-Jiré, « à la montagne de l'Éternel il sera pourvu ».
« Ton fils, ton unique » : un mot qui revient
Le mot hébreu yâchîyd, unique, désigne Isaac trois fois dans ce chapitre (, 12, 16). Le Nouveau Testament reprend cette désignation : « C'est par la foi qu'Abraham offrit Isaac, lorsqu'il fut mis à l'épreuve, et qu'il offrit son fils unique, lui qui avait reçu les promesses » (). Jean applique le même mot à Jésus, « son Fils unique » (Jean 3:16).
Ce que le texte dit de la foi d'Abraham
L'épître aux Hébreux ajoute un détail que Genèse 22 ne dit pas explicitement : « Il pensait que Dieu est puissant, même pour ressusciter les morts » (). Le livre de la Genèse, lui, rapporte seulement la phrase qu'Abraham adresse à ses serviteurs avant de monter sur la montagne : « moi et le jeune homme, nous irons jusque-là pour adorer, et nous reviendrons auprès de vous » (). Il annonce un retour à deux, avant de savoir comment ce retour est possible.
Morija, un nom qui revient plus loin dans la Bible
Le texte situe la scène « au pays de Morija » (). Un autre livre nomme cette même montagne des siècles plus tard : « Salomon commença à bâtir la maison de l'Éternel à Jérusalem, sur la montagne de Morija » (). Le lieu où Abraham a offert son fils est celui où le temple de Jérusalem a ensuite été construit.
Après l'épreuve, la promesse faite à Abraham est répétée et élargie : « je te bénirai et je multiplierai ta postérité, comme les étoiles du ciel et comme le sable qui est sur le bord de la mer... Toutes les nations de la terre seront bénies en ta postérité, parce que tu as obéi à ma voix » (). La même image des étoiles ouvrait déjà la promesse, sept chapitres plus tôt.
Pour aller plus loin
- L'homélie de Jean Chrysostome. Prédicateur à Antioche puis évêque de Constantinople à la fin du IVᵉ siècle. Sa quarante-septième homélie sur la Genèse commente ce chapitre verset par verset. Texte intégral en français.
- Le sermon de Charles Spurgeon. Pasteur anglais du XIXᵉ siècle. « Mature Faith » (sermon n°868, 2 mai 1869, Metropolitan Tabernacle) porte sur la foi d'Abraham à ce moment précis de sa vie : texte en anglais.
- Lire par toi-même. Genèse 21 (la naissance d'Isaac, le contexte immédiat), puis , qui commente ce chapitre du point de vue du Nouveau Testament.
Questions fréquentes
01Que dit Genèse 22:1 ?
02Pourquoi Dieu demande-t-il à Abraham de sacrifier son fils ?
03Est-ce que Dieu voulait vraiment la mort d'Isaac ?
04Genèse 22:1 contredit-il Jacques 1:13, « Dieu ne tente personne » ?
05Qui est Isaac ?
06Où se trouve le pays de Morija ?
07Que veut dire « Dieu se pourvoira lui-même de l'agneau » ?
08Quel est le rapport avec Jésus ?
09Comment appliquer ce verset à une épreuve personnelle ?
Comment vivre ce verset au quotidien
Le texte ne cache rien de la difficulté de l'ordre reçu par Abraham : Dieu nomme le fils, l'unique, celui qu'il aime, avant de nommer l'acte (). Une épreuve réelle porte sur quelque chose de réel, pas sur un détail sans conséquence.
Le texte donne aussi la réponse d'Abraham avant qu'il sache comment l'histoire se termine : « Me voici » (), puis l'annonce d'un retour à deux (), formulée avant que le bélier n'apparaisse dans le buisson.
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