Romains 4:18 · « espérant contre toute espérance » : d'où vient l'expression et ce qu'elle décrit vraiment
« Espérant contre toute espérance, il crut, en sorte qu'il devint père d'un grand nombre de nations, selon ce qui lui avait été dit : Telle sera ta postérité. »
Romains 4:18 · Segond
« Et [Abraham] ayant espéré contre espérance, crut qu'il deviendrait le père de plusieurs nations, selon ce qui lui avait été dit : ainsi sera ta postérité. »Romains 4:18 · Martin 1744
« Espérer contre toute espérance ». Tu emploies peut-être l'expression sans savoir qu'elle sort de la Bible. Elle vient de ce verset, mot pour mot : Paul, apôtre du premier siècle, y décrit Abraham, un homme de presque cent ans qui croit que Dieu va lui donner une descendance, alors que son corps est usé et que sa femme n'a jamais pu avoir d'enfant.
Le verset arrive au milieu d'un raisonnement. Dans ce chapitre de sa lettre aux Romains, Paul prend Abraham comme preuve : Dieu déclare un homme juste à cause de sa foi. Et pour montrer à quoi cette foi a ressemblé concrètement, il résume une attente de vingt-cinq ans entre la promesse et sa réalisation.
Pour suivre ce que Paul affirme, il faut remonter à l'histoire qu'il résume. Elle occupe une dizaine de chapitres de la Genèse, le premier livre de la Bible.
Vingt-cinq ans entre la promesse et la naissance
- 75 ans · la promesse initiale. Abram quitte son pays sur une parole de Dieu : « Abram était âgé de soixante-quinze ans, lorsqu'il sortit de Charan » (). Dieu lui promet une descendance. À ce moment, il n'a aucun enfant.
- La scène des étoiles · « Telle sera ta postérité ». Des années plus tard, Dieu le fait sortir de sa tente : « Regarde vers le ciel, et compte les étoiles, si tu peux les compter. Et il lui dit : Telle sera ta postérité » (). C'est la phrase que Paul cite à la fin de notre verset. La ligne suivante donne le verdict : « Abram eut confiance en l'Éternel, qui le lui imputa à justice » ().
- 99 ans · le changement de nom. « On ne t'appellera plus Abram ; mais ton nom sera Abraham, car je te rends père d'une multitude de nations » (). Dieu renomme « père d'une multitude » un vieillard sans enfant de Sara. Abraham tombe sur sa face et rit : « Naîtrait-il un fils à un homme de cent ans ? et Sara, âgée de quatre-vingt-dix ans, enfanterait-elle ? » ().
- 100 ans · Isaac. « Abraham était âgé de cent ans, à la naissance d'Isaac, son fils » (). Vingt-cinq ans se sont écoulés depuis la première promesse.
Voilà ce que Paul résume en une ligne. Quand il écrit « espérant contre toute espérance, il crut », il parle d'un homme qui a attendu un quart de siècle, et dont la Bible garde même la trace du rire.
Les mots du verset, un par un
- « Espérant contre toute espérance ». En grec par' elpida ep' elpidi, littéralement « contre espérance, sur espérance ». Paul emploie deux fois le même mot, elpis, l'espérance. Contre l'espérance humaine, qui ne donnait plus rien à attendre, Abraham s'est appuyé sur une autre espérance, celle que la promesse de Dieu venait de créer. La formule est passée telle quelle dans la langue courante française.
- « il crut ». En grec episteusen, du verbe pisteuō, croire, faire confiance. Le texte dit qu'Abraham a cru quelqu'un : sa confiance porte sur la personne qui a prononcé la promesse.
- « père d'un grand nombre de nations ». La reprise de , le verset du changement de nom. Paul vient de la citer : « Je t'ai établi père d'un grand nombre de nations » (). Le nom même d'Abraham porte la promesse.
- « Telle sera ta postérité ». Citation de , la scène des étoiles. Le grec parle de sperma, la semence, la descendance. Paul cite la promesse au mot près.
Ce que cette foi a fait des faits
Le verset suivant nomme ce qui rendait l'espérance humaine impossible : « son corps était déjà usé, puisqu'il avait près de cent ans », et « Sara n'était plus en état d'avoir des enfants » (). Le texte pose les deux faits sans les adoucir, et il dit ce qu'Abraham en a fait : il « ne considéra point » ces réalités, il a refusé de s'y arrêter.
La suite décrit le mécanisme : « Il ne douta point, par incrédulité, au sujet de la promesse de Dieu ; mais il fut fortifié par la foi, donnant gloire à Dieu, et ayant la pleine conviction que ce qu'il promet il peut aussi l'accomplir » (). La conviction d'Abraham porte sur un point unique : celui qui a promis a la puissance de tenir sa promesse.
La Genèse garde pourtant la trace des à-coups : Abraham rit devant la promesse (), et Sara rira à son tour (). La foi que Paul décrit a traversé des questions, et elle a tenu. Le verdict tombe au verset 22 : « C'est pourquoi cela lui fut imputé à justice », la même phrase qu'en .
Deux autres versets encadrent la même histoire :
« Abram eut confiance en l'Éternel, qui le lui imputa à justice. »
Genèse 15:6
« C'est pourquoi d'un seul homme, déjà usé de corps, naquit une postérité nombreuse comme les étoiles du ciel, comme le sable qui est sur le bord de la mer et qu'on ne peut compter. »
Hébreux 11:12
Pourquoi Paul raconte ça dans une lettre
Romains 4 répond à une question précise : comment un homme est-il déclaré juste devant Dieu ? Paul répond par une citation : « Abraham crut à Dieu, et cela lui fut imputé à justice » (). Le verbe grec, logizomai, appartient au vocabulaire du calcul et des comptes : porter quelque chose au compte de quelqu'un. La justice d'Abraham a été portée à son compte à cause de sa confiance, avant la circoncision, avant la loi de Moïse.
Paul écrit ensuite pourquoi cette histoire figure dans sa lettre : « ce n'est pas à cause de lui seul qu'il est écrit que cela lui fut imputé ; c'est encore à cause de nous, à qui cela sera imputé, à nous qui croyons en celui qui a ressuscité des morts Jésus notre Seigneur » (). La foi décrite dans ce verset a un objet précis pour le lecteur d'aujourd'hui : le Dieu « qui donne la vie aux morts » (), celui qui a ressuscité Jésus.
L'essentiel du verset
- L'expression vient d'ici. « Espérer contre toute espérance » est la formule de ce verset, passée dans la langue courante. Dans le texte, elle décrit un cas précis : un homme de presque cent ans qui croit une promesse de descendance.
- La foi s'appuie sur celui qui promet. Tout ce qu'Abraham possède tient dans une phrase : « Telle sera ta postérité ». Sa conviction porte sur la puissance de celui qui l'a prononcée (), et le texte nomme en face les faits contraires ().
- Cette foi est comptée comme justice. « C'est pourquoi cela lui fut imputé à justice » (). Et Paul précise que la phrase est écrite aussi « à cause de nous » () : la même confiance est portée au compte de celui qui croit au Dieu qui a ressuscité Jésus.
Pour aller plus loin
Jean Chrysostome, prédicateur à Antioche puis évêque de Constantinople à la fin du IVᵉ siècle, a commenté toute la lettre aux Romains en trente-deux homélies. La huitième couvre ce chapitre et la justification d'Abraham. Le texte intégral existe en français, en accès libre.
- L'homélie de Jean Chrysostome. Les homélies sur l'épître aux Romains, en français. La huitième porte sur Romains 4.
- Le sermon de John Piper. Pasteur américain. Sa série sur Romains passe par ce passage : Faith: in Hope, Against Hope, for the Glory of God (, en anglais).
- Lire par toi-même. Genèse 15 et 17 (la scène des étoiles, le changement de nom), puis , qui raconte la même attente en y ajoutant la foi de Sara.
Questions fréquentes
01Que dit Romains 4:18 ?
02D'où vient l'expression « espérer contre toute espérance » ?
03Qui est Abraham ?
04Qu'espérait Abraham exactement ?
05« Contre toute espérance » : la foi demande-t-elle de nier la réalité ?
06Abraham n'a-t-il jamais douté ?
07Que veut dire « imputé à justice » ?
08En quoi ce verset me concerne ?
09J'attends quelque chose depuis des années : ce verset promet-il que je l'obtiendrai ?
Comment vivre ce verset au quotidien
Commence par distinguer tes projets des promesses de Dieu. L'espérance de ce verset repose sur une parole donnée, et sur celui qui l'a prononcée. Un projet personnel, même légitime, n'a pas ce statut.
Ensuite, fais ce que le texte décrit : nomme les faits qui rendent ta situation humainement bloquée, sans les gommer, et mets en face ce que Dieu a dit. Abraham a tenu les deux ensemble pendant vingt-cinq ans, avec un rire au milieu. La scène des étoiles s'ouvre d'ailleurs sur un « Ne crains point » adressé à Abram.
Et si tu ne sais pas ce que Dieu a réellement promis, la question passe avant tout le reste. Demande à bxble ce que la Bible promet, et ce qu'elle ne promet pas.
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