Lieu biblique

Égypte dans la Bible

Le pays refuge devenu maison de servitude. Abram y descend pour une famine, Israël y devient esclave, Dieu s'y définit pour toujours comme celui qui en fait sortir, et l'enfant Jésus y est mis à l'abri.

En hébreu, Mitsraïm, un nom porté par un descendant de Cham dans la table des peuples : étymologie discutée.

L'Égypte entre dans la Bible comme un recours : « Il y eut une famine dans le pays ; et Abram descendit en Égypte pour y séjourner » (). Elle jouera ce rôle de grenier à blé pendant toute la Genèse, jusqu'à Joseph, qui y fait venir sa famille avec la promesse de Dieu à Jacob : « Ne crains point de descendre en Égypte… Moi-même je descendrai avec toi en Égypte, et moi-même je t'en ferai remonter » ().

La bascule tient en un verset : « Il s'éleva sur l'Égypte un nouveau roi, qui n'avait point connu Joseph » (). Le refuge devient la maison de servitude, et il faudra dix plaies et une mer ouverte pour en sortir.

L'événement est si fondateur que Dieu s'y définit lui-même, en tête des dix paroles : « Je suis l'Éternel, ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, de la maison de servitude » (). Et il en tire une éthique : « Vous aimerez l'étranger, car vous avez été étrangers dans le pays d'Égypte » ().

L'Égypte reste pourtant une tentation permanente. Au désert, le peuple se souvient « des poissons que nous mangions en Égypte, et qui ne nous coûtaient rien, des concombres, des melons, des poireaux, des oignons et des aulx » () ; des siècles plus tard, les rescapés de Jérusalem y redescendent contre l'avis de Jérémie (). Le pays de la servitude garde un parfum de sécurité.

Le Nouveau Testament rejoue la descente et la remontée sur un enfant : « Lève-toi, prends le petit enfant et sa mère, fuis en Égypte » (). Le retour accomplit Osée : « J'ai appelé mon fils hors d'Égypte » (). L'Égypte redevient, pour le Fils, ce qu'elle avait été pour les patriarches : un abri.

Et le dossier ne se ferme pas sur une condamnation. Ésaïe ose l'une des promesses les plus larges des prophètes : « Bénis soient l'Égypte, mon peuple, et l'Assyrie, œuvre de mes mains, et Israël, mon héritage ! » (). L'ancien oppresseur reçoit le titre réservé à Israël : mon peuple.

Ce que ce lieu nous apprend

  • L'Égypte est les deux à la fois, refuge et servitude : la Bible ne fige pas les pays en camps, elle raconte des bascules (, ).
  • La sortie d'Égypte est la carte d'identité de Dieu dans l'Ancien Testament () : avant de dire ce qu'il exige, il rappelle ce qu'il a fait.
  • La nostalgie de l'Égypte () est le réflexe des libérés : la Bible connaît la tentation de préférer une servitude confortable à une liberté coûteuse.

Les passages où Égypte apparaît

Le nom apparaît dans 564 versets de la Segond, de Genèse 12:10 à Apocalypse 11:8. Compte calculé sur le corpus, pas estimé. Le compte porte sur le nom du pays ; les 113 versets qui parlent des Égyptiens eux-mêmes n'y figurent pas. Les passages ci-dessous sont les moments clés, pas la liste complète.

Le refuge d'Abram

« Il y eut une famine dans le pays ; et Abram descendit en Égypte pour y séjourner, car la famine était grande dans le pays. »

Genèse 12:10

La maison de servitude

« Je suis l’Éternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude. »

Exode 20:2

« Bénis soient l'Égypte, mon peuple »

« L’Éternel des armées les bénira, en disant : Bénis soient l’Égypte, mon peuple, Et l’Assyrie, œuvre de mes mains, Et Israël, mon héritage ! »

Ésaïe 19:25

En une phrase

L'Égypte est le pays dont Dieu fait sortir, la tentation vers laquelle on veut redescendre, l'abri de l'enfant Jésus, et le peuple qu'Ésaïe finit par entendre bénir.

Lis Exode 1, puis : deux enfants sauvés en Égypte, à quinze siècles d'écart. La page du nom de Moïse compte celui qui en est sorti le premier. Le bras de fer avec Pharaon est détaillé dans la liste des dix plaies. L'aller-retour du Fils est retracé dans la connexion « j'ai appelé mon fils hors d'Égypte ».

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