Pourquoi Dieu a-t-il ordonné d'exterminer les peuples de Canaan ?
Deutéronome 9:5 · à cause de la méchanceté de ces nations
Le peuple est arrêté au bord du Jourdain, prêt à passer, et l'ordre qu'il reçoit ne prévoit aucun survivant : « dans les villes de ces peuples dont l'Éternel, ton Dieu, te donne le pays pour héritage, tu ne laisseras la vie à rien de ce qui respire » (). Avant qu'Israël se croie récompensé pour sa vertu, le livre coupe court : « ce n'est point à cause de ta justice et de la droiture de ton cœur que tu entres en possession de leur pays ; mais c'est à cause de la méchanceté de ces nations » (). Cette méchanceté, la décrit : « elles brûlaient au feu leurs fils et leurs filles en l'honneur de leurs dieux ».
abomination apparaît dans 147 versets de la Louis Segond (138 dans l'Ancien Testament, 9 dans le Nouveau), répartis sur 25 livres, de Genèse 43:32 à Apocalypse 21:27.
Le scan compte « abomination », « abominations » et « abominable ». C'est le mot par lequel le texte qualifie les pratiques reprochées aux nations du pays, et il sert ailleurs à d'autres choses jugées odieuses : en Genèse 43:32, un repas partagé entre Égyptiens et Hébreux.
L'ordre, dans les termes du livre
Sept peuples sont nommés un par un, « les Héthiens, les Guirgasiens, les Amoréens, les Cananéens, les Phéréziens, les Héviens et les Jébusiens » (), et toute négociation est fermée d'avance : « tu les dévoueras par interdit, tu ne traiteras point d'alliance avec elles, et tu ne leur feras point grâce » (). Dévouer par interdit veut dire retirer une chose de tout usage humain, en la vouant à la destruction.
Le chapitre 20 descend au niveau des villes, et n'y laisse « rien de ce qui respire » (). Deux versets plus loin vient le but : « afin qu'ils ne vous apprennent pas à imiter toutes les abominations qu'ils font pour leurs dieux, et que vous ne péchiez point contre l'Éternel, votre Dieu » (). Ce que le peuple risque d'apprendre au contact de ces villes est écrit dans le même paragraphe que l'ordre de les détruire.
Israël n'a rien mérité de cette terre
La conclusion qu'un vainqueur tire d'ordinaire de sa victoire est coupée d'avance : « Lorsque l'Éternel, ton Dieu, les chassera devant toi, ne dis pas en ton cœur : C'est à cause de ma justice que l'Éternel me fait entrer en possession de ce pays. Car c'est à cause de la méchanceté de ces nations que l'Éternel les chasse devant toi » ().
L'avertissement revient au verset suivant presque mot pour mot (), puis une troisième fois, avec une charge contre le peuple lui-même : « tu es un peuple au cou roide » (). Le chapitre enchaîne sur les fautes commises au désert, jusqu'à cette phrase : « l'Éternel s'irrita contre vous, et eut la pensée de vous détruire » (). Le chapitre qui annonce la conquête rappelle donc qu'Israël a failli y passer.
Des enfants brûlés, des morts consultés
Le reproche est détaillé, sans rien laisser deviner : « elles servaient leurs dieux en faisant toutes les abominations qui sont odieuses à l'Éternel, et même elles brûlaient au feu leurs fils et leurs filles en l'honneur de leurs dieux » (). nomme le dieu qui les reçoit, Moloc, et la peine encourue par celui qui lui livre un de ses enfants : la lapidation.
donne la liste complète : « personne qui fasse passer son fils ou sa fille par le feu, personne qui exerce le métier de devin, d'astrologue, d'augure, de magicien », à quoi le verset suivant ajoute « personne qui interroge les morts » (). ferme la liste en la reliant à la conquête : « c'est à cause de ces abominations que l'Éternel, ton Dieu, va chasser ces nations devant toi ».
Quatre cents ans annoncés à Abraham avant le premier soldat
Le délai est posé longtemps à l'avance. Abraham, l'ancêtre à qui le pays est promis, s'entend dire que ses descendants « seront étrangers dans un pays qui ne sera point à eux » et qu'on les opprimera « pendant quatre cents ans » (). Trois versets plus loin vient la raison de cette attente : « À la quatrième génération, ils reviendront ici ; car l'iniquité des Amoréens n'est pas encore à son comble » (). Les Amoréens sont l'un des peuples du pays.
Même l'exécution est annoncée lente : « L'Éternel, ton Dieu, chassera peu à peu ces nations loin de ta face ; tu ne pourras pas les exterminer promptement » (). En , la raison tient à l'état du pays, « de peur que le pays ne devienne un désert et que les bêtes des champs ne se multiplient contre toi ».
La même menace pèse sur Israël, et elle finit par tomber
Le pays rejette quiconque s'y conduit de cette manière, Israël compris : « Prenez garde que le pays ne vous vomisse, si vous le souillez, comme il aura vomi les nations qui y étaient avant vous » (). vise dans les mêmes termes « l'indigène » et « l'étranger qui séjourne au milieu de vous ».
Des siècles plus tard, la sanction tombe sur le royaume du Nord, qui avait suivi « les coutumes des nations que l'Éternel avait chassées devant les enfants d'Israël » () jusqu'à faire « passer par le feu leurs fils et leurs filles » (). En , la conclusion emploie le verbe de la conquête : « L'Éternel a rejeté toute la race d'Israël ; il les a humiliés, il les a livrés entre les mains des pillards, et il a fini par les chasser loin de sa face ».
Rahab habite Jéricho et reste en vie
Les deux hommes envoyés en reconnaissance « arrivèrent dans la maison d'une prostituée, qui se nommait Rahab » (). Elle les cache sous des tiges de lin, sur son toit, pendant que le roi de la ville les fait chercher. Puis elle leur dit ce qu'elle a compris : « c'est l'Éternel, votre Dieu, qui est Dieu en haut dans les cieux et en bas sur la terre » (), et elle demande la vie sauve pour sa famille ().
La promesse tient quand la ville tombe : « Josué laissa la vie à Rahab la prostituée, à la maison de son père, et à tous ceux qui lui appartenaient » (). Une lettre du Nouveau Testament y revient : « C'est par la foi que Rahab la prostituée ne périt pas avec les rebelles, parce qu'elle avait reçu les espions avec bienveillance » (). Une Rahab figure aussi dans la généalogie qui ouvre le Nouveau Testament, « Salmon engendra Boaz de Rahab » () ; rien n'y précise s'il s'agit de la même femme.
Le génocide, les enfants, ceux qui sont restés
Le texte ordonne-t-il un génocide ?
Le mot n'existe pas dans le texte, et l'ordre de ne prévoit aucune exception dans les villes visées. Le motif que le livre inscrit nomme une conduite : « c'est à cause de la méchanceté de ces nations » (), et la même sanction est annoncée à Israël s'il adopte les mêmes pratiques ().
Et les enfants des peuples visés ?
vise tout ce qui respire dans ces villes, sans exception écrite. Aucun verset ne donne de raison pour les enfants, et le livre n'y revient jamais. C'est un des endroits où le texte ordonne sans expliquer.
Tous les habitants ont-ils été tués ?
Le livre des Juges raconte l'inverse d'un anéantissement : Manassé « ne chassa point les habitants de Beth-Schean » (), et les enfants d'Israël « habitèrent au milieu des Cananéens » (), jusqu'à épouser leurs filles ().
Un habitant du pays pouvait-il être épargné ?
Rahab et sa famille le sont à Jéricho (). Une ville entière l'est aussi : « Il n'y eut aucune ville qui fît la paix avec les enfants d'Israël, excepté Gabaon, habitée par les Héviens » ().
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