← Toutes les exégèses
Jean 1:43·8 min de lecture

Jean 1:43 · « Suis-moi » : les deux mots par lesquels Jésus appelle Philippe

« Le lendemain, Jésus voulut se rendre en Galilée, et il rencontra Philippe. Il lui dit : Suis-moi. »

Jean 1:43 · Segond

« Le lendemain Jésus voulut aller en Galilée, et il trouva Philippe, auquel il dit : suis-moi. »Jean 1:43 · Martin 1744

Le premier chapitre de l'évangile de Jean raconte comment les premiers disciples arrivent auprès de Jésus.

Deux disciples de Jean-Baptiste le suivent parce que Jean-Baptiste le leur désigne (v. 35-37). L'un des deux, André, va chercher son frère Simon et le conduit à Jésus (v. 41-42). Plus loin, Philippe ira chercher Nathanaël (v. 45).

Le verset 43 se passe autrement. Jésus trouve Philippe lui-même, et lui dit deux mots : « Suis-moi ».

Ces deux mots sont tout ce que Philippe reçoit. Aucune explication, aucune promesse, aucun titre. Le chapitre enchaîne directement sur ce que Philippe fait ensuite.

I. Texte et position dans le livre

Jean date ce chapitre jour par jour. La formule « le lendemain » revient aux versets 29, 35 et 43. Le verset 43 ouvre donc la quatrième journée du récit.

Jésus quitte les bords du Jourdain, là où Jean-Baptiste baptisait, pour la Galilée, la province du nord où il a grandi. C'est en chemin que Philippe entre dans le récit.

Le verset suivant situe Philippe : « Philippe était de Bethsaïda, de la ville d'André et de Pierre » (v. 44). Un village de pêcheurs au bord du lac. Les trois hommes viennent du même endroit.

Deux versets plus loin, Philippe fait à Nathanaël ce qu'André avait fait à Simon : il va le chercher (v. 45). Le chapitre se termine sur la rencontre entre Jésus et Nathanaël (v. 47-51).

II. Analyse du texte

  1. 1. « Le lendemain ». Quatrième journée du chapitre, après celles des versets 29 et 35. Jean compte les jours de cette première semaine, et il enchaîne au chapitre suivant sur les noces de Cana, « trois jours après » (2:1). → Le récit avance vite. Philippe est appelé dans les tout premiers jours.
  2. 2. « voulut se rendre en Galilée ». Grec thelo (θέλω), vouloir, décider. Le dictionnaire de Strong le distingue d'un simple consentement : c'est une décision arrêtée. → Jésus va en Galilée parce qu'il l'a décidé. La rencontre avec Philippe a lieu dans ce déplacement voulu.
  3. 3. « il rencontra Philippe ». Grec heurisko (εὑρίσκω), trouver. Le verbe revient trois fois dans ce chapitre : André trouve son frère Simon (v. 41), Jésus trouve Philippe (v. 43), Philippe trouve Nathanaël (v. 45). La Bible Martin traduit les trois par « trouva ». → Sur les trois rencontres, une seule a Jésus pour sujet, et c'est celle-ci. Philippe est trouvé avant d'aller trouver quelqu'un à son tour.
  4. 4. « Suis-moi ». Grec akolouthei moi, du verbe akoloutheo (ἀκολουθέω). Le dictionnaire de Strong le définit : « être de la même manière avec, c'est-à-dire accompagner, spécialement comme disciple ». Le verbe apparaît quatre fois dans ce seul chapitre (v. 37, 38, 40, 43). → L'ordre demande de marcher avec quelqu'un, dans la durée. Il ne demande pas d'abord de comprendre.
  5. 5. « Philippe ». Grec Philippos (Φίλιππος), un nom grec qui veut dire « qui aime les chevaux ». Le Nouveau Testament le porte 38 fois, réparties entre plusieurs personnages. → Un juif de Galilée qui porte un nom grec : la région était mélangée, et Jean le confirmera au chapitre 12, quand des Grecs venus à Jérusalem s'adresseront précisément à lui (12:20-21).

III. Structure logique du verset

  1. Une décision. « Jésus voulut se rendre en Galilée. » Le verset commence par ce que Jésus a décidé, avant de dire qui il rencontre.
  2. Une rencontre. « et il rencontra Philippe. » Le texte ne dit rien de Philippe avant ce moment : ni sa profession, ni son attente, ni ce qu'il faisait là. Le verset suivant donnera seulement sa ville.
  3. Deux mots. « Suis-moi. » L'ordre ne s'accompagne d'aucun argument. Le chapitre ne rapporte pas non plus de réponse de Philippe : il rapporte ce qu'il fait deux versets plus loin.
  4. Une suite immédiate. Au verset 45, Philippe va chercher Nathanaël et lui dit : « Nous avons trouvé celui de qui Moïse a écrit dans la loi. » L'appelé devient celui qui appelle.

Le mot « trouver » circule ainsi de main en main dans le chapitre. Philippe dit à Nathanaël « nous avons trouvé », alors que le verset 43 vient de dire que c'est lui qui a été trouvé.

IV. Liens bibliques

Versets parallèles :

« Ce fut lui qui rencontra le premier son frère Simon, et il lui dit : Nous avons trouvé le Messie (ce qui signifie Christ). (le même verbe grec) »

Jean 1:41

« Philippe rencontra Nathanaël, et lui dit : Nous avons trouvé celui de qui Moïse a écrit dans la loi et dont les prophètes ont parlé, Jésus de Nazareth, fils de Joseph. »

Jean 1:45

« Jésus leur dit : Suivez-moi, et je vous ferai pêcheurs d'hommes. (le même ordre, adressé à Simon et André) »

Marc 1:17

« Il lui dit : Suis-moi. Cet homme se leva, et le suivit. (l'appel de Matthieu, collecteur d'impôts) »

Matthieu 9:9

« Ce n'est pas vous qui m'avez choisi ; mais moi, je vous ai choisis, et je vous ai établis, afin que vous alliez, et que vous portiez du fruit. »

Jean 15:16

« Et ayant ainsi parlé, il lui dit : Suis-moi. (les mêmes mots à Pierre, après la résurrection) »

Jean 21:19

Les évangiles emploient cet ordre à plusieurs reprises, toujours de la même façon : deux mots, sans négociation. Simon et André le reçoivent au bord du lac (), Matthieu à son bureau de péage (), Pierre une dernière fois après la résurrection ().

Au chapitre 15, Jésus revient sur l'initiative : « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi ; mais moi, je vous ai choisis » (15:16). C'est exactement ce que le verset 43 raconte en une ligne.

V. Synthèse théologique

L'appel précède la compréhension. Philippe suit avant d'avoir reçu la moindre explication, et il passe le message avant d'avoir tout compris lui-même.

  1. Jésus cherche en premier. Le chapitre est plein de gens qui cherchent : des disciples qui demandent « où demeures-tu ? » (v. 38), un frère qui court chercher son frère (v. 41). Au verset 43, c'est Jésus qui se déplace et qui trouve.
  2. L'appel tient en deux mots. « Suis-moi » ne contient ni doctrine ni programme. Le verbe grec veut dire accompagner. Ce qui est demandé, c'est la présence, sur la durée.
  3. Celui qui est trouvé va chercher. Deux versets séparent l'appel de Philippe et son départ vers Nathanaël. Il ne se forme pas d'abord, il parle de ce qu'il vient de voir.
  4. Philippe reste lent à comprendre. Le même homme demandera plus tard à Jésus de lui montrer le Père, et s'entendra répondre : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne m'as pas connu, Philippe ! » (14:9). Suivre et comprendre ne vont pas au même rythme.

VI. Ce qu'on peut lire sur ce sujet

Jean Chrysostome, prédicateur d'Antioche puis évêque de Constantinople à la fin du IVe siècle, consacre à ce passage sa vingtième homélie sur l'évangile de Jean, qui couvre les versets 43 à 49. Il relève exactement la différence avec les appels précédents :

« Philippe, sans avoir rien appris de personne, seulement sur ce que Jésus-Christ lui dit : « Suivez-moi », obéit sur-le-champ pour ne le plus quitter et l'annoncer lui-même aux autres. »

· Jean Chrysostome, Vingtième homélie sur l'évangile de Jean

André avait été convaincu par Jean-Baptiste, Simon par André. Chrysostome note que Philippe, lui, n'a eu personne entre Jésus et lui.

Quinze siècles plus tard, Charles Spurgeon, prédicateur londonien du XIXe siècle, prêche sur ces versets le 24 juin 1888. Il construit tout son sermon sur le décalage entre ce que Philippe dit au verset 45 et ce que le texte a dit au verset 43 :

« Le Christ n'a pas eu besoin de prêcher un long sermon ; son discours ne contenait que deux mots : « Suis-moi ». »

· Charles Spurgeon, Found by Jesus, and Finding Jesus, 24 juin 1888 (traduit de l'anglais)

Pour aller plus loin :

  1. L'homélie de Chrysostome. La vingtième homélie sur l'évangile de Jean, en français, texte intégral et libre de droit. Elle couvre les versets 43 à 49, donc l'appel de Philippe et la rencontre avec Nathanaël.
  2. Le sermon de Spurgeon. Found by Jesus, and Finding Jesus, sermon n° 2375, Metropolitan Tabernacle Pulpit vol. 40 (en anglais).
  3. Le commentaire de Calvin. Jean Calvin commente ce verset dans son Commentaire sur l'évangile de Jean (1553). Il y tire de l'appel de Philippe une remarque sur la force d'une seule parole de Dieu. Texte en anglais sur biblehub.
  4. Le commentaire de Xavier Léon-Dufour. Lecture de l'évangile selon Jean, tome I (chapitres 1 à 4), Seuil, collection « Parole de Dieu », ISBN 9782020099349. Écrit directement en français, lecture continue du texte, questions techniques renvoyées en fin de volume.

VII. Questions, objections et micro-intentions

Compréhension

01Qui est Philippe ?
Un juif de Galilée, de Bethsaïda, la ville d'André et de Pierre (v. 44). L'évangile de Jean le montre quatre fois : ici, devant la foule à nourrir (6:5-7), quand des Grecs demandent à voir Jésus (12:21-22), et quand il demande à voir le Père (14:8).
02Pourquoi « Suis-moi » et rien d'autre ?
Le verbe grec veut dire accompagner, marcher avec quelqu'un. Ce qui est demandé en premier, c'est de rester là. Les explications viennent ensuite, et dans le cas de Philippe elles viendront tard.
03Philippe a-t-il répondu ?
Le texte ne rapporte aucune réponse. Il rapporte ce qu'il fait deux versets plus loin : aller chercher Nathanaël (v. 45).
04Est-ce le même Philippe que celui des Actes ?
Non. Les Actes des apôtres présentent un autre Philippe, un des sept chargés du service des tables puis évangéliste (, 8:5). Les deux hommes sont souvent confondus.

Doctrinal et apologétique

01Faut-il tout comprendre avant de suivre ?
Le verset répond par l'ordre des faits. Philippe suit d'abord. Au chapitre 14, il n'a toujours pas compris qui est Jésus, et il le suit depuis le premier jour.
02Est-ce Jésus qui choisit, ou l'homme ?
Ici, c'est Jésus qui se déplace et qui trouve. Il le dira lui-même au chapitre 15 : « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi ; mais moi, je vous ai choisis » (15:16).
03Pourquoi Philippe part-il chercher Nathanaël si vite ?
Le texte n'en donne pas la raison. Il donne la chronologie : deux versets entre l'appel et le départ. Ce que Philippe annonce, il l'a reçu la veille.

Existentiel et spirituel

01Je n'ai jamais entendu d'appel aussi net.
Philippe entend deux mots dans une rencontre ordinaire, sur une route, un jour de voyage. Le texte ne décrit ni voix du ciel ni lumière. Il décrit quelqu'un qui vient à sa rencontre et qui parle.
02Je ne me sens pas prêt à parler de ma foi.
Philippe part chercher Nathanaël deux versets après son appel. Il ne connaît presque rien. Il dit simplement ce qu'il a vu, et quand Nathanaël objecte, il répond : « Viens, et vois » (v. 46).
03J'ai l'impression de suivre sans avancer.
Le même Philippe finira par demander à voir le Père, et s'entendra répondre qu'il l'avait devant lui : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne m'as pas connu, Philippe ! » (14:9). Suivre longtemps sans tout comprendre est décrit dans le texte, pas condamné.

VIII. FAQ synthétique

01Que dit Jean 1:43 ?
« Le lendemain, Jésus voulut se rendre en Galilée, et il rencontra Philippe. Il lui dit : Suis-moi. » Jésus se déplace, trouve Philippe et l'appelle en deux mots.
02Qu'a-t-il de particulier dans ce chapitre ?
Les autres disciples y sont amenés par quelqu'un : André par Jean-Baptiste, Simon par André, Nathanaël par Philippe. Philippe est trouvé par Jésus lui-même.
03Que veut dire « Suis-moi » ?
Le verbe grec akoloutheo veut dire accompagner, marcher avec. L'ordre demande une présence dans la durée, avant toute compréhension.

Comment vivre ce verset dans ma vie de tous les jours ?

Philippe est appelé un jour de route, sans préparation. Il n'a rien demandé et rien cherché. Le texte dit seulement que Jésus allait en Galilée et qu'il l'a trouvé.

Deux mots suffisent, et ils portent sur la durée. Suivre quelqu'un, ça veut dire rester avec lui quand la journée est banale et quand elle est mauvaise.

Concrètement, ça déplace la question que tu te poses. La question n'est pas de savoir si tu as tout compris. Philippe suit longtemps avant de poser la question qui montre qu'il n'avait pas compris (14:8).

Et si tu attends d'être solide avant d'en parler autour de toi, regarde ce que fait Philippe : deux versets après son appel, il va chercher Nathanaël avec ce qu'il a, c'est-à-dire presque rien. Demande à bxble ce que la Bible dit sur l'appel des disciples.

Que ta journée soit inspirante.

Une question sur ce passage ?

Pose-la à bxble →
La Rédaction · bxble, publié le 20 juillet 2026

Autres exégèses