← Toutes les exégèses
Romains 8:38-39·10 min de lecture

Romains 8:38-39 · ni la mort ni la vie : pourquoi rien ne peut séparer le croyant de l'amour de Dieu

« Car j'ai l'assurance que ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni les choses présentes ni les choses à venir, ni les puissances, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur. »

Romains 8:38-39 · Segond

« Car je suis assuré que ni la mort, ni la vie, ni les Anges, ni les Principautés, ni les Puissances, ni les choses présentes, ni les choses à venir, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature, ne nous pourra séparer de l'amour de Dieu, qu'il nous a montré en Jésus-Christ notre Seigneur. »Romains 8:38-39 · Martin 1744

On lit souvent ce texte aux obsèques. Paul, apôtre du premier siècle, y termine le chapitre 8 de sa lettre aux Romains par une liste : dix réalités passées en revue, de la mort aux puissances invisibles, et un verdict : aucune « ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur ».

La première phrase donne le registre : « j'ai l'assurance ». Paul écrit une certitude, et il l'écrit à la fin d'une démonstration de huit chapitres. Pour peser cette assurance, il faut lire la page d'où elle sort.

Un chapitre encadré par deux « aucun »

« Il n'y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ » (). Le chapitre commence là, et il se ferme sur nos deux versets : aucune condamnation au début, aucune séparation à la fin.

Juste avant notre passage, Paul aligne quatre questions et répond à chacune () : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » ; « Qui accusera les élus de Dieu ? C'est Dieu qui justifie ! » ; « Qui les condamnera ? Christ est mort ; bien plus, il est ressuscité » ; « Qui nous séparera de l'amour de Christ ? ».

La dernière question reçoit d'abord une liste d'épreuves réelles : « la tribulation, ou l'angoisse, ou la persécution, ou la faim, ou la nudité, ou le péril, ou l'épée » (), suivie d'une citation de psaume sur des croyants « regardés comme des brebis destinées à la boucherie » (, qui cite le ). Paul écrit à des gens pour qui ces mots décrivent des risques concrets. Sa réponse : « dans toutes ces choses nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés » (). Nos deux versets développent ce « plus que vainqueurs ».

Les mots du verset, un par un

  1. « j'ai l'assurance ». En grec pepeismai, du verbe peithō, persuader, à un temps qui décrit un état acquis : « je suis persuadé, et je le reste ». Une traduction française ancienne rend la phrase par « je suis assuré ». Cette conviction est un point d'arrivée : Paul l'écrit après huit chapitres d'argumentation.
  2. « ni la mort ni la vie ». La paire ouvre la liste. La mort d'abord, la menace la plus évidente. La vie ensuite : le verset 35 vient d'énumérer ce qu'elle peut contenir d'épreuves, de l'angoisse à l'épée.
  3. « les anges, les dominations, les puissances ». En grec angeloi, archai, dynameis. Paul emploie ces mots ailleurs pour des êtres spirituels : « nous n'avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les dominations, contre les autorités » (). L'affirmation couvre le monde invisible en entier.
  4. « les choses présentes, les choses à venir ». En grec enestōta et mellonta. Le temps au complet : ce qui t'arrive en ce moment et tout ce qui peut encore arriver. Le futur figure dans la liste : aucun scénario à venir ne peut défaire cette relation.
  5. « la hauteur, la profondeur ». En grec hypsōma et bathos. L'espace au complet, ce qui est au-dessus et ce qui est en dessous. Après le temps, Paul écarte l'espace : aucun lieu d'où une menace pourrait venir.
  6. « aucune autre créature ». En grec ktisis, ce qui a été créé. La clause ferme la liste : tout ce qui existe en dehors de Dieu est une créature. La séparation ne peut donc venir de nulle part, sauf de Dieu lui-même, et le chapitre vient d'établir qu'il est « pour nous » ().
  7. « séparer ». En grec chōrisai, du verbe chōrizō. C'est le mot des séparations concrètes : le même verbe apparaît quand Jésus parle du mariage, « que l'homme ne sépare pas ce que Dieu a joint » ().

D'où Paul tire cette certitude

L'assurance du verset 38 repose sur des faits énoncés quelques lignes plus haut. Le premier : « Lui, qui n'a point épargné son propre Fils, mais qui l'a livré pour nous tous, comment ne nous donnera-t-il pas aussi toutes choses avec lui ? » (). Le raisonnement va du plus grand au plus petit : Dieu a déjà donné ce qui lui coûtait le plus.

Le second : « Christ est mort ; bien plus, il est ressuscité, il est à la droite de Dieu, et il intercède pour nous » (). L'amour du verset 39 est situé : « en Jésus-Christ notre Seigneur ». Il s'est prouvé en un point précis de l'histoire : « lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous » ().

D'autres versets posent la même garantie, dans la bouche de Jésus cette fois :

« Je leur donne la vie éternelle ; et elles ne périront jamais, et personne ne les ravira de ma main. »

Jean 10:28

« Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tous ; et personne ne peut les ravir de la main de mon Père. »

Jean 10:29

La garantie porte sur la séparation

Le verset ne retire aucune épreuve de la liste du verset 35. La faim, la persécution et l'épée restent des réalités : la citation du psaume au verset 36 décrit des croyants mis à mort « tout le jour ». La garantie porte sur un point précis : aucune de ces épreuves n'a le pouvoir de séparer le croyant de l'amour de Dieu. C'est ce que Paul appelle être « plus que vainqueurs » () : traverser les mêmes épreuves que tout le monde, avec une relation que ces épreuves n'atteignent pas.

L'essentiel du verset

  1. La liste couvre tout. Quatre paires (la mort et la vie, les anges et les dominations, le présent et l'avenir, la hauteur et la profondeur), les puissances, et une clause finale : « aucune autre créature ». Temps, espace, monde visible et invisible : Paul passe en revue tout ce qui existe.
  2. La certitude s'appuie sur des faits. « J'ai l'assurance » repose sur le verset 32 (Dieu a livré son propre Fils) et le verset 34 (Christ est ressuscité et intercède). L'assurance s'appuie sur des événements déjà accomplis, datables, hors de portée des circonstances.
  3. La garantie porte sur la séparation. Les épreuves du verset 35 restent au programme du croyant. Aucune n'a le pouvoir de le séparer de l'amour de Dieu « manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur ».

Pour aller plus loin

Charles Spurgeon, prédicateur baptiste londonien du XIXᵉ siècle, a prêché sur ces deux versets le 7 novembre 1886 au Metropolitan Tabernacle (Paul's Persuasion). Il ouvre sur une anecdote : on demandait à un chrétien de quelle « persuasion » il était, au sens de son étiquette religieuse, et l'homme a répondu en récitant le verset : « je suis persuadé que ni la mort, ni la vie… ». Tout le sermon développe cette réponse : l'appartenance réelle d'un chrétien tient dans cette conviction-là.

  1. Le sermon de Spurgeon. Paul's Persuasion (1886), en anglais, texte intégral en ligne.
  2. Le livre de Martyn Lloyd-Jones. Médecin devenu prédicateur à Londres au XXᵉ siècle. Son exposition de , The Final Perseverance of the Saints (Banner of Truth, 1975, en anglais), consacre 457 pages à la fin du chapitre.
  3. Une prédication en français. Soupirer avec espérance (Romains 8.18-39), Benjamin Eggen, 2024, sur le site ToutPourSaGloire.

Questions fréquentes

01Que disent Romains 8:38-39 ?
« Car j'ai l'assurance que ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni les choses présentes ni les choses à venir, ni les puissances, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur. » Paul ferme le chapitre 8 sur cette certitude.
02Pourquoi lit-on ce texte aux obsèques ?
Parce que la mort ouvre la liste de ce qui ne peut pas séparer de l'amour de Dieu. Devant un cercueil, le texte affirme que la mort n'a pas rompu cette relation pour celui qui était en Christ.
03Que sont « les dominations » et « les puissances » ?
Des mots que Paul emploie ailleurs pour des êtres spirituels : « nous n'avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les dominations, contre les autorités, contre les princes de ce monde de ténèbres » (). La liste couvre le monde invisible en entier.
04Que veulent dire « la hauteur » et « la profondeur » ?
Les deux extrémités de l'espace, ce qui est au-dessus et ce qui est en dessous. Avec « les choses présentes » et « les choses à venir » pour le temps, la liste ferme toutes les directions d'où une menace pourrait venir.
05Mon péché peut-il me séparer de l'amour de Dieu ?
Paul a posé la question de l'accusation trois versets plus haut : « Qui accusera les élus de Dieu ? C'est Dieu qui justifie ! » (). Et le chapitre s'ouvre sur « aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ » (). Le péché se confesse et se combat (), et il ne défait pas ce que Dieu a justifié.
06Et si je ne ressens plus l'amour de Dieu ?
Le verset décrit une persuasion fondée sur des événements : Christ livré (v. 32), mort, ressuscité, intercédant (v. 34). Le ressenti varie, les événements demeurent : c'est sur eux que porte le « j'ai l'assurance ».
07Cette promesse vaut-elle pour tout le monde ?
Le chapitre précise à qui elle s'adresse : « ceux qui sont en Jésus-Christ » (), « ceux qui aiment Dieu » (). L'amour de Dieu pour le monde est affirmé ailleurs () ; la garantie de non-séparation, elle, décrit la situation du croyant.
08Que veut dire « plus que vainqueurs » ?
Le verset 37 emploie un verbe qu'on ne trouve qu'ici dans le Nouveau Testament, hypernikōmen : remporter une victoire qui va au-delà de la victoire. Le croyant traverse les épreuves du verset 35 sans perdre ce qui compte : la relation avec Dieu reste intacte.
09Souffrir, est-ce un signe que Dieu ne m'aime plus ?
Le passage répond directement : la liste des épreuves (v. 35) est citée pour affirmer qu'aucune ne sépare de l'amour de Christ. Le psaume cité au verset 36 décrit des croyants en danger de mort, aimés de Dieu au même moment.
10Puis-je perdre mon salut ?
Ce texte est l'un des principaux appuis de ceux qui répondent non : la liste se termine par « aucune autre créature », et tout ce qui existe en dehors de Dieu est une créature. Des chrétiens sincères lisent d'autres passages autrement. Ce qui est établi ici : rien d'extérieur à Dieu ne peut provoquer la séparation, et Dieu, lui, justifie (v. 33).

Comment vivre ce verset au quotidien

Relis la liste et mets-y tes propres mots : le diagnostic reçu, la rupture, la perte d'emploi, la mort d'un proche. Le texte autorise cet exercice, puisque Paul termine par « aucune autre créature » : ta situation entre dans la liste.

Ensuite, note d'où vient l'assurance. Paul écrit « j'ai l'assurance » après huit chapitres d'argumentation, avec des faits en appui : Christ livré, mort, ressuscité (v. 32, 34). Quand le ressenti disparaît, ces faits restent en place. Cet amour s'est déclaré avant toute réponse de ta part.

Et si la question « est-ce que ça vaut pour moi ? » reste ouverte, elle mérite une réponse claire. Demande à bxble ce que veut dire être « en Jésus-Christ ».

Une question sur ce passage ?

Pose-la à bxble →
La Rédaction · bxble, publié le 25 juillet 2026

Autres exégèses