Jean 10:34 · « Vous êtes des dieux » : la phrase que Jésus retourne contre ses accusateurs
« Jésus leur répondit : N'est-il pas écrit dans votre loi : J'ai dit : Vous êtes des dieux ? »
Jean 10:34 · Segond
« Jésus leur répondit : n'est-il pas écrit en votre Loi : j'ai dit : vous êtes des dieux; »Jean 10:34 · Martin 1744
C'est une des rares fois où Jésus se défend en citant un verset. On vient de ramasser des pierres pour le tuer, et sa réponse tient en une question : « N'est-il pas écrit dans votre loi : J'ai dit : Vous êtes des dieux ? »
La phrase surprend, parce qu'elle a l'air de donner raison à ceux qui l'accusent. Ils lui reprochent de se prendre pour Dieu ; il leur répond que leur propre Bible appelle des hommes « des dieux ». On en tire parfois l'idée que Jésus prouverait ici que nous sommes tous des dieux, ou qu'il refuserait lui-même d'être Dieu.
En réalité, Jésus se sert de cette citation pour démonter l'accusation de blasphème, avec un raisonnement qui part de leur Écriture et remonte jusqu'à lui. Pour le suivre, il faut savoir d'où vient la citation et à qui elle s'adressait.
I. La scène : l'hiver, le temple, les pierres déjà en main
On est à Jérusalem, pendant la fête de la Dédicace, en hiver, et Jésus se promène dans le temple sous le portique de Salomon (). Des Juifs l'entourent et lui demandent de dire clairement s'il est le Messie.
Sa réponse met le feu : « Moi et le Père nous sommes un » (v. 30). Aussitôt, « les Juifs prirent de nouveau des pierres pour le lapider » (v. 31). Quand il demande pour quelle bonne œuvre on veut le tuer, ils répondent : « Ce n'est point pour une bonne œuvre que nous te lapidons, mais pour un blasphème, et parce que toi, qui es un homme, tu te fais Dieu » (v. 33).
Le grief est explicite : un homme qui se dit Dieu. C'est à cette accusation précise que le verset 34 répond, et tout ce qui suit se lit à partir de là.
II. Ce que disent les mots
- 1. « dans votre loi ». Grec nomos, la loi. Ici « la loi » ne désigne pas seulement les cinq premiers livres de Moïse, puisque Jésus cite un psaume, pas le Pentateuque. Au premier siècle, « la Loi » pouvait désigner l'ensemble des Écritures juives. → Jésus répond à l'accusation de blasphème en s'appuyant sur leur propre Bible, celle qu'ils tiennent eux-mêmes pour autorité suprême.
- 2. « J'ai dit : Vous êtes des dieux ». C'est une citation du . Dans ce psaume, Dieu se tient « dans l'assemblée de Dieu » et juge « au milieu des dieux » (). Ces « dieux » sont des juges humains d'Israël, chargés de rendre la justice, et que le psaume accuse justement de mal juger : « Jusques à quand jugerez-vous avec iniquité ? » (). → Le mot « dieux » désigne là des hommes, et le verset suivant le confirme sans détour : « Cependant vous mourrez comme des hommes » ().
- 3. « des dieux ». Hébreu elohim dans le psaume, grec theoi chez Jean. Le titre leur est donné pour une raison précise, que Jésus rappelle tout de suite : ce sont « ceux à qui la parole de Dieu a été adressée » (v. 35). → On les appelle « dieux » parce qu'ils portent l'autorité et la parole de Dieu comme juges, pas parce qu'ils seraient d'une autre nature que les hommes.
- 4. « l'Écriture ne peut être anéantie » (v. 35). Grec ou dynatai lythēnai, littéralement « ne peut être déliée », défaite comme on défait un nœud. → Au cœur de son argument, Jésus pose que l'Écriture fait autorité jusque dans un seul mot : si elle a écrit « dieux », le mot tient, et personne ne peut le mettre de côté.
- 5. « celui que le Père a sanctifié et envoyé » (v. 36). Grec hagiazō, mettre à part, consacrer. → C'est là que Jésus se distingue des juges du psaume : eux ont seulement reçu la parole de Dieu, lui a été mis à part et envoyé dans le monde par le Père. Avec le titre « Fils de Dieu », il se place à part des juges du psaume.
III. L'argument de Jésus, étape par étape
- Le point de départ : l'accusation. On veut le lapider « pour un blasphème, et parce que toi, qui es un homme, tu te fais Dieu » (v. 33). Le reproche porte sur un point précis : un homme qui se hisse au rang de Dieu.
- Premier temps : leur propre Écriture. « N'est-il pas écrit dans votre loi : J'ai dit : Vous êtes des dieux ? » Le Psaume 82 a bien appelé « dieux » de simples hommes, des juges, parce qu'ils portaient la parole de Dieu. Le mot se trouve dans le texte qu'ils vénèrent eux-mêmes.
- Deuxième temps : du plus petit au plus grand. Si l'Écriture, qui ne peut être abolie, a pu appeler « dieux » des hommes qui ont seulement reçu la parole de Dieu, à plus forte raison celui que le Père a mis à part et envoyé dans le monde peut se dire « Fils de Dieu » sans blasphémer (v. 35-36).
- Dernier temps : la preuve renvoyée aux œuvres. Jésus ne demande pas qu'on le croie sur parole : « Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, ne me croyez pas. Mais si je les fais... croyez à ces œuvres » (v. 37-38). Et il dit ce que ces œuvres doivent faire comprendre : « le Père est en moi et je suis dans le Père » (v. 38).
C'est pourquoi ce verset laisse entière la prétention de Jésus. Les juges du psaume étaient appelés « dieux » de l'extérieur, à cause d'une fonction qu'on leur avait confiée. Jésus, lui, revendique une unité avec le Père (v. 30, v. 38) qu'aucun juge n'a jamais réclamée. Il maintient sa réponse à l'accusation « tu te fais Dieu » (v. 33), en montrant seulement qu'on ne peut pas la traiter de blasphème sans accuser d'abord l'Écriture de mentir.
IV. Liens bibliques
Le psaume que Jésus cite, d'abord, pour voir de qui il parle :
« Dieu se tient dans l'assemblée de Dieu ; Il juge au milieu des dieux. »
Psaume 82:1
« Jusques à quand jugerez-vous avec iniquité, Et aurez-vous égard à la personne des méchants ? »
Psaume 82:2
« J'avais dit : Vous êtes des dieux, Vous êtes tous des fils du Très-Haut. »
Psaume 82:6
« Cependant vous mourrez comme des hommes, Vous tomberez comme un prince quelconque. »
Psaume 82:7
Puis les versets où Jean rapporte la même prétention et la même réaction, avant et après cette scène :
« Moi et le Père nous sommes un. »
Jean 10:30
« ... parce qu'il appelait Dieu son propre Père, se faisant lui-même égal à Dieu. »
Jean 5:18
« En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu'Abraham fût, je suis. »
Jean 8:58
« Celui qui m'a vu a vu le Père ; comment dis-tu : Montre-nous le Père ? »
Jean 14:9
« Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. »
Jean 1:1
Mis bout à bout, ces versets disent tous la même chose sur la même personne. L'accusation de (« tu te fais Dieu ») répète mot pour mot celle de (« se faisant lui-même égal à Dieu »). L'évangile de Jean s'ouvre d'ailleurs là-dessus : « la Parole était Dieu » (). Au verset 34, Jésus ne revient sur rien de tout cela : il se défend, et sa prétention reste entière.
V. Synthèse
Ce que le verset règle : citer « Vous êtes des dieux » n'abaisse pas Jésus, cela répond à une accusation de blasphème en montant du moindre au plus grand.
- « Dieux », dans le Psaume 82, ce sont des hommes. Des juges d'Israël, appelés ainsi parce qu'ils portaient l'autorité et la parole de Dieu (v. 35). Le psaume rappelle lui-même leur condition : « vous mourrez comme des hommes » (). Ils restent des mortels, à qui leur fonction vaut ce titre.
- L'argument va du plus petit au plus grand. Si de simples porteurs de la parole ont pu être nommés « dieux » par une Écriture qui ne se trompe pas, celui que le Père a consacré et envoyé peut se dire « Fils de Dieu » sans commettre de blasphème.
- Jésus se met à part des juges du psaume. Le Père l'a mis à part et envoyé dans le monde (v. 36), il accomplit les œuvres du Père (v. 37-38), et il se dit un avec lui (v. 30, v. 38). Aucune de ces choses n'a jamais été dite des juges du psaume, et c'est ce qui rend sa prétention à part.
VI. Ce qu'en disent les anciens
Très tôt, les commentateurs chrétiens ont buté sur la même difficulté qu'un lecteur d'aujourd'hui : si l'Écriture appelle des hommes « dieux », qu'est-ce qui distingue Jésus ? Leur réponse a tenu en une distinction reprise après Augustin dans ses homélies sur l'évangile de Jean : des hommes peuvent être appelés « dieux » par grâce et par adoption, jamais par nature, tandis que le Fils, lui, est Dieu de naissance et non par faveur reçue.
Cette lecture s'appuie sur d'autres versets du Nouveau Testament, qui parlent bien d'une part reçue, non d'une nature propre : l'Esprit d'adoption qui fait crier « Abba ! Père ! » (), la promesse de « devenir participants de la nature divine » (). Ces mots parlent d'une part reçue de Dieu, alors qu'en Jésus se dit un avec le Père.
Pour lire par toi-même :
- Le Psaume 82 en entier. Il fait huit versets. On y voit que les « dieux » du verset 6 sont des juges : Dieu leur demande de rendre justice au pauvre et à l'orphelin (), puis leur rappelle qu'ils mourront comme tout le monde ().
- Jean 10:22-39. Le passage complet, depuis la question qu'on pose à Jésus (est-il le Messie ?) jusqu'au moment où on cherche à l'arrêter. En le lisant en entier, tu suis l'accusation, sa réponse, et la façon dont il renvoie à ses actes pour finir.
VII. Questions, objections et micro-intentions
Compréhension
01Pourquoi Jésus dit-il « votre loi » alors qu'il cite un psaume ?
02Qui sont les « dieux » dont parle le Psaume 82 ?
03Que veut dire « l'Écriture ne peut être anéantie » ?
Doctrinal et apologétique
01Ce verset prouve-t-il que nous sommes tous des dieux ?
02Jésus refuse-t-il ici d'être Dieu ?
03Comment les chrétiens distinguent-ils Jésus des « dieux » du psaume ?
Existentiel et spirituel
01Si je peux être appelé « fils de Dieu », en quoi Jésus est-il différent de moi ?
02Ce verset a-t-il un sens pour ma vie, ou c'est juste un débat de théologiens ?
03Comment savoir si je peux vraiment croire cette prétention ?
VIII. FAQ synthétique
01Que dit Jean 10:34 ?
02Pourquoi Jésus cite-t-il ce verset ?
03Ce verset diminue-t-il la divinité de Jésus ?
Comment vivre ce verset dans ma vie de tous les jours ?
La scène pose une question qui te concerne directement : à qui as-tu affaire quand tu pries Jésus ? Ce débat dans le temple revient à te poser cette même question, aujourd'hui.
Jésus ne demande pas d'y répondre les yeux fermés. Il renvoie à ses actes : « croyez à ces œuvres, afin que vous sachiez et reconnaissiez que le Père est en moi » (v. 38). Tu peux commencer par regarder ce qu'il fait dans les évangiles avant de décider qui il est.
Et s'il est bien le Fils envoyé par le Père, alors une place de fils t'est ouverte à toi aussi : « Vous avez reçu un Esprit d'adoption, par lequel nous crions : Abba ! Père ! » (). C'est un cadeau qu'on accueille. Demande à bxble par où commencer.
Que ta journée soit inspirante.
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