Hébreux 1:8-9 · quand le Père appelle le Fils « Dieu »
« Mais il a dit au Fils : Ton trône, ô Dieu, est éternel ; Le sceptre de ton règne est un sceptre d'équité ; Tu as aimé la justice, et tu as haï l'iniquité ; C'est pourquoi, ô Dieu, ton Dieu t'a oint D'une huile de joie au-dessus de tes égaux. »
Hébreux 1:8-9 · Segond
« Mais il est dit quant au Fils : ô Dieu ! ton trône demeure aux siècles des siècles, et le sceptre de ton Royaume est un sceptre d'équité : tu as aimé la justice, et tu as haï l'iniquité ; c'est pourquoi, ô Dieu ! ton Dieu t'a oint d'une huile de joie par-dessus tous tes semblables. »Hébreux 1:8-9 · Martin 1744
C'est l'un des textes les plus clairs sur la divinité de Jésus, et le titre y est donné par Dieu le Père en personne, qui appelle le Fils « Dieu ».
La phrase est donc posée dans le texte biblique lui-même, plusieurs siècles avant les conciles qui la reprendront.
Et le verset 9 ajoute une chose étonnante : ce Fils qu'on vient d'appeler « Dieu » (v. 8) a lui aussi un Dieu, puisque le texte enchaîne avec « ton Dieu t'a oint » (v. 9).
Il faut garder les deux ensemble, et c'est ce que l'Église appelle la Trinité : un seul Dieu, des personnes distinctes, sans confusion ni division.
Une démonstration en sept citations
On est tout au début de l'épître aux Hébreux, une lettre adressée à des chrétiens d'origine juive, et l'auteur veut établir une seule chose : Jésus est infiniment au-dessus des anges. Ces lecteurs étaient tentés de remettre Jésus au rang d'un grand messager parmi d'autres, comme les anges qui avaient transmis la Loi de Moïse. L'auteur répond en alignant sept citations de l'Ancien Testament (1:5-13) qui montrent toutes la même chose : Dieu n'a jamais parlé à un ange comme il parle au Fils.
Notre passage est la cinquième de ces citations. C'est le , à l'origine un chant composé pour le mariage d'un roi d'Israël. L'auteur d'Hébreux le reprend et déclare : ce « ô Dieu », ce trône éternel, c'est du Fils qu'il s'agit. Juste avant, il a dit que le Fils est « le resplendissement de la gloire de Dieu » (1:3). Juste après, il rappelle que les anges sont « des esprits au service de Dieu » (1:14). Entre les deux vient la citation qui va le plus loin.
Le grec derrière chaque phrase du passage
- « Mais il a dit au Fils ». En grec pros de ton huion. Le « mais » marque le contraste avec le verset précédent : Dieu adresse aux anges une parole, et au Fils une tout autre. Dans ce qui suit, c'est le Père lui-même qui parle de son Fils.
- « Ton trône, ô Dieu ». En grec ho thronos sou ho theos. L'expression ho theos, « ô Dieu », fonctionne ici comme une interpellation : le Père appelle le Fils « Dieu » en face. Le trône désigne la royauté, l'autorité de régner. Certaines traductions proposent « Dieu est ton trône », et la grammaire grecque l'admet en théorie ; mais l'argument de tout le chapitre s'effondrerait, puisque le Fils cesserait alors de dépasser les anges. Le texte affirme que le Fils est Dieu, et qu'il règne.
- « est éternel » / « aux siècles des siècles ». En grec eis ton aiôna tou aiônos. Ce trône ne finit jamais. Les royaumes humains finissent tous par tomber, et un règne sans fin appartient à Dieu seul.
- « le sceptre de ton règne est un sceptre d'équité ». Le sceptre désigne le pouvoir en acte. Le mot traduit par « équité », euthutês, veut dire droiture, justice parfaite. Le Fils règne pour toujours, et il règne avec une justice sans faille : sa puissance et sa bonté vont ensemble.
- « Tu as aimé la justice, et tu as haï l'iniquité ». Le Fils aime ce que Dieu aime et déteste ce que Dieu déteste. Sa royauté découle donc de ce qu'il est, parfaitement juste.
- « C'est pourquoi, ô Dieu, ton Dieu t'a oint ». En grec echrisen se ho theos ho theos sou. Le verbe oindre, chriô, donne Christos, le Christ, « l'Oint ». Le texte assume ici son paradoxe : celui qu'on vient d'appeler « ô Dieu » (v. 8) reçoit maintenant « ton Dieu » (v. 9). Le Fils est Dieu par nature, et comme Fils venu parmi les hommes il a le Père pour « son Dieu ». C'est exactement ce que dit la Trinité, un Fils pleinement Dieu et réellement distinct du Père.
- « d'une huile de joie au-dessus de tes égaux ». En grec elaion agalliaseôs para tous metochous sou. L'onction d'huile servait à sacrer les rois ; ici c'est une « huile de joie », l'huile d'une fête. Le mot metochoi désigne les compagnons, les associés : d'autres l'accompagnent, et il les dépasse tous.
Comment le passage est construit
- Ce que le Père dit au Fils, et jamais aux anges. « ô Dieu, ton trône est éternel » (v. 8). Le Fils reçoit le nom de Dieu et une autorité qui ne finit pas.
- Le caractère de ce règne. Il tient un sceptre d'équité parce qu'il aime la justice et hait l'iniquité (v. 8-9). Sa puissance s'exerce toujours avec justice.
- Le paradoxe qui dit la Trinité. Il est appelé « Dieu » et il a « son Dieu » qui l'oint (v. 9). Il est pleinement divin et réellement distinct du Père.
Celui que Dieu appelle « Dieu » et installe sur un trône éternel occupe une place que le texte réserve à Dieu seul. C'est là tout l'argument de l'auteur : un ange, un prophète ou une créature intermédiaire ne rentrent pas dans cette phrase.
Les autres passages qui disent la même chose
« le texte cité, à l'origine un chant royal, relu comme parole sur le Fils. »
Psaume 45:7-8
« ... le resplendissement de sa gloire, l'empreinte de sa personne. (le Fils, lumière issue de la source) »
Hébreux 1:3
« ... et la Parole était Dieu. »
Jean 1:1
« Mon Seigneur et mon Dieu ! (Thomas, et Jésus ne le reprend pas) »
Jean 20:28
« En lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité. »
Colossiens 2:9
« ... On l'appellera Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix. »
Ésaïe 9:6
« ... notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ. »
Tite 2:13
Hébreux 1 dit deux choses en même temps que seule la Trinité tient ensemble. Le Fils est « le resplendissement de la gloire de Dieu » (1:3), et le Père l'appelle « Dieu » (1:8). Le Père est la source qu'on ne peut pas contempler en face (« nul ne vit Dieu », ) ; le Fils est son resplendissement, qu'on peut regarder, la lumière du monde (). « Celui qui m'a vu a vu le Père » (). Le verset 9 ajoute donc « ton Dieu » sans se contredire : Dieu le Fils est entré dans notre monde comme l'Oint, le Messie, et dans cette mission il appelle le Père « son Dieu », tout en restant distinct de lui.
L'essentiel du passage
Le titre de Dieu est donné au Fils par le Père, dans une phrase qui lui donne en même temps un trône sans fin et un Dieu.
- La divinité du Christ vient de la bouche du Père. « Il a dit au Fils : ô Dieu » (v. 8). Le titre vient du Père, bien avant toute formulation d'Église, et il donne au Fils le nom que Dieu seul porte.
- Son trône est éternel et sa justice parfaite. Quoi qu'il arrive dans l'histoire ou dans ta vie, son règne continue, et il règne avec équité (v. 8).
- Le Fils est Dieu et distinct du Père. « Ô Dieu, ton Dieu t'a oint » (v. 9) : la même phrase l'appelle Dieu et lui donne un Dieu. C'est le cœur de la foi trinitaire, un seul Dieu en trois personnes.
Pour aller plus loin
Au IVᵉ siècle, un prêtre d'Alexandrie nommé Arius enseigna que le Fils était la plus haute des créatures, une créature quand même : « il fut un temps où il n'était pas ». Athanase, évêque de cette même ville, a défendu toute sa vie, au prix de plusieurs exils, que le Fils est de même nature que le Père. L'un de ses textes décisifs était précisément Hébreux 1 : celui que Dieu appelle « Dieu » et place sur un trône éternel occupe une place hors de portée d'une créature. Le concile de Nicée (325) a tranché en ce sens, et c'est la foi confessée depuis par toute l'Église.
- L'homélie de Jean Chrysostome. Prédicateur d'Antioche puis évêque de Constantinople au IVᵉ siècle. Sa troisième homélie sur Hébreux couvre notre passage, en français intégral.
- Le commentaire de Calvin. Jean Calvin, réformateur français installé à Genève au XVIᵉ siècle, dans son Commentaire sur l'Épître aux Hébreux (1549, réédité chez Kerygma-Farel).
- Le sermon de John MacArthur. Pasteur américain. Jesus Christ, Superior to Angels suit verset par verset (en anglais).
- La vidéo de Florent Varak. Pasteur et enseignant français. Si Jésus est Dieu, comment peut-il être assis à la droite de Dieu ?
Questions fréquentes
01Que dit Hébreux 1:8-9 ?
02Qui parle, et à qui ?
03Pourquoi citer un vieux psaume de mariage royal ?
04Que veut dire « oint » ?
05Certaines traductions disent « Dieu est ton trône ». Le Fils est-il vraiment appelé Dieu ?
06Si Jésus a « un Dieu » (v. 9), comment peut-il être Dieu ?
07L'islam dit que Jésus est un prophète, et pas Dieu.
08Si Jésus est Dieu sur un trône éternel, est-il trop loin pour moi ?
09Qu'est-ce que ça change que son trône soit « éternel » ?
10Et cette « huile de joie », c'est pour moi aussi ?
Comment vivre ce passage au quotidien
On t'a peut-être présenté Jésus comme un beau modèle, un sage, un prophète, un homme exceptionnel. Ce passage tranche la question autrement : celui qui parle ici est son Père, et il l'appelle « Dieu ». La question de savoir si tu as le droit de l'adorer est donc déjà réglée, et elle l'est par le Père.
Et ça dépasse largement la doctrine. Son trône est éternel, alors que tout ce qui te paraît solide aujourd'hui, ton job, ta santé, tes plans, peut s'effondrer du jour au lendemain. Tu peux donc poser le poids de ta vie sur un règne qui tient.
Et ce Dieu-là se laisse regarder. Personne ne pouvait fixer le Père, et il s'est fait lumière : Jésus, « la lumière du monde » (), le resplendissement qu'on peut enfin contempler. « Celui qui m'a vu a vu le Père » (). Si tu veux savoir à quoi ressemble Dieu, regarde Jésus. Demande à bxble à quoi ressemble Dieu.
Une question sur ce passage ?
Pose-la à bxble →