Thérèse d'Avila (1515-1582)

« Que rien ne te trouble » : le billet de Thérèse d'Avila

« Que rien ne te trouble, que rien ne t'effraie : tout passe. » L'original espagnol de ces lignes tient en une trentaine de mots. La tradition carmélitaine les transmet comme écrites de la main de Thérèse d'Avila sur un feuillet gardé dans son livre de prière, et retrouvées après sa mort.

Le texte

Que rien ne te trouble,

que rien ne t'effraie :

tout passe.

Dieu ne change pas.

La patience obtient tout.

Celui qui a Dieu ne manque de rien :

Dieu seul suffit.

Traduction Bxble du texte espagnol (« Nada te turbe, nada te espante, todo se pasa, Dios no se muda, la paciencia todo lo alcanza ; quien a Dios tiene nada le falta : sólo Dios basta »), transmis par la tradition carmélitaine comme un autographe de Thérèse d'Avila. Texte en domaine public.

Sept lignes dans un livre de prière

Thérèse naît à Avila, en Castille, en 1515. Carmélite à vingt ans, elle entreprend à partir de 1562 la réforme de son ordre : des monastères pauvres, petits, voués à la prière, qui deviendront le carmel déchaussé. Elle fonde dix-sept monastères, traverse l'Espagne en chariot, affronte les oppositions de sa propre famille religieuse, et écrit dans le même temps des livres restés majeurs : Le Livre de la vie, Le Chemin de perfection, Le Château intérieur. Elle meurt en 1582. En 1970, elle est la première femme déclarée docteur de l'Église.

Ces sept lignes ont un statut à part dans son œuvre : un billet, sans destinataire, écrit au tutoiement. La tradition carmélitaine le transmet comme retrouvé dans son livre de prière. Thérèse s'y parle à elle-même, une affirmation par ligne, et la construction porte le sens : les deux premières lignes écartent le trouble et la peur, le centre pose le fait qui justifie tout le reste, « Dieu ne change pas », et la dernière ligne conclut : « Dieu seul suffit ».

Le billet est devenu un des textes les plus récités de la spiritualité espagnole, mis en musique de nombreuses fois, jusqu'au chant « Nada te turbe » de la communauté de Taizé qui le fait chanter aujourd'hui dans des dizaines de langues. Sa logique est celle du Psaume 23 : si le berger est là, rien ne manque. Le trouble se traite en regardant ce qui ne bouge pas.

Les versets derrière la prière

Chaque ligne du billet a son appui dans l'Écriture :

« Cantique de David. L’Éternel est mon berger : je ne manquerai de rien. »

Psaume 23:1

« Ne vous inquiétez donc pas du lendemain ; car le lendemain aura soin de lui-même. À chaque jour suffit sa peine. »

Matthieu 6:34

« Jésus-Christ est le même hier, aujourd’hui, et éternellement. »

Hébreux 13:8

Les questions qui suivent

À qui Thérèse s'adresse-t-elle dans ce texte ?

À elle-même. Le billet est écrit au tutoiement, sans destinataire, dans un livre d'usage personnel. C'est une consigne intérieure, à relire au moment où le trouble monte, et sa forme brève est faite pour la mémoire.

Que veut dire « Dieu seul suffit » ?

C'est la conclusion logique des lignes précédentes : tout passe, Dieu ne change pas, donc celui qui a Dieu ne manque de rien. La phrase reprend le mouvement du Psaume 23 : « L'Éternel est mon berger : je ne manquerai de rien. »

Thérèse d'Avila et Thérèse de Lisieux sont-elles la même personne ?

Non. Trois siècles les séparent : Thérèse d'Avila (1515-1582) a réformé le Carmel en Espagne ; Thérèse de Lisieux (1873-1897) était carmélite en Normandie, dans l'ordre issu de cette réforme, et a pris son prénom en religion en référence à la première. Son acte d'offrande est sur une autre page.

En une phrase

Sept affirmations écrites pour elle-même par Thérèse d'Avila et transmises comme retrouvées dans son livre de prière : le trouble et la peur s'écartent devant un fait, « Dieu ne change pas », et la conclusion tient en trois mots, « Dieu seul suffit ».

Le billet condense le Psaume 23 en sept lignes. Lis le psaume en entier (six versets), puis demande à le chatbot pourquoi il change d'adresse au milieu, de « il » à « tu ».