Thérèse de Lisieux (1873-1897)

L'acte d'offrande de Thérèse de Lisieux : le texte du 9 juin 1895

« Ô mon Dieu, Trinité bienheureuse, je désire vous aimer et vous faire aimer. » Thérèse Martin, carmélite de Lisieux, écrit cet acte d'offrande pour la fête de la Trinité, le 9 juin 1895. Elle a vingt-deux ans. Après sa mort, le papier est retrouvé plié dans le livre des Évangiles qu'elle portait jour et nuit sur elle.

Le texte de 1895

Ô mon Dieu, Trinité bienheureuse, je désire vous aimer et vous faire aimer, travailler à la glorification de la sainte Église, en sauvant les âmes qui sont sur la terre et en délivrant celles qui souffrent dans le Purgatoire. Je désire accomplir parfaitement votre volonté et arriver au degré de gloire que vous m'avez préparé dans votre royaume ; en un mot, je désire être sainte, mais je sens mon impuissance, et je vous demande, ô mon Dieu, d'être vous-même ma sainteté.

Je le sais, ô mon Dieu, plus vous voulez donner, plus vous faites désirer. Je sens en mon cœur des désirs immenses, et c'est avec confiance que je vous demande de venir prendre possession de mon âme.

Au soir de cette vie, je paraîtrai devant vous les mains vides ; car je ne vous demande pas, Seigneur, de compter mes œuvres... Toutes nos justices ont des taches à vos yeux ! Je veux donc me revêtir de votre propre Justice, et recevoir de votre amour la possession éternelle de vous-même. Je ne veux point d'autre trône et d'autre couronne que vous, ô mon Bien-Aimé !

Afin de vivre dans un acte de parfait amour, je m'offre, comme victime d'holocauste à votre amour miséricordieux, vous suppliant de me consumer sans cesse, laissant déborder en mon âme les flots de tendresse infinie qui sont renfermés en vous, et qu'ainsi je devienne martyre de votre amour, ô mon Dieu !

Je veux, ô mon Bien-Aimé, à chaque battement de mon cœur, vous renouveler cette offrande un nombre infini de fois, jusqu'à ce que, les ombres s'étant évanouies, je puisse vous redire mon amour dans un face à face éternel !

Extraits de l'Acte d'offrande de moi-même comme victime d'holocauste à l'Amour miséricordieux du bon Dieu, daté de la fête de la Très Sainte Trinité, 9 juin 1895. Texte de l'appendice « Prières » d'Histoire d'une âme, édition de 1912, en domaine public.

Un papier plié dans un livre des Évangiles

Thérèse Martin naît à Alençon en 1873. Elle entre au carmel de Lisieux à quinze ans, après avoir demandé l'autorisation jusqu'au pape. Elle y meurt de la tuberculose le 30 septembre 1897, à vingt-quatre ans, en laissant des manuscrits autobiographiques que le carmel publie un an plus tard sous le titre Histoire d'une âme. Le livre se diffuse par millions d'exemplaires. Thérèse est canonisée en 1925 et déclarée docteur de l'Église en 1997.

L'acte d'offrande date du 9 juin 1895, jour de la fête de la Trinité. Pendant la messe, Thérèse reçoit ce qu'elle décrit comme le désir de s'offrir à l'amour miséricordieux de Dieu. À son époque, des religieuses s'offraient comme victimes à la justice de Dieu, pour détourner sur elles les châtiments. Thérèse retourne le mouvement : elle s'offre à l'amour, en demandant que ce soit lui qui la consume. Elle rédige le texte, le garde sur elle, et le récite. Il est retrouvé après sa mort, plié dans le livre des saints Évangiles qu'elle portait sur son cœur.

La phrase centrale du texte tient dans « les mains vides » : Thérèse renonce à présenter ses œuvres et cite Ésaïe, « toutes nos justices ont des taches à vos yeux ». C'est le cœur de ce qu'elle appelle sa petite voie : la confiance d'un enfant qui attend tout de son Père, sans rien apporter. Elle demande à se revêtir de la justice de Dieu lui-même, un mouvement que Paul décrit en : être trouvé « non avec ma justice, celle qui vient de la loi, mais avec celle qui s'obtient par la foi en Christ ».

Les versets derrière la prière

L'acte cite l'Écriture mot à mot, et s'appuie sur elle à chaque mouvement :

« En ce jour-là, vous ne m’interrogerez plus sur rien. En vérité, en vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom. »

Jean 16:23

« Nous sommes tous comme des impurs, Et toute notre justice est comme un vêtement souillé ; Nous sommes tous flétris comme une feuille, Et nos crimes nous emportent comme le vent. »

Ésaïe 64:5

« Car mille ans sont, à tes yeux, Comme le jour d’hier, quand il n’est plus, Et comme une veille de la nuit. »

Psaume 90:4

Les questions qui suivent

Qu'est-ce que « l'Amour miséricordieux » dans ce texte ?

L'amour de Dieu en tant qu'il pardonne et se donne. Thérèse écrit à une époque où des religieuses s'offraient comme victimes à la justice divine ; elle choisit de s'offrir à l'amour, et demande que cet amour la consume. Le mot « victime d'holocauste » vient du vocabulaire des sacrifices de l'Ancien Testament : une offrande entièrement consumée.

Pourquoi « les mains vides » ?

Parce que Thérèse ne compte pas sur ses œuvres pour être reçue par Dieu. Elle cite Ésaïe : « toute notre justice est comme un vêtement souillé » (), et veut se revêtir de la justice de Dieu lui-même. C'est le résumé de sa petite voie : tout attendre, ne rien apporter.

Où se trouve le texte original ?

Le billet autographe a été retrouvé après la mort de Thérèse dans le livre des Évangiles qu'elle portait sur elle. Le texte a été publié dès les premières éditions d'Histoire d'une âme, en appendice, avec cette provenance indiquée. Les manuscrits de Thérèse sont conservés au carmel de Lisieux.

En une phrase

Écrit le 9 juin 1895 et retrouvé après sa mort dans son livre des Évangiles, l'acte d'offrande de Thérèse de Lisieux demande une seule chose : paraître devant Dieu les mains vides, revêtue de sa justice à lui, et être consumée par son amour.

Thérèse appuie ses « mains vides » sur un verset précis : . Lis-le, puis demande à le chatbot comment Paul reprend cette idée en .