« La mort n'est rien » : qui a vraiment écrit ce texte
Ni saint Augustin ni Charles Péguy n'ont écrit ce texte : c'est l'extrait d'un sermon prononcé par le théologien anglican Henry Scott Holland à Londres, le 15 mai 1910.
« La mort n'est rien du tout. J'ai seulement glissé dans la pièce d'à côté. » Ce texte est lu dans d'innombrables obsèques, presque toujours sous un faux nom d'auteur. Le voici en entier, avec son origine réelle : un sermon prononcé à la cathédrale Saint-Paul de Londres en mai 1910, pendant le deuil national du roi Édouard VII.
Le texte, traduit du sermon de 1910
La mort n'est rien du tout. Elle ne compte pas. J'ai seulement glissé dans la pièce d'à côté. Il ne s'est rien passé. Tout reste exactement comme c'était. Je suis moi, et tu es toi, et la vieille vie que nous avons tant aimée ensemble est intacte, inchangée. Ce que nous étions l'un pour l'autre, nous le sommes toujours.
Appelle-moi par mon vieux nom familier. Parle de moi de la manière simple que tu as toujours eue. Ne change rien à ton ton. Ne prends pas un air solennel ou triste. Ris comme nous avons toujours ri des petites plaisanteries que nous aimions ensemble. Joue, souris, pense à moi, prie pour moi. Que mon nom reste le mot de tous les jours qu'il a toujours été. Qu'il soit prononcé sans effort, sans l'ombre d'une ombre.
La vie garde tout le sens qu'elle a toujours eu. Elle est la même qu'elle a toujours été. La continuité est absolue, jamais rompue. Qu'est-ce que cette mort, sinon un accident négligeable ? Pourquoi serais-je sorti des pensées parce que je suis sorti de la vue ? Je ne fais que t'attendre, pour un intervalle, quelque part tout près, juste au coin de la rue. Tout va bien. Rien n'est blessé, rien n'est perdu. Un bref instant, et tout sera comme avant. Comme nous rirons de la peine de la séparation, quand nous nous retrouverons !
Extrait du sermon Death the King of Terrors, prononcé par Henry Scott Holland à la cathédrale Saint-Paul de Londres le 15 mai 1910, publié dans le recueil Facts of the Faith (1919). Texte anglais en domaine public ; traduction Bxble.
Un sermon coupé en deux
Le texte circule en France sous deux faux noms. « Saint Augustin » : aucune trace d'un tel passage n'existe dans les œuvres d'Augustin, et les recherches documentaires menées sur cette attribution n'ont trouvé aucune source. « Charles Péguy » : le site officiel consacré à Péguy dément l'attribution, et Péguy, mort en 1914, n'a rien écrit de tel. L'auteur réel est Henry Scott Holland, théologien anglican, chanoine de la cathédrale Saint-Paul de Londres, engagé dans les questions sociales de son temps. Il prononce ce sermon le 15 mai 1910, quelques jours après la mort du roi Édouard VII, pendant le deuil national.
Le sermon s'intitule Death the King of Terrors, « la mort, roi des terreurs », une expression tirée du livre de Job. Holland y décrit deux réactions instinctives devant la mort. La première est celle du texte ci-dessus : vue depuis l'affection pour un proche, la mort semble ne rien changer, le défunt paraît simplement dans la pièce d'à côté. La seconde est l'effroi : la mort comme rupture brutale qui vide tout de sens. Holland prêche que chacune des deux voix dit quelque chose de vrai, et que l'espérance chrétienne de la résurrection tient les deux ensemble. Détaché du sermon, le passage fait dire à Holland ce qu'il présentait comme une moitié de la vérité.
Le texte se répand en France dans les années 1990 comme lecture d'obsèques. Il faut le dire clairement : ce passage n'est pas une prière, il ne s'adresse pas à Dieu ; il fait parler un défunt qui console les vivants. La Bible parle autrement de la mort : elle la nomme ennemie (), et place la consolation ailleurs, dans la résurrection. Devant la tombe de Lazare, Jésus pleure, puis appelle le mort dehors.
Les versets derrière la prière
Ce que la Bible dit de la mort tient les deux voix du sermon ensemble : la peine est réelle, l'espérance aussi :
« Jésus lui dit : Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort ; »
Jean 11:25
« Le dernier ennemi qui sera détruit, c’est la mort. »
1 Corinthiens 15:26
« Car si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ; et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Soit donc que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes au Seigneur. »
Romains 14:8
« Nous ne voulons pas, frères, que vous soyez dans l’ignorance au sujet de ceux qui dorment, afin que vous ne vous affligiez pas comme les autres qui n’ont point d’espérance. »
1 Thessaloniciens 4:13
Les questions qui suivent
Saint Augustin a-t-il écrit « La mort n'est rien » ?
Non. Aucune trace de ce passage n'existe dans ses œuvres, et les vérifications documentaires menées sur cette attribution n'ont rien trouvé. Augustin a écrit de vraies prières restées célèbres, dont le « Je vous ai aimée tard » des Confessions.
Pourquoi le texte est-il attribué à Charles Péguy ?
L'erreur s'est diffusée en France avec le texte lui-même, souvent accompagnée de la mention invérifiable « d'après saint Augustin ». Le site officiel consacré à Charles Péguy dément cette attribution. Péguy est mort en septembre 1914 ; le sermon de Holland date de mai 1910, à Londres.
Est-ce une prière ?
Non : le texte ne s'adresse pas à Dieu, il fait parler un défunt qui console les vivants. C'est un extrait de sermon, devenu lecture d'obsèques. Dans le sermon complet, Holland présentait cette voix comme une des deux réactions instinctives devant la mort, à confronter à l'autre, l'effroi, avant de prêcher la résurrection.
En une phrase
Lu partout sous le nom d'Augustin ou de Péguy, « La mort n'est rien » vient d'un sermon prononcé à Londres en mai 1910 par Henry Scott Holland, qui y décrivait la consolation instinctive devant la mort avant de la confronter à l'effroi, et prêchait que l'espérance de la résurrection tient les deux ensemble.
Le texte fait parler un défunt ; l'Évangile fait parler Jésus devant une tombe. Lis , puis demande à le chatbot pourquoi Jésus pleure alors qu'il sait qu'il va réveiller Lazare.