Augustin d'Hippone (354-430)

La prière de saint Augustin : « Je vous ai aimée tard »

Les Confessions d'Augustin, écrites vers l'an 400, sont un livre entier adressé à Dieu : treize livres à la deuxième personne, une prière du début à la fin. Le passage le plus célèbre tient en un paragraphe, au livre X. Le voici en entier, dans une traduction française du XIXe siècle.

Le texte, Confessions, livre X, chapitre XXVII

Je vous ai aimée tard, beauté si ancienne, beauté si nouvelle, je vous ai aimée tard. Mais quoi ! vous étiez au dedans, moi au dehors de moi-même ; et c'est au dehors que je vous cherchais ; et je poursuivais de ma laideur la beauté de vos créatures. Vous étiez avec moi, et je n'étais pas avec vous ; retenu loin de vous par tout ce qui, sans vous, ne serait que néant. Vous m'appelez, et voilà que votre cri force la surdité de mon oreille ; votre splendeur rayonne, elle chasse mon aveuglement ; votre parfum, je le respire, et voilà que je soupire pour vous ; je vous ai goûté, et me voilà dévoré de faim et de soif ; vous m'avez touché, et je brûle du désir de votre paix.

Confessions, livre X, chapitre XXVII (§ 38). Traduction française de l'édition Raulx des Œuvres complètes d'Augustin (Bar-le-Duc, 1864-1873), en domaine public, texte de la transcription Wikisource.

L'homme qui a prié ce texte

Augustin naît en 354 à Thagaste, en Afrique du Nord romaine. Professeur de rhétorique brillant et ambitieux, il passe par le manichéisme, l'ambition de cour à Milan et une longue résistance intérieure, racontée sans complaisance dans les Confessions. Sa conversion a lieu à Milan en 386, à l'écoute d'une voix d'enfant qui répète « prends, lis » ; il ouvre les lettres de Paul, et la lutte s'achève. Baptisé à Pâques 387 par Ambroise de Milan, il devient évêque d'Hippone vers 396, et meurt en 430 pendant le siège de la ville par les Vandales.

Les Confessions, écrites une dizaine d'années après sa conversion, ne racontent pas sa vie au lecteur : elles la racontent à Dieu, devant le lecteur. Le livre s'ouvre déjà par une prière restée célèbre : « Vous êtes grand, Seigneur, et infiniment louable ; grande est votre puissance, et il n'est point de mesure à votre sagesse. » Et quelques lignes plus loin : « vous nous avez faits pour vous, et notre cœur est inquiet jusqu'à ce qu'il repose en vous. »

Le « Je vous ai aimée tard » du livre X condense tout le trajet : trente ans à chercher au dehors ce qui attendait au dedans. Augustin y parle à Dieu comme à une beauté, et l'aveu d'être arrivé tard se retourne en action de grâce : chacun des cinq sens, ouïe, vue, odorat, goût, toucher, y est traversé et réveillé par Dieu.

Les versets derrière la prière

La prière d'Augustin est tissée d'Écriture. Trois versets en donnent la charpente :

« L’Éternel est grand et très digne de louange, Et sa grandeur est insondable. »

Psaume 145:3

« Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur ; et vous trouverez du repos pour vos âmes. »

Matthieu 11:29

« il a voulu qu’ils cherchassent le Seigneur, et qu’ils s’efforçassent de le trouver en tâtonnant, bien qu’il ne soit pas loin de chacun de nous, »

Actes 17:27

Les questions qui suivent

Pourquoi Augustin dit-il « beauté » en s'adressant à Dieu ?

Parce que c'est par la beauté que le monde l'avait retenu : « je poursuivais de ma laideur la beauté de vos créatures ». Dans sa prière, la beauté des choses créées devient la trace de leur créateur, « beauté si ancienne, beauté si nouvelle » : plus ancienne que tout, neuve pour celui qui la découvre tard.

Les Confessions sont-elles une autobiographie ou une prière ?

Les deux à la fois, et c'est leur invention : treize livres entièrement adressés à Dieu à la deuxième personne, où Augustin raconte sa propre histoire devant le lecteur. Le mot « confession » y a un double sens : aveu du péché et louange de Dieu.

Que veut dire « notre cœur est inquiet jusqu'à ce qu'il repose en vous » ?

C'est la phrase d'ouverture des Confessions (livre I, chapitre 1), et le programme de tout le livre : l'homme est fait pour Dieu, donc rien de plus petit que Dieu ne le met au repos. Jésus dit la même chose en promesse : « vous trouverez du repos pour vos âmes » ().

En une phrase

Au livre X des Confessions, Augustin résume trente ans de fuite et une conversion en une seule phrase : « Je vous ai aimée tard, beauté si ancienne, beauté si nouvelle », la prière du retard rattrapé par la grâce.

L'histoire complète de cette conversion tient dans le livre VIII des Confessions, la scène du jardin de Milan. Demande à le chatbot ce que dit , le passage exact qu'Augustin a lu ce jour-là.