François d'Assise (vers 1181-1226)

Le Cantique des créatures : la prière que François d'Assise a réellement écrite

« Loué soyez-vous, mon Seigneur, pour notre sœur la lune et pour les étoiles ! » François d'Assise compose ce chant en 1225, un an avant sa mort, malade et presque aveugle. C'est un des premiers grands poèmes en langue italienne, et la seule prière célèbre qui soit réellement de lui. La traduction ci-dessous date de 1852.

Le texte, dans la traduction de Frédéric Ozanam

Très-haut, tout-puissant et bon Seigneur, à vous appartiennent les louanges, la gloire et toute bénédiction. On ne les doit qu'à vous, et nul homme n'est digne de vous nommer.

Loué soit Dieu, mon Seigneur, à cause de toutes les créatures, et singulièrement pour notre frère messire le soleil, qui nous donne le jour et la lumière ! Il est beau et rayonnant d'une grande splendeur, et il rend témoignage de vous, ô mon Dieu !

Loué soyez-vous, mon Seigneur, pour notre sœur la lune et pour les étoiles ! Vous les avez formées dans les cieux, claires et belles.

Loué soyez-vous, mon Seigneur, pour mon frère le vent, pour l'air et le nuage, et la sérénité et tous les temps, quels qu'ils soient ! car c'est par eux que vous soutenez toutes les créatures.

Loué soit mon Seigneur, pour notre sœur l'eau, qui est très-utile, humble, précieuse et chaste !

Loué soyez-vous, mon Seigneur, pour notre frère le feu ! Par lui vous illuminez la nuit ! il est beau et agréable à voir, indomptable et fort.

Loué soit mon Seigneur, pour notre mère la terre, qui nous soutient, nous nourrit, et qui produit toute sorte de fruits, les fleurs diaprées et les herbes !

Loué soyez-vous, mon Seigneur, à cause de ceux qui pardonnent pour l'amour de vous, et qui soutiennent patiemment l'infirmité et la tribulation ! Heureux ceux qui persévéreront dans la paix ! car c'est le Très-Haut qui les couronnera.

Soyez loué, mon Seigneur, à cause de notre sœur la mort corporelle, à qui nul homme vivant ne peut échapper ! Malheur à celui qui meurt en péché mortel ! Heureux ceux qui à l'heure de la mort se trouvent conformes à vos très-saintes volontés ! car la seconde mort ne pourra leur nuire.

Louez et bénissez mon Seigneur, rendez-lui grâces, et servez-le avec une grande humilité.

Traduction française de Frédéric Ozanam, Les Poètes franciscains en Italie au treizième siècle (1852), texte de l'édition Lecoffre des Œuvres complètes (1870), en domaine public. Original composé en dialecte ombrien en 1225-1226.

Un chant composé en trois fois

François naît à Assise, en Italie centrale, vers 1181. Fils d'un marchand drapier, converti après une captivité et une maladie, il choisit une vie de pauvreté totale et fonde l'ordre des frères mineurs. Le Cantique date de 1225 : François est alors gravement malade, presque aveugle, marqué depuis 1224 par les stigmates. D'après les chroniqueurs que cite Ozanam, il compose le chant à la suite d'une extase, le dicte à un frère, puis demande que les frères l'apprennent par cœur et le récitent chaque jour. Il le compose en ombrien, la langue parlée de sa région, quand la prière d'église se faisait en latin.

Le chant s'est écrit en trois fois. Le corps du texte loue Dieu pour les créatures : le soleil, la lune, le vent, l'eau, le feu, la terre, chacun appelé frère ou sœur. La strophe du pardon est ajoutée quelques jours plus tard : l'évêque et les magistrats d'Assise se déchirent, et François fait chanter le verset nouveau devant les deux parties, qui se réconcilient. La strophe de la mort est ajoutée en 1226, quand François apprend que sa fin est proche : il y appelle la mort « notre sœur la mort corporelle », et meurt le 3 octobre 1226, à Assise.

Le texte original est conservé dans un manuscrit du XIIIe siècle à la bibliothèque d'Assise. Le Cantique compte parmi les premiers grands poèmes en langue italienne, avant Dante. C'est aussi le texte qui permet de mesurer ce que François a réellement écrit : la célèbre prière de saint François, « Seigneur, faites de moi un instrument de votre paix », date de 1912 et son auteur est inconnu ; le Cantique, lui, est documenté par les manuscrits et les chroniques.

Les versets derrière la prière

Le Cantique reprend le mouvement des psaumes qui font louer Dieu par ses créatures :

« Louez-le, soleil et lune ! Louez-le, vous toutes, étoiles lumineuses ! »

Psaume 148:3

« Que tes œuvres sont en grand nombre, ô Éternel ! Tu les as toutes faites avec sagesse. La terre est remplie de tes biens. »

Psaume 104:24

« Dieu vit tout ce qu’il avait fait et voici, cela était très bon. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le sixième jour. »

Genèse 1:31

« Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu ! »

Matthieu 5:9

Les questions qui suivent

Pourquoi dire « frère soleil » et « sœur la mort » ?

Parce que dans le Cantique, toutes les créatures sortent des mains du même Père : le soleil, l'eau ou le feu sont de la même famille que celui qui chante. La mort elle-même reçoit le nom de sœur dans la dernière strophe, écrite quand François venait d'apprendre qu'il allait mourir.

Dans quelle langue le Cantique a-t-il été écrit ?

En ombrien, le dialecte italien parlé dans la région d'Assise, à une époque où les textes religieux s'écrivaient en latin. C'est ce choix qui en fait un des premiers grands poèmes en langue italienne. Le texte original est conservé dans un manuscrit du XIIIe siècle à Assise.

Quelle différence avec la « prière de saint François » ?

La prière « Seigneur, faites de moi un instrument de votre paix » apparaît en France en 1912 et son auteur est inconnu ; l'attribution à François date de 1927. Le Cantique des créatures, lui, est attesté par les manuscrits et les biographies anciennes de François : c'est sa prière authentique.

En une phrase

Composé en 1225-1226 par un François d'Assise malade et presque aveugle, en trois étapes (la louange par les créatures, la strophe du pardon lors d'un conflit à Assise, la strophe de la mort quand il apprend sa fin), le Cantique des créatures est la prière authentique du saint, un des premiers grands poèmes en langue italienne.

Le Cantique met en chant ce que fait le Psaume 148 : appeler les créatures une à une pour louer leur créateur. Lis le Psaume 148, puis demande à le chatbot ce qui distingue louer Dieu POUR ses créatures et louer les créatures elles-mêmes.