La prière de saint François : le texte de 1912 et sa vraie histoire
François d'Assise (mort en 1226) n'a pas écrit cette prière : le texte apparaît en France en 1912, près de sept siècles après lui.
« Seigneur, faites de moi un instrument de votre paix » est l'une des prières les plus récitées du XXe siècle. Le texte complet est ci-dessous, dans sa toute première version publiée. Son histoire vraie surprend : elle paraît anonymement en décembre 1912 dans un petit bulletin catholique français, et son attribution à François d'Assise ne commence qu'en 1927.
Le texte original de 1912
Seigneur, faites de moi un instrument de votre paix.
Là où il y a de la haine, que je mette l'amour.
Là où il y a l'offense, que je mette le pardon.
Là où il y a la discorde, que je mette l'union.
Là où il y a l'erreur, que je mette la vérité.
Là où il y a le doute, que je mette la foi.
Là où il y a le désespoir, que je mette l'espérance.
Là où il y a les ténèbres, que je mette votre lumière.
Là où il y a la tristesse, que je mette la joie.
Ô Maître, que je ne cherche pas tant à être consolé qu'à consoler,
à être compris qu'à comprendre,
à être aimé qu'à aimer,
car c'est en donnant qu'on reçoit,
c'est en s'oubliant qu'on trouve,
c'est en pardonnant qu'on est pardonné,
c'est en mourant qu'on ressuscite à l'éternelle vie.
Première publication connue : La Clochette, bulletin de la Ligue de la Sainte Messe, n° 12, décembre 1912, p. 285, sous le titre « Belle prière à faire pendant la messe », sans nom d'auteur. Texte en domaine public.
D'où vient vraiment cette prière
L'historien Christian Renoux a reconstitué le parcours du texte dans une enquête publiée en 2001 (La prière pour la paix attribuée à saint François, une énigme à résoudre, Éditions franciscaines). Première trace : décembre 1912, dans La Clochette, le bulletin d'une association de prière dirigée par un prêtre normand, l'abbé Esther Bouquerel (1855-1923). Le texte y est anonyme, et comme la revue publiait surtout des textes de son directeur, Bouquerel pourrait en être l'auteur. Aucune trace du texte n'existe avant cette date, dans aucune langue.
En 1915, un lecteur l'envoie au pape Benoît XV en pleine guerre. L'Osservatore Romano en publie une traduction italienne en première page le 20 janvier 1916, et le journal La Croix la retraduit en français le 28 janvier. La prière circule ensuite sur des images pieuses : vers 1916-1918, le père Étienne Benoît, franciscain de la région de Reims, l'imprime sous le titre « Prière pour la Paix » au dos d'une image de saint François, sans la lui attribuer. L'image fait le lien ; à partir de 1927, le texte commence à circuler sous le nom du saint, et il ne le quittera plus.
François d'Assise a réellement écrit des prières : la plus célèbre est le Cantique de frère Soleil (1225), un des premiers grands poèmes en langue italienne. Si l'attribution de la prière de 1912 a tenu un siècle, c'est qu'elle sonne juste : le texte respire l'esprit franciscain, et surtout il condense l'Évangile ligne par ligne.
Les versets derrière la prière
Anonyme, mais biblique de bout en bout. Chaque mouvement de la prière reprend une parole de Jésus :
« Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu ! »
Matthieu 5:9
« Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi ; »
Matthieu 6:14
« Donnez, et il vous sera donné : on versera dans votre sein une bonne mesure, serrée, secouée et qui déborde ; car on vous mesurera avec la mesure dont vous vous serez servis. »
Luc 6:38
« En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul ; mais, s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. »
Jean 12:24
Les questions qui suivent
Qui a écrit la prière de saint François ?
Personne ne le sait avec certitude. Elle paraît anonymement en décembre 1912 dans La Clochette, un bulletin catholique français dirigé par l'abbé Esther Bouquerel, qui en est peut-être l'auteur. Ce qui est établi : aucune trace du texte n'existe avant 1912, et rien de tel ne figure dans les écrits de François d'Assise.
Pourquoi est-elle attribuée à saint François ?
Parce qu'un franciscain l'a imprimée vers 1916-1918 au dos d'une image de saint François, sans nom d'auteur. L'image et le texte ont fini par fusionner : dès 1927, la prière circule sous le nom du saint. Le fond a fait le reste, tant le texte correspond à l'esprit franciscain.
François d'Assise a-t-il écrit des prières ?
Oui. La plus connue est le Cantique de frère Soleil, composé en 1225, une louange de Dieu à travers ses créatures qui compte parmi les premiers grands poèmes en langue italienne. Ses écrits authentiques (prières, règles, lettres) sont bien documentés, et la prière de 1912 n'en fait pas partie.
En une phrase
Publiée anonymement en France en 1912 et attribuée à François d'Assise à partir de 1927, la prière « instrument de votre paix » est devenue l'une des prières de paix les plus récitées du monde, et chacune de ses lignes reprend l'Évangile.
Chaque ligne de cette prière a un verset derrière elle. Prends celle qui te coûte le plus et demande à le chatbot ce que la Bible dit dessus : il répond depuis le texte.