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Matthieu 5:43·8 min de lecture

Matthieu 5:43 · « tu haïras ton ennemi » n’est pas dans la Bible

« Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. »

Matthieu 5:43 · Segond

« Vous avez appris qu’il a été dit : tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. »Matthieu 5:43 · Martin 1744

On garde tous, quelque part, une petite théologie pour justifier qu’on retire notre amour à celui qui nous a fait du mal. Ce verset semble nous y autoriser. Regarde de près : la première moitié vient de la Loi de Dieu, la seconde en est absente. « Tu haïras ton ennemi » n’est écrit nulle part dans l’Ancien Testament. C’est un ajout humain, et Jésus ne le cite que pour le rejeter au verset suivant.

La sixième reprise du Sermon sur la montagne

On est dans le Sermon sur la montagne (Matthieu 5 à 7), le grand discours d’ouverture du ministère de Jésus. Six fois de suite, dans le chapitre 5, il reprend la même formule : « Vous avez appris qu’il a été dit… mais moi, je vous dis » (5:21-48). À chaque fois, il pousse la Loi jusqu’au bout tout en la maintenant : ne pas tuer devient ne pas haïr, ne pas commettre l’adultère devient ne pas convoiter.

Notre verset ouvre la sixième et dernière de ces reprises. Jésus cite un enseignement courant de l’époque : « aime ton prochain, hais ton ennemi ». La première partie est biblique (). La seconde reste introuvable : personne ne trouve « tu haïras ton ennemi » dans l’Ancien Testament. C’est une déduction humaine, un raccourci confortable. Au verset 44, Jésus la supprime : « Aimez vos ennemis. »

Le grec derrière chaque mot du verset

Ce qui choque dans ce verset, c’est ce qu’on y a ajouté après la virgule.

  1. « Vous avez appris qu’il a été dit ». En grec êkousate, « vous avez entendu ». Jésus emploie ici « on vous a dit », là où il dirait ailleurs « il est écrit » : il vise une tradition orale, une interprétation reçue. Tout ce que tu as « appris » sur la foi mérite donc d’être vérifié à la source.
  2. « Tu aimeras ton prochain ». En grec agapêseis ton plêsion : la citation exacte de , avec agapaô, l’amour de décision, le même verbe qu’en . Cette moitié est vraie, et le problème vient de ce qu’on lui a accolé.
  3. « ton prochain ». En grec plêsion, « celui qui est proche ». Les auditeurs le comprenaient au sens étroit : le semblable, celui de mon camp. On avait donc réduit « prochain » à « les miens », et Jésus va l’élargir jusqu’à l’ennemi.
  4. « et tu haïras ». En grec misêseis, du verbe miseô, haïr, rejeter. Le mot est fort, frontal, et il est présenté ici comme un devoir religieux. C’est le piège : transformer son ressentiment en obéissance supposée.
  5. « ton ennemi ». En grec ton echthron, l’hostile, l’adversaire, celui qui te veut du mal. Le verset 44 prend exactement ce mot et le retourne : « aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent ». Même quand l’autre reste vraiment un ennemi, c’est lui que Jésus demande d’aimer.

Le verset 43 n’a de sens qu’avec sa suite. Jésus pose d’abord la fausse règle apprise, puis il la brise (5:44-45) : aimer son ennemi, c’est ressembler au Père « qui fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons ».

Comment le verset est construit

Tout se joue sur ce qu’on a glissé après la virgule.

  1. Une moitié vraie. « tu aimeras ton prochain » : c’est le commandement de , parole de Dieu.
  2. Une moitié ajoutée. « tu haïras ton ennemi » : absent de toute la Bible, c’est une déduction des hommes.
  3. Le couple piégé. on garde le commandement de Dieu pour les siens, on s’autorise la haine pour les autres.
  4. La correction (5:44). « aimez vos ennemis » : la frontière entre prochain et ennemi tombe.

Dieu a dit « aime ». Des hommes ont ajouté « et hais ceux d’en face ». Jésus retire cet ajout et laisse le commandement intact.

Ce que Jésus a fait à la croix de ses propres ennemis

Versets parallèles, sur l’amour qui ne rend pas le mal :

« Tu ne te vengeras point, et tu ne garderas point de rancune contre les enfants de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

Lévitique 19:18

« Si ton ennemi a faim, donne-lui à manger... Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais surmonte le mal par le bien. »

Romains 12:20-21

« Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. »

Luc 23:34

Ce que Jésus commande en 5:44, il le vit jusqu’au bout à la croix. Cloué par ses ennemis, il prie pour eux (). Paul le dit autrement : « Christ est mort pour nous lorsque nous étions encore des pécheurs » (), c’est-à-dire ses ennemis (). Aimer son ennemi découle donc directement de l’évangile : Dieu a fait exactement ça avec nous.

L’essentiel du verset

La foi se vérifie là où elle coûte le plus, dans l’amour de celui qui te veut du mal. Et la règle qui autorisait la haine venait des hommes, pas du texte.

  1. Vérifie ce que Dieu a vraiment dit. Tout ce qu’on « a appris » sur la foi mérite d’être confronté au texte : ici, la haine de l’ennemi est absente de toute la Bible.
  2. Se donner un devoir de haïr ne rend pas cette haine juste. Dieu n’a jamais commandé « hais ton ennemi », et donner des airs religieux à un ressentiment le laisse tel qu’il est.
  3. Aimer l’ennemi, c’est ressembler au Père (5:45). C’est le signe ordinaire des fils de Dieu, à la portée de tous ceux qui le suivent.

Pour aller plus loin

Deux hommes ont commenté ce commandement dans des conditions où il coûtait quelque chose. Dietrich Bonhoeffer, pasteur allemand, écrit son chapitre sur l’amour des ennemis en 1937, dans Le prix de la grâce, pendant qu’il dirige un séminaire clandestin opposé au régime nazi ; la Gestapo ferme le séminaire la même année, et Bonhoeffer sera exécuté au camp de Flossenbürg en avril 1945. Vingt ans plus tard, le 17 novembre 1957, Martin Luther King, pasteur américain et figure du mouvement des droits civiques, prêche Loving Your Enemies à Montgomery, en pleine lutte contre la ségrégation ; son médecin lui avait ordonné de garder le lit, il a prêché quand même. Pour les deux, aimer son ennemi était un commandement à mettre en pratique face à un ennemi bien réel et dangereux, quelqu’un qui avait un nom.

  1. La Force d’aimer, de Martin Luther King. Le recueil de sermons qui contient Loving Your Enemies, traduit en français.
  2. Le sermon de Dexter Avenue. Le texte et l’enregistrement du sermon du 17 novembre 1957, conservés par le King Institute de l’université Stanford.
  3. L’enregistrement du sermon. L’enregistrement audio (en anglais).

Questions fréquentes

01Que dit Matthieu 5:43 ?
« Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. » Jésus cite un enseignement répandu de son époque pour le corriger juste après : aimez vos ennemis (v. 44).
02Où est écrit « tu haïras ton ennemi » ?
Nulle part. C’est un ajout humain, et la Bible dit seulement « tu aimeras ton prochain » ().
03Jésus annule-t-il la Loi ?
Non (5:17). Il enlève l’ajout des hommes et ramène la Loi à l’essentiel : l’amour.
04« Aimer » mon ennemi, c’est l’apprécier ?
Le verbe est agapaô : un amour de décision et d’acte, qui se traduit par bénir, prier, faire du bien (5:44). L’émotion vient après, ou pas du tout.
05Aimer son ennemi, est-ce se laisser écraser ?
Non. C’est refuser la haine et lui rendre le bien (). Le droit et la justice restent entiers, et c’est la haine du cœur qu’on lâche.
06N’est-ce pas irréaliste ?
C’est impossible par nature, et c’est le but : ça oblige à recevoir de Dieu un amour qu’on n’a pas en soi (5:45-48).
07Dieu, lui, ne hait-il pas le mal ?
Il hait le mal et aime le pécheur jusqu’à mourir pour lui (). Aimer l’ennemi laisse au mal son nom de mal.
08Quelqu’un m’a vraiment fait du mal, je fais comme si de rien n’était ?
Non. Aimer laisse la blessure entière. Tu choisis de ne pas lui rendre le mal et, d’abord, de prier pour lui (5:44). L’acte précède souvent le sentiment.
09Et si je n’y arrive pas ?
Commence par le plus petit acte : ne pas médire, puis bénir, puis prier. La haine grandit tant qu’on ne fait rien, et se mettre à prier pour la personne l’affaiblit.
10Pardonner, c’est oublier ?
Non, c’est cesser de réclamer le paiement de la dette. On lâche la vengeance et on remet la justice à Dieu.

Comment vivre ce verset au quotidien

On a tous un « ennemi » : celui qui nous a trahi, humilié, blessé.

Cet ennemi n’est pourtant pas toujours celui qui nous a fait du mal, ou pas de manière consciente. Ce n’est pas toujours la pire personne sur terre non plus : elle peut même ignorer que vous la détestez, et vous lui souriez peut-être tous les jours en la croisant.

On a parfois tous une bonne excuse pour justifier de détester quelqu’un.

La vie chrétienne est un changement qui prend du temps. On se soigne pour qu’à la fin, on arrive devant Dieu mieux que ce que l’on était au départ, pas encore parfait, mais prêt à le devenir par sa puissance au paradis. Demande à bxble par où commencer.

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La Rédaction · bxble, publié le 17 juin 2026

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