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Jérémie 29:5-6·8 min de lecture

Jérémie 29:5-6 · Dieu te dit de planter un arbre en plein exil

« Bâtissez des maisons, et habitez-les ; plantez des jardins, et mangez-en les fruits. Prenez des femmes, et engendrez des fils et des filles ; prenez des femmes pour vos fils, et donnez des filles à vos fils, afin qu'ils engendrent des fils et des filles ; multipliez là où vous êtes, et ne diminuez pas. »

Jérémie 29:5-6 · Segond

« Bâtissez des maisons, et y demeurez ; plantez des jardins, et mangez-en les fruits ; prenez des femmes, et engendrez des fils et des filles ; prenez aussi des femmes pour vos fils, et donnez vos filles à des maris, et qu'elles enfantent des fils et des filles ; et multipliez là, et ne soyez point diminués. »Jérémie 29:5-6 · Martin 1744

On connaît le verset 11 par cœur, on a oublié ceux d'avant. Pourtant ce sont eux qu'il faut lire d'abord : avant de promettre un avenir, Dieu donne un ordre très terre-à-terre à un peuple déporté, « bâtissez, plantez, mariez-vous ». Vivez, là, maintenant, dans le lieu que vous n'avez pas choisi.

La même lettre que le fameux verset 11

C'est la même lettre que . En 597 av. J.-C., Nabuchodonosor, roi de Babylone, a déporté une partie du royaume de Juda. Là-bas, les faux prophètes promettent un retour express : un certain Hanania annonce un retour « dans deux années » (). Dieu répond l'inverse par la plume de Jérémie : l'exil durera soixante-dix ans ().

Et avant la promesse d'avenir du verset 11, il y a cet ordre concret aux versets 5-6 : bâtissez, plantez, fondez des familles, multipliez. Juste après vient le verset 7 : « Recherchez le bien de la ville où je vous ai menés. » Dieu demande à son peuple d'habiter le lieu de son exil, au lieu d'attendre pour vivre.

L'hébreu derrière les quatre impératifs

  1. « Bâtissez ». En hébreu banah : construire. Bâtir une maison est le geste de quelqu'un qui reste, là où camper serait le geste de quelqu'un qui attend de partir. Dieu demande de poser des fondations là où tu ne voulais pas être.
  2. « plantez des jardins… mangez-en les fruits ». En hébreu nata. Un arbre fruitier met des années à produire : planter engage pour des années, sur place. Et « mangez-en » est une permission explicite de profiter de ces fruits et d'y trouver de la joie, en plein exil. La vie continue pendant l'attente.
  3. « Prenez des femmes, engendrez des fils et des filles ». La vie de famille continue. L'existence reste ouverte pendant que la situation dure, et le texte demande de la mener, pas de la subir.
  4. « multipliez… ne diminuez pas ». En hébreu ravah, « se multiplier », en écho direct à (« soyez féconds et multipliez »), et al tim'atu, « ne devenez pas peu nombreux ». Le mandat donné à l'humanité dès la création continue même à Babylone : restez le peuple de Dieu, sans vous dissoudre dans le pays.

« Ne diminuez pas » est l'avertissement caché du passage. L'exil tue de deux manières : par le désespoir de ceux qui attendent passivement, et par la dissolution de ceux qui se fondent dans Babylone jusqu'à ne plus exister comme peuple. Dieu refuse les deux.

Comment le passage est construit

Le passage tient en un ordre, un piège évité, et une orientation.

  1. L'ordre. bâtir, planter, se marier, multiplier : des impératifs de vie ordinaire.
  2. Le piège évité. attendre passivement le retour d'un côté, disparaître dans le pays d'exil de l'autre.
  3. L'orientation. « recherchez le bien de la ville » (v. 7) : la vie en exil est tournée vers le bien du lieu, au-delà de sa propre survie.

Tout est à l'impératif. Le passage commande : vis, ne te contente pas d'endurer.

L'exil d'Israël et la condition du chrétien

Versets parallèles, sur la vie de foi dans le lieu qu'on n'a pas choisi :

« Recherchez le bien de la ville où je vous ai menés en captivité, et priez l'Éternel en sa faveur, parce que votre bonheur dépend du sien. »

Jérémie 29:7

« Dieu les bénit, et Dieu leur dit : Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l'assujettissez. »

Genèse 1:28

L'exil d'Israël préfigure la condition du chrétien, « étranger et voyageur » dans ce monde (), élu « de la dispersion » (). Le croyant reste dans le monde sans s'y dissoudre : il bâtit, travaille, élève une famille et cherche le bien de sa ville, comme témoignage. Christ lui-même est entré dans l'ordinaire d'un atelier de charpentier à Nazareth, avant de ramener les égarés au berger de leurs âmes. Et le vrai retour d'exil dépasse une question de terre : il ramène à Dieu lui-même ().

L'essentiel du passage

Le texte demande de vivre la foi au présent, dans l'ordinaire, à l'intérieur du lieu de l'épreuve et pendant qu'elle dure.

  1. La foi se vit dans l'ordinaire. Bâtir, planter, fonder une famille : Dieu sanctifie la vie quotidienne autant que les grands moments spirituels.
  2. N'attends pas l'extraordinaire pour vivre. Ta « vraie vie » commence maintenant, là où tu es, et pas après la saison difficile.
  3. Rester soi-même en exil. « Ne diminuez pas » : reste pleinement à Dieu dans Babylone, sans te fondre dans Babylone.

Pour aller plus loin

Tim Keller, pasteur américain mort en 2023, a fondé Redeemer Presbyterian Church en 1989 au centre de Manhattan, à une époque où les Églises quittaient la ville. Il a construit tout son ministère urbain sur cette lettre de Jérémie 29 : les chrétiens vivent en exilés qui bâtissent, plantent et cherchent la paix de la ville, sans s'y assimiler et sans se replier entre eux. Trente ans plus tard, le réseau City to City issu de ce travail avait aidé à implanter plus de deux mille Églises dans plus de cent cinquante villes du monde.

  1. Le livre de Timothy Keller. Une Église centrée sur l'Évangile (Excelsis, traduit en français), dont toute la partie consacrée à la ville développe la vision de Jérémie 29.
  2. Le sermon de Tim Keller. The Meaning of the City, directement sur (en anglais).
  3. La vidéo de Tim Keller. Serving the City, prédication sur la chaîne Gospel in Life (en anglais).

Questions fréquentes

01Que dit Jérémie 29:5-6 ?
« Bâtissez des maisons, et habitez-les ; plantez des jardins, et mangez-en les fruits... multipliez là où vous êtes, et ne diminuez pas. » À des déportés, Dieu ordonne de vivre pleinement là où ils sont, sans disparaître comme peuple.
02Dieu demande-t-il de s'installer dans le péché de Babylone ?
Non. On vit dans la ville sans vivre comme elle. Le verset 7 demande de chercher son bien, et non de l'imiter.
03« Multipliez » est-ce seulement une question de démographie ?
C'est l'écho de : la vie et l'identité du peuple de Dieu continuent malgré l'exil, au-delà d'un compte de naissances.
04Est-ce un appel au confort matériel ?
Non. C'est un appel à habiter le réel, quand la tentation est de fuir dans l'attente d'un sauvetage.
05Faut-il fuir le monde ou s'y engager ?
S'y engager sans s'y conformer : bâtir et chercher le bien de la cité (v. 7), tout en restant à Dieu.
06Et l'espérance du retour, alors ?
Elle demeure (v. 10-11), et elle laisse entière l'obligation de vivre aujourd'hui.
07Prier pour Babylone, n'est-ce pas une compromission ?
Prier pour la ville d'exil laisse Dieu à sa place. Tu aimes le lieu où il t'a mis sans le renier, lui.
08Je traverse une saison que je n'ai pas choisie, quoi faire ?
Bâtis, plante, investis. Ne mets pas ta vie sur « pause » en attendant que ça change.
09Comment « planter » quand tout semble provisoire ?
Planter un arbre revient à dire « je serai encore là pour le fruit ». Décide de rester et de t'investir là où tu es.
10Et si je n'ai pas envie d'aimer ce lieu ?
Commence par ce que Dieu demande : y chercher le bien et y prier (v. 7). L'amour vient souvent après, quand tu as déjà agi.

Comment vivre ce passage au quotidien

Tu attends peut-être que ta « vraie vie » commence : après le déménagement, après cette saison, après que ça aille mieux. Dieu dit l'inverse : bâtis une maison ici. Plante un arbre dont tu attendras les fruits pendant des années. Investis le lieu que tu n'as pas choisi.

En exil, tu habites le lieu, tu l'aimes et tu le sers, sans t'y dissoudre et sans te contenter d'attendre la sortie. Cherche le bien de ta ville, de ton travail, de ton quartier, même quand ils ressemblent à Babylone (v. 7).

La promesse d'avenir arrive juste après, et elle laisse entier l'ordre de vivre maintenant. Relis le verset suivant, celui qu'on cite comme une promesse de réussite personnelle.

Et si la saison est trop lourde à habiter seul, ne la traverse pas seul. Pose ta question, là où tu en es.

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La Rédaction · bxble, publié le 14 juin 2026

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