Galates 2:20 · « ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi »
« J’ai été crucifié avec Christ ; et si je vis, ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi ; si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi. »
Galates 2:20 · Segond
« Je suis crucifié avec Christ, et je vis, non pas maintenant moi, mais Christ vit en moi ; et ce que je vis maintenant en la chair, je le vis en la foi du Fils de Dieu, qui m’a aimé, et qui s’est donné lui-même pour moi. »Galates 2:20 · Martin 1744
On lit souvent la vie chrétienne comme un projet d’amélioration de soi : serrer les dents, corriger ses défauts un par un, devenir quelqu’un de bien. Et on s’épuise, parce que rien ne change au centre : c’est toujours « moi » qui essaie de corriger « moi ».
coupe court à ce projet. Le verset décrit un « moi » mort avec Christ, à la place duquel Christ vit désormais.
Après une engueulade publique avec Pierre
L’épître aux Galates, une lettre de l’apôtre Paul, combat une erreur : croire qu’on devient juste devant Dieu par l’observation de la Loi de Moïse, et non par la foi en Christ. Paul vient de raconter un conflit public : à Antioche, il a repris l’apôtre Pierre en face (2:11-14) parce que Pierre, par peur, faisait comme si les règles juives décidaient encore qui était en règle avec Dieu.
De là, Paul énonce sa thèse (2:16) : « l’homme n’est pas justifié par les œuvres de la loi, mais par la foi en Jésus-Christ. » Juste avant notre verset, il pose le paradoxe (2:19) : « Car c’est par la loi que je suis mort à la loi, afin de vivre pour Dieu. » Le verset 20 explique comment cette mort se vit. Et juste après (2:21), il ferme l’argument : « si la justice s’obtient par la loi, Christ est donc mort en vain. » Ici Paul cesse de parler doctrine et dit « moi ».
Le grec derrière chaque proposition du verset
- « J’ai été crucifié avec Christ ». En grec Christô synestaurômai, formé sur syn, avec, et stauroô, crucifier. C’est un parfait passif : une action déjà accomplie, dont l’effet dure encore. Tu y as été mis avec Christ, sans effort de ta part, et le vieux « toi » a été exécuté avec lui.
- « ce n’est plus moi qui vis ». En grec ouketi egô. Ouketi veut dire « ne… plus » ; egô, le « moi », est mis en avant, accentué. La vie continue, et le centre a changé. Ta personne demeure, et c’est ton règne sur toi-même qui prend fin.
- « c’est Christ qui vit en moi ». En grec zê de en emoi Christos. Christ est décrit comme une présence en dedans, qui vit, et l’imitation d’un modèle lointain se tient en dessous de ce que dit le verset. Le christianisme met en toi quelqu’un de vivant.
- « si je vis maintenant dans la chair ». En grec en sarki. Le mot « chair » a ici un autre sens qu’en 5:19-21 : il désigne simplement la vie corporelle, ordinaire, dans un corps mortel. Cette vie nouvelle se vit donc à l’intérieur du quotidien.
- « je vis dans la foi au Fils de Dieu ». En grec en pistei zô, de pistis, la foi, la confiance. Cette vie nouvelle repose sur la confiance remise au Fils, jour après jour, et l’effort moral vient après.
- « qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi ». En grec agapêsantos me kai paradontos heauton hyper emou. Deux participes aoristes : un amour qui a agi, une fois, totalement. Et tout est au singulier, me, « moi ». Sur la croix, Christ s’est livré en pensant à toi personnellement.
Le verset tient sur un retournement : Paul meurt, crucifié avec Christ, et c’est là que la vraie vie commence, puisque Christ vit en lui. Cette vie avance par la confiance, et elle prend sa source dans un amour qui a déjà tout donné.
Comment le verset est construit
Le verset part d’un fait fondateur, puis en donne la conséquence, le cadre et le fondement.
- Le fait fondateur. « J’ai été crucifié avec Christ » : une action accomplie, passive, déjà tenue.
- La conséquence. « Ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi » : le centre change, et la personne demeure.
- Le cadre réel. « Si je vis maintenant dans la chair » : toujours un homme, dans un corps, une histoire.
- Le moyen et le fondement. « Je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé » : par la confiance, sur un amour déjà prouvé.
Tout dépend de la première proposition. Si la mort avec Christ n’a pas eu lieu, le reste ne tient pas. Parce qu’elle a eu lieu, une vie nouvelle suit, tenue par la foi, sur un amour déjà donné.
La même mort et la même vie, ailleurs chez Paul
« Notre vieil homme a été crucifié avec lui, afin que le corps du péché fût détruit, pour que nous ne soyons plus esclaves du péché. »
Romains 6:6
« Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Les choses anciennes sont passées ; voici, toutes choses sont devenues nouvelles. »
2 Corinthiens 5:17
« Car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec Christ en Dieu. »
Colossiens 3:3
« Car Christ est ma vie, et la mort m’est un gain. »
Philippiens 1:21
Ce que Paul dit de lui ici, il l’étend à tout croyant ailleurs (Romains 6). Jésus l’avait annoncé : « si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se charge de sa croix » (), et « si le grain de blé ne meurt, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (). , c’est ce grain appliqué à une vie d’homme : ma vie s’arrête pour que la sienne porte du fruit en moi.
L’essentiel du verset
Le vieux centre est déjà mort avec Christ, et tu reçois une vie nouvelle, la sienne, tenue par la foi. Le projet de devenir une meilleure version de soi à la seule force de la volonté se tient en dehors de ce que décrit Paul.
- L’identité change avant la conduite. D’abord « ce n’est plus moi », ensuite seulement une vie nouvelle. On agit parce qu’on est chrétien, et pas pour le devenir.
- La grâce contre le mérite. Si tu pouvais te sauver par tes œuvres, Christ serait mort pour rien (2:21). C’est la croix qui a tout accompli.
- L’amour s’adresse à quelqu’un. Paul écrit « pour moi ». La foi fait confiance à une personne qui s’est déjà livrée pour toi, plus qu’à une idée.
Pour aller plus loin
Le 4 septembre 1869, Hudson Taylor, missionnaire britannique fondateur d’une mission à l’intérieur de la Chine, est épuisé : quinze ans de mission, une responsabilité écrasante, et le sentiment de ne jamais être à la hauteur spirituellement. Ce jour-là, une lettre de son collègue John McCarthy lui fait relire : il peut cesser de lutter pour produire la foi et laisser Christ vivre en lui. Taylor appellera cette découverte « la vie échangée ». Il écrira que rien n’avait changé dans sa charge de travail, et que la peine et la tension avaient disparu. L’épisode est raconté dans Hudson Taylor’s Spiritual Secret, la biographie écrite par son fils et sa belle-fille.
- Le commentaire de Luther sur les Galates. Martin Luther, moine allemand à l’origine de la Réforme au XVIᵉ siècle. Son Commentaire de l’épître aux Galates (traduit en français chez Labor et Fides) s’arrête longuement sur le « pour moi » du verset.
- Le sermon de John Piper. Pasteur américain. The Ministry of Hudson Taylor as Life in Christ, une biographie prêchée centrée sur (en anglais).
- La vidéo sur Hudson Taylor. Surrender: Hudson Taylor’s Spiritual Secret, qui relie son témoignage au verset (en anglais).
Questions fréquentes
01Que dit Galates 2:20 ?
02« Crucifié avec Christ », ça veut dire quoi, je n’étais pas là ?
03Si ce n’est plus moi qui vis, je disparais ?
04« Dans la chair » ici, c’est le péché ?
05Si tout est fait par la croix, à quoi servent mes efforts ?
06N’est-ce pas se mépriser soi-même, cette « mort à soi » ?
07Pourquoi « s’est livré pour moi » et pas « pour tous » ?
08Je me sens toujours le même, où est ce « Christ en moi » ?
09J’essaie de bien vivre et j’échoue sans arrêt.
10Comment vivre ça concrètement aujourd’hui ?
Comment vivre ce verset au quotidien
La plupart des gens essaient de devenir quelqu’un de bien à la force du caractère, et ils s’épuisent parce que le centre n’a pas bougé : c’est toujours « moi » qui tire « moi » vers le haut. dit que ce « moi » a déjà été crucifié, et qu’une autre vie a pris la place.
Concrètement, ça change ta vie de tous les jours. Ta valeur est déjà fixée par « il m’a aimé et s’est livré pour moi ». Et tu portes ta vie morale avec quelqu’un, parce que « Christ vit en moi ». Le chrétien porte en lui quelqu’un de vivant.
Alors à la prochaine décision, à la prochaine colère, à la prochaine peur, arrête-toi une seconde et rappelle-toi ce qui est écrit : ce n’est plus toi qui vis, c’est Christ qui vit en toi. La même croix qui te fait mourir est le don de Dieu pour toi. Demande à bxble ce que la Bible dit sur le lâcher-prise.
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