Vocabulaire biblique

Que signifie « Elohim » dans la Bible ?

Elohim est le mot hébreu que la Segond traduit par « Dieu », dès la première ligne : « Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre » (). Grammaticalement, c'est un pluriel ; le verbe qui le suit est pourtant au singulier. Ce paradoxe voulu, un pluriel de majesté, dit la plénitude de Dieu sans jamais suggérer plusieurs dieux : le texte est monothéiste dès son premier mot ou presque.

Origine

אֱלֹהִים (elohim), hébreu : Dieu ; le même mot sert, en vrai pluriel, pour les dieux des nations.

Entrée du lexique : elohim (hébreu) (H430)

« Elohim » n'apparaît en translittération qu'une seule fois dans la Segond, dans un nom de lieu : Guibea-Élohim (). Partout ailleurs, elle traduit : « Dieu ». Le compte ci-dessous porte sur cette forme traduite.

3 637versets dans la Segond (4 178 occurrences), de Genèse 1:1 à Apocalypse 22:19Compté au build sur le corpus : la forme exacte « Dieu », la traduction Segond la plus fréquente d'elohim.

Un pluriel qui parle au singulier

Le fait de grammaire d'abord : elohim porte la terminaison du pluriel hébreu (-im), mais quand il désigne le Dieu d'Israël, les verbes et les adjectifs qui l'accompagnent restent au singulier. « Dieu créa » (), jamais « les dieux créèrent ». L'hébreu utilise ce genre de pluriel pour dire l'intensité ou la souveraineté : un pluriel de majesté. En tirer une pluralité de divinités, c'est lire contre la grammaire du texte.

Le même mot sert pourtant de vrai pluriel ailleurs : les « autres dieux » interdits par le premier commandement () sont des elohim, au sens plein du pluriel cette fois. C'est le contexte et la grammaire qui tranchent, et ils tranchent sans ambiguïté. À côté d'elohim, l'hébreu connaît les formes courtes El et Eloah, qu'on retrouve dans les noms composés : El Shaddaï, le Dieu tout-puissant (), El Elyon, le Dieu Très-Haut ().

Dans la Segond, tout cela devient « Dieu », le deuxième nom divin le plus fréquent du texte français derrière « l'Éternel ». La distinction que le français efface est pourtant utile : « l'Éternel » traduit le nom propre (YHWH), « Dieu » traduit le nom commun (elohim). Quand un verset dit « l'Éternel Dieu », comme dans tout Genèse 2, il dit les deux à la fois : le Dieu de l'univers est le Dieu de l'alliance, celui qui a un nom.

Le mot en situation, dans le texte

« Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. »

« Après cela, tu arriveras à Guibea-Élohim, où se trouve une garnison de Philistins. En entrant dans la ville, tu rencontreras une troupe de prophètes descendant du haut lieu, précédés du luth, du tambourin, de la flûte et de la harpe, et prophétisant eux-mêmes. »

« Lorsque Abram fut âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans, l’Éternel apparut à Abram, et lui dit : Je suis le Dieu tout-puissant. Marche devant ma face, et sois intègre. »

Les questions qui suivent

Pourquoi Elohim est-il un pluriel si Dieu est unique ?

C'est un pluriel de majesté, une tournure hébraïque pour dire la grandeur et la plénitude. La preuve est dans la conjugaison : le verbe reste au singulier, « Dieu créa » (). Quand le mot désigne réellement plusieurs dieux, ceux des nations, la grammaire passe au pluriel et le contexte le montre.

Quelle différence entre Elohim et YHWH (l'Éternel) ?

Elohim est un nom commun, « Dieu » ; YHWH est le nom propre, que la Segond rend par « l'Éternel ». Le premier dit ce qu'il est, le second qui il est. Les deux se combinent dès Genèse 2 : « l'Éternel Dieu », le Créateur universel qui se lie à son peuple par un nom.

Le pluriel d'Elohim annonce-t-il la Trinité ?

Prudence : la grammaire seule ne porte pas ce poids, le pluriel de majesté existe en hébreu sans arrière-pensée trinitaire. Ce que le chrétien peut dire honnêtement : le mot laisse de l'espace, et des versets comme « Faisons l'homme à notre image » () ont nourri la lecture trinitarienne. La doctrine, elle, se fonde sur la révélation entière, pas sur une terminaison.

En une phrase

Elohim, le « Dieu » de , est un pluriel de majesté conjugué au singulier : la grandeur de Dieu dans la grammaire, le monothéisme dans la conjugaison.

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