La prière de Kierkegaard : « Qu'est-ce donc qu'un homme sans toi ! »
« Père qui es aux cieux ! Qu'est-ce donc qu'un homme sans toi ! » Søren Kierkegaard, philosophe danois, ouvre presque chacun de ses discours religieux par une prière. Celle-ci ouvre le discours de 1847 resté connu sous le titre La pureté du cœur, et demande une seule chose : vouloir une seule chose.
Le texte, traduit du danois de 1847
Père qui es aux cieux ! Qu'est-ce donc qu'un homme sans toi ! Tout ce qu'il sait, fût-ce la multitude du divers, qu'est-ce, sinon un fragment interrompu, s'il ne te connaît pas ! Tout son effort, embrasserait-il un monde, qu'est-ce, sinon un travail à moitié fait, s'il ne te connaît pas, toi l'Unique, qui es un et qui es tout !
Donne donc à l'intelligence la sagesse de saisir l'unique ; donne au cœur la sincérité d'accueillir ce que l'intelligence a saisi ; donne à la volonté la pureté qui ne veut qu'une seule chose. Donne, dans les bons jours, la constance de vouloir une seule chose ; dans les distractions, le recueillement de vouloir une seule chose ; dans les souffrances, la patience de vouloir une seule chose.
Ô toi qui donnes et de commencer et d'accomplir, donne au jeune homme, tôt, quand le jour se lève, la résolution de vouloir une seule chose ; quand le jour décline, donne au vieillard une mémoire renouvelée de sa première résolution, afin que le dernier moment soit comme le premier, et le premier comme le dernier : la vie de celui qui n'a voulu qu'une seule chose.
Prière d'ouverture du « Discours de circonstance » des Discours édifiants d'esprits divers (Opbyggelige Taler i forskjellig Aand, 1847). Texte danois de l'édition Søren Kierkegaards Skrifter (Bibliothèque royale du Danemark) ; traduction Bxble des premiers mouvements de la prière.
Le philosophe qui priait par écrit
Søren Kierkegaard vit toute sa vie à Copenhague, de 1813 à 1855. Son œuvre avance sur deux rails : des livres philosophiques publiés sous pseudonymes (Ou bien... ou bien, Crainte et tremblement, Le Concept de l'angoisse) et, sous son propre nom, des discours religieux qu'il appelle « édifiants », publiés souvent les mêmes jours que les autres. Presque chaque discours s'ouvre par une prière : chez lui, la réflexion sur Dieu commence en parlant à Dieu.
Cette prière ouvre la première partie des Discours édifiants d'esprits divers, parus le 13 mars 1847 : un « discours de circonstance » écrit pour la confession. Son fil est resté proverbial : la pureté du cœur, c'est de vouloir une seule chose. La prière en déroule le programme sur une vie entière, du jeune homme au matin jusqu'au vieillard au soir, avec la demande que « le dernier moment soit comme le premier ». La suite de la prière nomme l'obstacle sans détour : il s'est mis quelque chose entre les deux, « le retard, l'arrêt, l'interruption, l'égarement, la perte », et demande, dans le repentir, le courage de vouloir de nouveau une seule chose.
Le discours entier commente : « Approchez-vous de Dieu, et il s'approchera de vous. Nettoyez vos mains, pécheurs ; purifiez vos cœurs, hommes irrésolus. » L'homme irrésolu, littéralement l'homme « à deux âmes », est l'envers exact de la prière : vouloir deux choses, c'est se partager. Les prières de Kierkegaard ont été rassemblées après sa mort en recueils ; chacune vient, comme celle-ci, d'un texte précis qu'elle ouvrait.
Les versets derrière la prière
Le discours que cette prière ouvre commente un verset, et deux autres portent la même exigence d'unité :
« Approchez-vous de Dieu, et il s’approchera de vous. Nettoyez vos mains, pécheurs ; purifiez vos cœurs, hommes irrésolus. »
Jacques 4:8
« Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu ! »
Matthieu 5:8
« Frères, je ne pense pas l’avoir saisi ; mais je fais une chose : oubliant ce qui est en arrière et me portant vers ce qui est en avant, »
Philippiens 3:13
Les questions qui suivent
Que veut dire « vouloir une seule chose » ?
Dans le discours, une seule réalité peut être voulue sans diviser le cœur : le bien, Dieu lui-même. Tout autre objet se veut avec arrière-pensées, calculs et partages. La prière demande cette unité pour les trois facultés, l'intelligence, le cœur et la volonté, et pour tous les états, bons jours, distractions et souffrances.
Kierkegaard écrivait-il des prières ?
Oui, en ouverture de ses discours religieux, publiés sous son nom. Elles ont été rassemblées après sa mort en recueils, mais chacune appartient d'abord à un texte précis. Celle-ci ouvre le discours de 1847 sur la pureté du cœur, écrit pour la confession.
Qui est « l'homme irrésolu » de Jacques 4:8 ?
Le mot grec de l'épître, dipsuchos, désigne littéralement l'homme « à deux âmes » : partagé entre deux volontés, il ne s'approche de Dieu qu'à moitié. Le discours de Kierkegaard fait de ce mot son adversaire central : la double âme guérit en voulant une seule chose.
En une phrase
Prière d'ouverture du discours de 1847 sur la pureté du cœur, écrite pour la confession, la prière de Kierkegaard demande pour l'intelligence, le cœur et la volonté une seule et même chose : vouloir une seule chose, du matin de la jeunesse au soir de la vieillesse.
Le discours entier tient dans . Lis ce verset, puis demande à le chatbot ce que l'épître de Jacques reproche exactement à « l'homme à deux âmes », au chapitre 1 comme au chapitre 4.