Le Bouclier de saint Patrick : le texte et ce qu'on sait de son origine
La prière est attribuée à Patrick, missionnaire de l'Irlande au Ve siècle, mais l'irlandais dans lequel elle est conservée date probablement du VIIIe siècle : elle vient de la tradition irlandaise ancienne, sans certitude sur son auteur.
« Christ avec moi, Christ devant moi, Christ derrière moi. » Cette prière irlandaise ancienne, dite Bouclier de saint Patrick, se récite comme on met une armure : celui qui prie s'attache une à une les protections de Dieu. En voici les principaux mouvements, traduits d'après la version d'un savant du XIXe siècle.
Le texte, extraits
Je me lie aujourd'hui à une force puissante : l'invocation de la Trinité.
Je me lie aujourd'hui à la force de la naissance du Christ et de son baptême, à la force de sa crucifixion et de son ensevelissement, à la force de sa résurrection et de son ascension, à la force de sa venue pour le jugement dernier.
Je me lie aujourd'hui à la force du ciel : lumière du soleil, éclat de la neige, splendeur du feu, rapidité de l'éclair, promptitude du vent, profondeur de la mer, stabilité de la terre, fermeté du roc.
Je me lie aujourd'hui à la force de Dieu pour me conduire : puissance de Dieu pour me soutenir, sagesse de Dieu pour me guider, œil de Dieu pour regarder devant moi, oreille de Dieu pour m'entendre, parole de Dieu pour parler pour moi, main de Dieu pour me garder, chemin de Dieu ouvert devant moi, bouclier de Dieu pour me protéger.
Christ avec moi, Christ devant moi, Christ derrière moi, Christ en moi, Christ au-dessous de moi, Christ au-dessus de moi, Christ à ma droite, Christ à ma gauche, Christ dans le cœur de quiconque pense à moi, Christ dans la bouche de quiconque parle de moi, Christ dans chaque œil qui me voit, Christ dans chaque oreille qui m'écoute.
Extraits de la lorica dite de saint Patrick (Fáeth Fiada, « le Cri du cerf »), texte en vieil irlandais conservé dans le Liber Hymnorum (manuscrit du XIe siècle). Traduction Bxble d'après la version anglaise de Whitley Stokes, en domaine public.
Ce qu'on sait, ce qu'on raconte
Patrick est un personnage historique du Ve siècle, et deux de ses écrits latins sont conservés et tenus pour authentiques : la Confession, où il raconte sa vie, et la Lettre aux soldats de Coroticus. Né en Bretagne romaine, enlevé à seize ans par des pirates, il passe six ans esclave berger en Irlande, s'évade, puis y revient comme missionnaire. La prière du Bouclier ne figure pas dans ces écrits : elle est en vieil irlandais, et les spécialistes datent sa langue du VIIIe siècle environ, trois siècles après Patrick.
Le texte appartient à un genre irlandais précis, la lorica, mot latin qui veut dire cuirasse : une prière de protection qu'on récite en s'attachant les défenses de Dieu comme les pièces d'une armure. La préface du manuscrit qui la conserve raconte la légende qui l'a nommée : Patrick l'aurait chantée avec ses compagnons pour échapper à l'embuscade du roi païen Loégaire ; aux yeux des guetteurs, la troupe serait passée sous la forme d'une harde de cerfs. D'où son nom irlandais, Fáeth Fiada, le Cri du cerf.
La structure porte le sens : se lier. À la Trinité d'abord, puis aux événements de la vie du Christ (de la naissance au jugement), puis aux créatures, puis aux protections de Dieu, jusqu'à la strophe finale qui place le Christ à chaque point de l'espace et dans chaque personne rencontrée. C'est le mouvement d', « revêtez-vous de toutes les armes de Dieu », déployé en litanie. La strophe « Christ avec moi » est devenue un cantique chanté dans le monde entier, sur une adaptation anglaise de 1889.
Les versets derrière la prière
La lorica déploie en litanie ce que le Nouveau Testament dit en une phrase :
« Revêtez-vous de toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir tenir ferme contre les ruses du diable. »
Éphésiens 6:11
« Tu m’entoures par derrière et par devant, Et tu mets ta main sur moi. »
Psaume 139:5
« Il n’y a ici ni Grec ni Juif, ni circoncis ni incirconcis, ni barbare ni Scythe, ni esclave ni libre ; mais Christ est tout et en tous. »
Colossiens 3:11
Les questions qui suivent
Saint Patrick a-t-il écrit cette prière ?
Probablement pas sous cette forme : la langue du texte conservé date du VIIIe siècle environ, et Patrick a vécu au Ve. Ses deux écrits authentiques sont en latin. L'attribution vient de la légende rapportée par le manuscrit ; la prière reste un authentique témoin de la foi irlandaise ancienne, marquée par la mission de Patrick.
Pourquoi « le Cri du cerf » ?
D'après la légende jointe au texte : chantée par Patrick et ses compagnons pour échapper à une embuscade du roi Loégaire, la prière les aurait fait paraître aux guetteurs comme des cerfs sauvages. Le nom irlandais Fáeth Fiada est resté attaché à la lorica.
Qu'est-ce qu'une lorica ?
Le mot latin pour la cuirasse. Dans l'Irlande ancienne, il désigne un genre de prière de protection : on s'y « lie » les défenses de Dieu une à une, comme on ajuste les pièces d'une armure, sur le modèle d', les armes de Dieu.
En une phrase
Prière irlandaise du haut Moyen Âge attribuée à Patrick par la légende, la lorica du Bouclier attache à celui qui prie la Trinité, la vie du Christ et les protections de Dieu, jusqu'à la litanie restée célèbre : Christ avec moi, devant moi, derrière moi, en moi.
La lorica déploie en litanie. Lis ce passage, puis demande à le chatbot à quoi sert chaque pièce de l'armure que Paul énumère.