Le Suscipe d'Ignace de Loyola : « Prenez, Seigneur, et recevez »
« Prenez, Seigneur, et recevez toute ma liberté. » Cette offrande ferme les Exercices spirituels d'Ignace de Loyola, au terme de la contemplation « pour parvenir à l'amour ». On la nomme Suscipe, du premier mot de sa version latine : « reçois ». Le texte complet tient en quatre phrases.
Le texte, Exercices spirituels, n° 234
Prenez, Seigneur, et recevez toute ma liberté, ma mémoire, mon intelligence et toute ma volonté, tout ce que j'ai et tout ce que je possède. Vous me l'avez donné ; à vous, Seigneur, je le rends. Tout est à vous : disposez-en selon votre entière volonté. Donnez-moi votre amour et votre grâce : elle me suffit.
Exercices spirituels, n° 234, contemplation pour parvenir à l'amour. Traduction Bxble d'après le texte espagnol du manuscrit dit « autographe » des Exercices, en domaine public.
La dernière page d'un livre d'exercices
Ignace naît en 1491 au château de Loyola, au Pays basque espagnol. Gentilhomme et homme de guerre, il a la jambe brisée par un boulet au siège de Pampelune en 1521. Pendant la convalescence, faute de romans de chevalerie, il lit une vie du Christ et des vies de saints, et sa vie bascule. Dans les années qui suivent, à Manrèse, il note ce qui deviendra les Exercices spirituels : un parcours de méditations organisé en quatre « semaines », que des générations de retraitants suivront. Il fonde la Compagnie de Jésus, approuvée en 1540, et meurt à Rome en 1556.
Le Suscipe arrive à la toute fin du parcours, dans la « contemplation pour parvenir à l'amour » (n° 230-237). Ignace la fait précéder de deux remarques : l'amour se met dans les actes plus que dans les paroles, et l'amour consiste en un échange entre celui qui aime et celui qui est aimé. Il invite alors le retraitant à repasser tout ce qu'il a reçu, la création, la rédemption, ses dons propres, puis à répondre par cette offrande : rendre tout ce qui a été donné.
L'offrande énumère la liberté, la mémoire, l'intelligence et la volonté. Mémoire, intelligence et volonté sont les trois puissances de l'âme dans la psychologie héritée d'Augustin, celle qu'Ignace utilise tout au long des Exercices : les offrir toutes les trois, c'est offrir tout l'intérieur, et la liberté les précède. La contrepartie demandée tient en une phrase : l'amour et la grâce de Dieu, « elle me suffit ».
Les versets derrière la prière
L'offrande s'appuie sur un mouvement que l'Écriture répète : tout vient de Dieu, et celui qui prie le lui rend :
« il n’est point servi par des mains humaines, comme s’il avait besoin de quoi que ce soit, lui qui donne à tous la vie, la respiration, et toutes choses. »
Actes 17:25
« Comment rendrai-je à l’Éternel Tous ses bienfaits envers moi ? »
Psaume 116:12
« Et même je regarde toutes choses comme une perte, à cause de l’excellence de la connaissance de Jésus-Christ mon Seigneur, pour lequel j’ai renoncé à tout, et je les regarde comme de la boue, afin de gagner Christ, »
Philippiens 3:8
Les questions qui suivent
Que veut dire « Suscipe » ?
C'est le premier mot de la version latine de la prière : l'impératif du verbe suscipere, « reçois ». L'usage a fait de ce mot le nom de la prière, comme le Notre Père tient son nom de ses premiers mots.
Où se trouve cette prière dans les Exercices spirituels ?
Au n° 234, dans la « contemplation pour parvenir à l'amour » qui clôt le parcours. Les Exercices sont numérotés par paragraphes, ce qui permet de citer précisément ; le texte espagnol du manuscrit dit « autographe » fait référence.
Pourquoi offrir sa mémoire, son intelligence et sa volonté ?
Ce sont les trois puissances de l'âme dans la psychologie spirituelle héritée d'Augustin, et Ignace structure les Exercices avec elles. Les offrir toutes les trois, avec la liberté qui les précède dans la phrase, revient à ne rien garder de l'intérieur pour soi.
En une phrase
Placé par Ignace de Loyola à la dernière étape des Exercices spirituels, le Suscipe rend à Dieu tout ce que le retraitant vient de repasser comme reçu de lui, liberté, mémoire, intelligence et volonté, et ne demande en retour que son amour et sa grâce.
Ignace fait précéder cette offrande d'un principe : l'amour se met dans les actes plus que dans les paroles. Demande à le chatbot où Jean dit la même chose, presque mot pour mot, dans sa première lettre.