« Von guten Mächten » : la prière écrite par Bonhoeffer dans la prison de la Gestapo
« Entouré de bonnes puissances, fidèles et silencieuses, gardé et consolé merveilleusement... » Dietrich Bonhoeffer, pasteur et théologien allemand, écrit ces sept strophes en décembre 1944, dans la cave-prison de la Gestapo à Berlin. Elles accompagnent sa dernière lettre conservée, envoyée à sa fiancée pour Noël. Quatre mois plus tard, il est exécuté.
Le texte, traduit de l'allemand de 1944
Entouré de bonnes puissances, fidèles et silencieuses,
gardé et consolé merveilleusement,
je veux vivre ces jours-ci avec vous
et entrer avec vous dans une nouvelle année.
Le temps ancien veut encore tourmenter nos cœurs,
le lourd fardeau des mauvais jours pèse encore sur nous.
Ah, Seigneur, donne à nos âmes effrayées
le salut pour lequel tu nous as créés.
Et si tu nous tends la coupe lourde, la coupe amère
de la souffrance, remplie jusqu'au bord le plus haut,
nous la recevons avec reconnaissance, sans trembler,
de ta main bonne et bien-aimée.
Mais si tu veux nous donner encore une fois la joie
de ce monde et de l'éclat de son soleil,
alors nous nous souviendrons du passé,
et alors notre vie t'appartiendra tout entière.
Fais brûler aujourd'hui, chaudes et claires, les bougies
que tu as apportées dans notre obscurité.
Réunis-nous de nouveau, si cela se peut.
Nous le savons : ta lumière brille dans la nuit.
Quand le silence s'étend profondément autour de nous,
fais-nous entendre ce chant plein
du monde qui s'élargit, invisible, autour de nous :
la haute louange de tous tes enfants.
Merveilleusement gardés par de bonnes puissances,
nous attendons avec confiance ce qui peut venir.
Dieu est auprès de nous le soir et le matin,
et très certainement chaque nouveau jour.
Poème joint à la lettre du 19 décembre 1944 à Maria von Wedemeyer, écrite à la prison de la Prinz-Albrecht-Strasse à Berlin ; l'original est conservé à la Houghton Library (Harvard). Texte allemand en domaine public depuis 2016 ; traduction Bxble.
Sept strophes pour un Noël en cellule
Dietrich Bonhoeffer, pasteur luthérien et théologien, s'oppose au régime nazi dès 1933. Il anime l'Église confessante, dirige le séminaire clandestin de Finkenwalde, écrit Le Prix de la grâce et De la vie communautaire. Entré en contact avec les cercles de la résistance qui préparent le renversement de Hitler, il est arrêté en avril 1943. Après l'échec de l'attentat du 20 juillet 1944, les preuves s'accumulent ; en octobre 1944, il est transféré dans la cave-prison de la Gestapo, Prinz-Albrecht-Strasse, à Berlin.
C'est de là qu'il écrit, le 19 décembre 1944, sa dernière lettre conservée, adressée à sa fiancée Maria von Wedemeyer. Il y joint sept strophes, comme vœux de Noël pour elle, ses parents et ses frères et sœurs. Le poème parle avec un « nous » : la famille dispersée, les bougies de Noël, le silence, la coupe amère et la certitude de la garde de Dieu. Bonhoeffer est pendu le 9 avril 1945 au camp de Flossenbürg, un mois avant la capitulation allemande. Maria von Wedemeyer a plus tard confié l'original de la lettre à la bibliothèque de Harvard.
La strophe de la coupe reprend Gethsémané : Jésus y prie devant « cette coupe » et la reçoit de la main du Père () ; le poème accepte la même coupe « sans trembler », et l'expression « de ta main bonne et bien-aimée » porte toute la confiance du texte. Devenu chant, le poème compte parmi les plus chantés d'Allemagne, au passage de la nouvelle année ; le texte de 1944 est libre, ses mélodies les plus connues restent protégées.
Les versets derrière la prière
Le poème prie avec l'Écriture depuis la cellule : la coupe, la nuit, la garde de chaque jour :
« Il disait : Abba, Père, toutes choses te sont possibles, éloigne de moi cette coupe ! Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux. »
Marc 14:36
« Même les ténèbres ne sont pas obscures pour toi, La nuit brille comme le jour, Et les ténèbres comme la lumière. »
Psaume 139:12
« L’Éternel gardera ton départ et ton arrivée, Dès maintenant et à jamais. »
Psaume 121:8
Les questions qui suivent
Qui sont les « bonnes puissances » ?
Dans la lettre, le poème répond lui-même : la présence, réelle quoiqu'invisible, de ceux qu'il aime et de Dieu autour de la cellule. Les strophes les nomment l'une après l'autre : les siens (« vivre ces jours-ci avec vous »), les bougies apportées dans l'obscurité, la louange invisible « de tous tes enfants », et la garde de Dieu « le soir et le matin ».
Pourquoi Bonhoeffer était-il en prison ?
Arrêté en avril 1943, il était lié aux cercles de la résistance allemande qui préparaient le renversement de Hitler. Après l'échec de l'attentat du 20 juillet 1944, son implication est établie ; il est exécuté le 9 avril 1945 au camp de Flossenbürg, sur ordre direct du sommet du régime, quelques semaines avant la fin de la guerre.
Le texte est-il libre de droits ?
L'original allemand, oui : Bonhoeffer est mort en 1945, et le texte est entré dans le domaine public en 2016, soixante-dix ans après. Les mélodies composées ensuite pour le chanter, dont la plus connue, restent protégées, ainsi que les traductions récentes. La traduction ci-dessus a été faite pour cette page depuis l'allemand.
En une phrase
Jointes à sa dernière lettre conservée, écrite le 19 décembre 1944 dans la cave-prison de la Gestapo, les sept strophes de Bonhoeffer acceptent la coupe amère de la main du Père et s'achèvent sur la certitude qui les a rendues célèbres : Dieu est auprès de nous le soir, le matin, et chaque nouveau jour.
La troisième strophe reprend mot à mot une scène : , Gethsémané. Lis-la, puis demande à le chatbot ce qui distingue accepter la coupe et se résigner.