La prière d'abandon de Charles de Foucauld : le texte original de 1896
Charles de Foucauld n'a pas composé ce texte comme une prière : c'est une méditation écrite vers 1896, transformée en prière par ses disciples des années après sa mort.
« Mon Père, je m'abandonne à toi » : des millions de personnes récitent cette prière. Le texte ci-dessous est l'original complet, tel que Charles de Foucauld l'a écrit vers 1896, quand il était moine trappiste en Syrie : une méditation sur la dernière parole de Jésus en croix, « Mon Père, je remets mon esprit entre Vos mains ».
Le texte original, méditation sur Luc 23:46
Mon Père, je me remets entre Vos mains ;
mon Père, je me confie à Vous ;
mon Père, je m'abandonne à Vous ;
mon Père, faites de moi ce qu'il Vous plaira ;
quoi que Vous fassiez de moi, je Vous remercie ;
merci de tout ; je suis prêt à tout ; j'accepte tout ;
je Vous remercie de tout ;
pourvu que Votre Volonté se fasse en moi, mon Dieu,
pourvu que Votre Volonté se fasse en toutes Vos créatures,
en tous Vos enfants, en tous ceux que Votre cœur aime,
je ne désire rien d'autre, mon Dieu ;
je remets mon âme entre Vos mains ;
je Vous la donne, mon Dieu, avec tout l'amour de mon cœur,
parce que je Vous aime,
et que ce m'est un besoin d'amour de me donner,
de me remettre en Vos mains sans mesure ;
je me remets entre Vos mains avec une infinie confiance,
car Vous êtes mon Père.
Méditation sur Luc 23:46, extraite des méditations sur l'Évangile écrites à la Trappe d'Akbès (Syrie) vers 1896, manuscrit autographe recopié à Rome le 23 janvier 1897. Première publication : Écrits spirituels de Charles de Foucauld, De Gigord, 1923. Texte en domaine public.
D'une méditation de moine à une prière mondiale
Charles de Foucauld naît à Strasbourg en 1858. Officier de cavalerie, puis explorateur du Maroc, il se convertit à Paris en 1886 et entre à la Trappe en 1890 sous le nom de frère Marie-Albéric. C'est dans ce cadre, au monastère d'Akbès en Syrie, qu'il rédige des méditations sur tous les versets des Évangiles qui parlent de la prière. Arrivé au dernier retenu chez Luc, la parole de Jésus en croix « Mon Père, je remets mon esprit entre Vos mains », il fait une chose unique dans ces 125 méditations : il met dans la bouche de Jésus une prière développée, celle qu'on vient de lire. Il la fait précéder d'une invitation : « C'est la dernière prière de notre Maître, de notre Bien-Aimé... puisse-t-elle être la nôtre... et qu'elle soit non seulement celle de notre dernier instant, mais celle de tous nos instants. »
Rien n'indique que Foucauld ait lui-même récité ce texte comme prière : on n'en retrouve aucune trace dans le reste de ses écrits. Devenu prêtre, puis ermite au Sahara, à Tamanrasset, au milieu des Touaregs, il est tué le 1er décembre 1916 lors d'un pillage. Le texte dort alors dans ses papiers, publiés en 1923 dans ses Écrits spirituels.
La méditation devient une prière en décembre 1940 : petite sœur Magdeleine de Jésus, fondatrice des Petites Sœurs de Jésus, la lit à ses premières novices et propose d'en faire leur prière quotidienne. Pour la récitation à voix haute, elles suppriment les répétitions ; c'est cette version courte, « Mon Père, je m'abandonne à toi », qui se répand. Elle est imprimée pour la première fois en 1946 dans le Bulletin de l'Association Charles de Foucauld, à l'occasion de la mort de Marc Gérin, un des premiers petits frères, qui y avait adhéré sur son lit de mort par ces mots : « C'est çà ! C'est çà ! ». Charles de Foucauld a été canonisé le 15 mai 2022.
Les versets derrière la prière
La méditation développe la dernière parole de Jésus en croix, qui reprend elle-même un psaume :
« Jésus s’écria d’une voix forte : Père, je remets mon esprit entre tes mains. Et, en disant ces paroles, il expira. »
Luc 23:46
« Je remets mon esprit entre tes mains ; Tu me délivreras, Éternel, Dieu de vérité ! »
Psaume 31:6
« Et parce que vous êtes fils, Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils, lequel crie : Abba ! Père ! »
Galates 4:6
Les questions qui suivent
Charles de Foucauld récitait-il cette prière ?
Rien ne l'indique. Le texte est une méditation écrite vers 1896, sans allusion dans le reste de ses écrits. Ce sont les Petites Sœurs de Jésus qui, en décembre 1940, en ont fait une prière quotidienne en simplifiant les répétitions du texte original.
Pourquoi la version connue diffère-t-elle du texte original ?
La version courante a été raccourcie en 1940 pour la récitation commune à voix haute, puis transposée au tutoiement. Le texte original, écrit au vouvoiement, répète quatre fois « mon Père » en ouverture ; la version courante n'en garde qu'un. Tous les éléments de la version courte viennent du texte original.
Pourquoi cette prière s'adresse-t-elle au Père et non à Jésus ?
Parce que c'est la prière de Jésus lui-même que Foucauld développe : celle de , adressée au Père. Foucauld précise que la prière habituelle de sa vie était tournée vers Jésus ; ici, il se tient avec Jésus devant le Père et paraphrase sa dernière parole.
En une phrase
Écrite vers 1896 comme une méditation sur la dernière parole de Jésus en croix, transformée en prière par les Petites Sœurs de Jésus en 1940 et imprimée en 1946, la prière d'abandon met dans la bouche de celui qui la dit la prière du Fils : « entre Vos mains ».
La phrase que Foucauld développe tient en dix mots : . Jésus y cite le Psaume 31. Lis les deux, puis demande à le chatbot ce que le psaume ajoute juste après « Tu me délivreras, Éternel, Dieu de vérité ».