Blaise Pascal (1623-1662)

La prière de Pascal dans la maladie : « Vous m'aviez donné la santé pour vous servir »

Blaise Pascal, mathématicien et physicien, a passé une grande partie de sa courte vie malade. Il a écrit une Prière pour demander à Dieu le bon usage des maladies : quinze mouvements où le malade demande que sa maladie serve à quelque chose. En voici l'ouverture et la conclusion, dans le texte de l'édition de ses œuvres complètes.

Le texte, ouverture et conclusion

Seigneur, dont l'esprit est si bon et si doux en toutes choses, et qui êtes tellement miséricordieux, que non seulement les prospérités, mais les disgrâces mêmes qui arrivent à vos élus sont des effets de votre miséricorde, faites-moi la grâce de ne pas agir en païen dans l'état où votre justice m'a réduit ; que, comme un vrai chrétien, je vous reconnaisse comme mon Père et mon Dieu, en quelque état que je me trouve, puisque le changement de ma condition n'en apporte pas à la vôtre ; que vous êtes toujours le même, quoique je sois sujet au changement ; et que vous n'êtes pas moins Dieu quand vous affligez et quand vous punissez, que quand vous consolez et quand vous usez d'indulgence.

Vous m'aviez donné la santé pour vous servir, et j'en ai fait un usage tout profane. Vous m'envoyez maintenant la maladie pour me corriger ; ne permettez pas que j'en use pour vous irriter par mon impatience. J'ai mal usé de ma santé, et vous m'en avez justement puni. Ne souffrez pas que j'use mal de votre punition. Et puisque la corruption de ma nature est telle qu'elle me rend vos faveurs pernicieuses, faites, ô mon Dieu ! que votre grâce toute puissante me rende vos châtiments salutaires.

Faites donc, Seigneur, que tel que je sois je me conforme à votre volonté : et qu'étant malade comme je suis, je vous glorifie dans mes souffrances. Sans elles je ne puis arriver à la gloire ; et vous-même, mon Sauveur, n'y avez voulu parvenir que par elles. C'est par les marques de vos souffrances que vous avez été reconnu de vos disciples ; et c'est par les souffrances que vous reconnoissez aussi ceux qui sont vos disciples. Reconnoissez-moi donc pour votre disciple dans les maux que j'endure et dans mon corps et dans mon esprit, pour les offenses que j'ai commises, et parce que rien n'est agréable à Dieu s'il ne lui est offert par vous, unissez ma volonté à la vôtre, et mes douleurs à celles que vous avez souffertes. Faites que les miennes deviennent les vôtres. Unissez-moi à vous ; remplissez-moi de vous et de votre Esprit saint. Entrez dans mon cœur et dans mon âme, pour y porter mes souffrances, et pour continuer d'endurer en moi ce qui vous reste à souffrir de votre passion, que vous achevez dans vos membres jusqu'à la consommation parfaite de votre corps, afin qu'étant plein de vous, ce ne soit plus moi qui vive et qui souffre, mais que ce soit vous qui viviez et qui souffriez en moi, ô mon Sauveur ! et qu'ainsi ayant quelque petite part à vos souffrances, vous me remplissiez entièrement de la gloire qu'elles vous ont acquise, dans laquelle vous vivez avec le Père et le Saint-Esprit, par tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Sections I, II et XV de la Prière pour demander à Dieu le bon usage des maladies, texte de l'édition Hachette des Œuvres complètes de Pascal (tome II, 1913, p. 28-34), en domaine public. L'orthographe de l'édition est conservée (« reconnoissez »).

L'homme qui a prié ce texte

Blaise Pascal naît à Clermont en 1623. À dix-neuf ans, il invente une machine à calculer pour aider son père ; il pose ensuite les bases du calcul des probabilités et démontre l'existence de la pression atmosphérique. Sa santé cède tôt : à partir de ses vingt-quatre ans, les périodes de maladie se succèdent, avec des douleurs qui l'empêchent parfois de travailler. Dans la nuit du 23 novembre 1654, il vit une expérience spirituelle qu'il note sur un papier, cousu ensuite dans la doublure de son habit et découvert après sa mort : le Mémorial, qui commence par le mot « Feu » et porte les mots « Certitude. Joie. Paix. »

La prière sur les maladies, selon la note de l'édition, a été composée vers 1648, pendant une de ces périodes de maladie ; elle a été publiée en 1666, quatre ans après la mort de Pascal. Elle compte quinze sections. D'un bout à l'autre, Pascal demande une seule chose : que la maladie change son cœur. Il commence par reconnaître que Dieu reste Dieu « quand vous affligez » comme « quand vous consolez », confesse l'usage qu'il a fait de sa santé, et finit dans les mots de Paul : que ce ne soit plus lui qui vive et souffre, mais Christ en lui.

La section XIV contient la phrase la plus nue du texte : « Seigneur, je sais que je ne sais qu'une chose ; c'est qu'il est bon de vous suivre, et qu'il est mauvais de vous offenser. Après cela, je ne sais lequel est le meilleur ou le pire en toutes choses ; je ne sais lequel m'est profitable de la santé ou de la maladie. » Pascal meurt le 19 août 1662, à trente-neuf ans. Ses notes d'apologie du christianisme, retrouvées dans ses papiers, seront publiées sous le titre de Pensées.

Les versets derrière la prière

La prière se termine dans les mots de Paul, et son renversement des valeurs vient des béatitudes :

« Heureux vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés ! Heureux vous qui pleurez maintenant, car vous serez dans la joie ! »

Luc 6:21

« J’ai été crucifié avec Christ ; et si je vis, ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi ; si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi. »

Galates 2:20

« Je me réjouis maintenant dans mes souffrances pour vous ; et ce qui manque aux souffrances de Christ, je l’achève en ma chair, pour son corps, qui est l’Église. »

Colossiens 1:24

Les questions qui suivent

Pascal demande-t-il la guérison dans cette prière ?

Non. Il demande le bon usage de la maladie : que l'état où il se trouve serve à sa conversion. La section XIV dit qu'il ignore ce qui lui est profitable, « de la santé ou de la maladie », et qu'il s'en remet à la providence de Dieu sans vouloir l'approfondir.

Quand Pascal a-t-il écrit ce texte ?

L'édition Hachette date la composition vers 1648 : Pascal a environ vingt-cinq ans et connaît déjà la maladie chronique. Le texte a été publié en 1666, quatre ans après sa mort.

Qu'est-ce que le Mémorial de Pascal ?

Un papier daté de la nuit du 23 novembre 1654, sur lequel Pascal a noté une expérience spirituelle : « Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob, non des philosophes et des savants », et « Joie, joie, joie, pleurs de joie ». Il l'a cousu dans la doublure de son habit et l'a porté sur lui jusqu'à sa mort, où on l'a découvert.

En une phrase

Écrite vers ses vingt-cinq ans par un malade chronique et publiée après sa mort, la prière de Pascal sur les maladies demande que la maladie accomplisse ce que la santé a manqué : la conversion du cœur, jusqu'à reprendre , « ce n'est plus moi qui vis, c'est Christ qui vit en moi ».

La dernière section de la prière s'appuie sur un verset difficile : , où Paul parle de ce qui « manque aux souffrances de Christ ». Demande à le chatbot ce que cette phrase veut dire, et ce qu'elle ne veut pas dire.