La prière d'Anselme : « Je crois pour comprendre »
« Enseigne-moi à te chercher, et montre-toi à celui qui te cherche. » Le Proslogion d'Anselme, écrit vers 1077-1078 au monastère du Bec, en Normandie, s'ouvre par une longue prière. Elle culmine dans la phrase la plus citée de toute son œuvre : « Je ne cherche pas à comprendre pour croire, je crois pour comprendre. » En voici la fin, traduite du latin.
Le texte, fin du chapitre premier du Proslogion
Enseigne-moi à te chercher, et montre-toi à celui qui te cherche ; car je ne peux pas te chercher si tu ne me l'enseignes, ni te trouver si tu ne te montres. Que je te cherche en te désirant, que je te désire en te cherchant. Que je te trouve en t'aimant, que je t'aime en te trouvant.
Je le confesse, Seigneur, et je te rends grâces : tu as créé en moi ton image, afin que, me souvenant de toi, je te pense et je t'aime. Mais elle est si usée par le frottement des vices, si obscurcie par la fumée des péchés, qu'elle ne peut faire ce pour quoi elle a été faite, si tu ne la renouvelles et ne la réformes.
Je ne tente pas, Seigneur, de pénétrer ta hauteur, car je ne lui compare en rien mon intelligence ; mais je désire comprendre en quelque mesure ta vérité, que mon cœur croit et aime. Car je ne cherche pas à comprendre pour croire : je crois pour comprendre. Et je crois aussi ceci : si je ne crois pas, je ne comprendrai pas.
Proslogion, fin du chapitre premier (vers 1077-1078). Traduction Bxble d'après le texte latin, en domaine public.
Un livre entier écrit en prière
Anselme naît à Aoste, dans les Alpes, en 1033. Il traverse les Alpes pour rejoindre le monastère du Bec, en Normandie, attiré par l'enseignement de Lanfranc ; il y devient moine, puis prieur, puis abbé. C'est là qu'il écrit le Proslogion, vers 1077-1078. En 1093, on vient le chercher pour en faire l'archevêque de Cantorbéry, charge qu'il exerce en conflit régulier avec les rois d'Angleterre jusqu'à sa mort en 1109.
Le Proslogion est resté célèbre pour son chapitre 2, où Anselme propose son argument sur l'existence de Dieu : Dieu est « ce dont rien de plus grand ne peut être pensé ». Le détail qu'on oublie : tout le livre est écrit à la deuxième personne, adressé à Dieu. Anselme raconte dans la préface qu'il cherchait un argument unique, que la recherche l'obsédait jusqu'à l'empêcher de prier, et que l'idée s'est donnée un jour comme malgré lui. Le chapitre premier ne démontre rien : il demande. Celui qui veut comprendre commence par se tenir devant celui qu'il veut comprendre.
La dernière phrase cite dans la vieille version latine qu'Anselme lisait : « si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas ». Les traductions faites sur l'hébreu rendent la fin du verset par « vous ne subsisterez pas ». Les deux lectures disent la même dépendance : sans appui pris sur Dieu, rien ne tient, ni l'existence ni l'intelligence. La formule d'Anselme, « je crois pour comprendre », reprend Augustin et donne son programme à toute la théologie qui suivra : la foi n'attend pas d'avoir tout compris, et elle cherche à comprendre ce qu'elle croit.
Les versets derrière la prière
La prière d'Anselme s'appuie sur les promesses faites à ceux qui cherchent :
« Vous me chercherez, et vous me trouverez, si vous me cherchez de tout votre cœur. »
Jérémie 29:13
« Demandez, et l’on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l’on vous ouvrira. »
Matthieu 7:7
« La Samarie est la tête d’Éphraïm, Et le fils de Remalia est la tête de la Samarie. Si vous ne croyez pas, Vous ne subsisterez pas. »
Ésaïe 7:9
Les questions qui suivent
Que veut dire « je crois pour comprendre » ?
L'ordre des deux mouvements. Anselme met la confiance en Dieu avant l'effort de l'intelligence : il croit d'abord, et c'est depuis cette foi qu'il cherche à comprendre ce qu'il croit. La formule répond à l'ordre inverse, qui exigerait de tout comprendre avant de croire, et qu'Anselme juge impossible : l'intelligence humaine ne peut pas « pénétrer la hauteur » de Dieu.
Qu'est-ce que le Proslogion ?
Un petit livre écrit par Anselme au monastère du Bec vers 1077-1078, entièrement rédigé sous forme de prière. Son chapitre 2 contient l'argument resté fameux sur l'existence de Dieu, « ce dont rien de plus grand ne peut être pensé », discuté par les philosophes depuis neuf siècles. Le titre veut dire « discours adressé » : le livre parle à Dieu, pas seulement de Dieu.
Pourquoi Anselme demande-t-il à être enseigné pour chercher ?
Parce que, dans sa prière, même le premier pas dépend de Dieu : « je ne peux pas te chercher si tu ne me l'enseignes, ni te trouver si tu ne te montres ». La recherche de Dieu répond à une promesse, celle de et de : celui qui cherche trouve, parce que Dieu se laisse trouver.
En une phrase
Ouverture du Proslogion, écrite vers 1077-1078 au monastère du Bec, la prière d'Anselme demande à Dieu jusqu'à la capacité de le chercher, et fixe l'ordre resté célèbre : « je ne cherche pas à comprendre pour croire, je crois pour comprendre ».
Anselme s'appuie sur une promesse précise : « Vous me chercherez, et vous me trouverez, si vous me cherchez de tout votre cœur » (). Demande à le chatbot à qui cette promesse a été faite, et dans quelle situation.