Psaume 91:1 · qui est « celui qui demeure sous l'abri du Très-Haut » ?
« Celui qui demeure sous l'abri du Très-Haut Repose à l'ombre du Tout-Puissant. »
Psaume 91:1 · Segond
« Celui qui se tient dans la demeure du Souverain, se loge à l'ombre du Tout-Puissant. »Psaume 91:1 · Martin 1744
Le Psaume 91 est un des textes les plus rassurants de la Bible. Il promet d'être délivré de la maladie, de l'attaque et de la peur qui vient la nuit (versets 3 à 6).
Le verset 1 dit à qui cette garde est promise : « celui qui demeure sous l'abri du Très-Haut ».
Le verbe hébreu traduit ici par « demeurer », yashav, veut dire habiter, s'établir quelque part. C'est le verbe d'une adresse permanente.
Le verset 9 le redit avec d'autres mots : « Car tu es mon refuge, ô Éternel ! Tu fais du Très-Haut ta retraite. »
Le psaume voisin dit déjà « refuge »
Le Psaume 91 vient juste après le Psaume 90, la prière de Moïse qui s'ouvre presque sur les mêmes mots : « Seigneur ! tu as été pour nous un refuge, de génération en génération » (). Le recueil enchaîne deux psaumes de refuge, l'un au passé et au pluriel (tu as été pour nous), l'autre au présent et au singulier (celui qui demeure).
Le verset 1 gouverne tout le chapitre. Les versets suivants énumèrent ce dont Dieu délivre : le filet de l'oiseleur, c'est-à-dire le piège tendu par le chasseur d'oiseaux (v. 3), les terreurs de la nuit (v. 5), la contagion qui frappe en plein midi (v. 6), le lion et le serpent (v. 13).
Le psaume se termine sur Dieu qui parle lui-même : « Puisqu'il m'aime, je le délivrerai ; je le protégerai, puisqu'il connaît mon nom » (v. 14). Aimer Dieu et connaître son nom décrivent la même vie que « demeurer » au verset 1.
L'hébreu derrière chaque mot du verset
- « Celui qui demeure ». En hébreu yoshev, du verbe yashav, habiter, s'établir. La forme décrit un état stable, et une traduction française ancienne rend le mot par « celui qui se tient ». La promesse du psaume vise donc celui qui habite avec Dieu. Celui qui le consulte en cas d'urgence n'est pas encore dans le verset.
- « sous l'abri ». En hébreu beseter, le lieu caché, le secret. Le mot dit une intimité plus qu'un bâtiment. David emploie la même image : « il me cachera sous l'abri de sa tente » (). On y est caché auprès de quelqu'un, et pas seulement couvert.
- « du Très-Haut ». En hébreu Elyon, le nom de la souveraineté. C'est le premier des quatre noms de Dieu que les versets 1 et 2 alignent : le Très-Haut (Elyon), le Tout-Puissant (Shaddaï), l'Éternel (YHWH), mon Dieu (Elohaï). La sécurité du psaume repose sur l'identité de celui chez qui l'on demeure.
- « repose ». En hébreu yitlonan, du verbe lun, passer la nuit, loger ; une traduction française ancienne rend le mot par « se loge ». C'est le verbe des étapes de voyage. Le texte parle du sommeil, l'acte de confiance par excellence : on ne dort que là où l'on a baissé la garde.
- « à l'ombre du Tout-Puissant ». En hébreu betsel Shaddai. Au Proche-Orient, l'ombre est une question de survie : « un ombrage contre la chaleur » (), « L'Éternel est ton ombre à ta main droite » (). L'ombre suppose la proximité : on n'est à l'ombre de quelqu'un qu'en restant près de lui.
Comment le verset est construit
- Un parallèle strict, à l'hébraïque. demeurer / reposer, l'abri / l'ombre, le Très-Haut / le Tout-Puissant. Deux fois la même phrase avec des mots différents : celui qui habite chez Dieu dort en sécurité chez Dieu.
- Une condition d'accès. les promesses des versets 3 à 13 sont au « tu » : elles s'adressent à celui que le verset 1 vient de définir.
- Un écho final. le verset 14 redit la condition côté Dieu : « puisqu'il m'aime... puisqu'il connaît mon nom ». Demeurer, aimer, connaître le nom décrivent une seule et même vie.
Lire le Psaume 91 en sautant le verset 1 revient à lire des promesses sans regarder à qui elles sont adressées. Tout le reste du chapitre est écrit pour celui que ce verset désigne.
Le psaume que le tentateur cite à Jésus
Versets parallèles :
« Seigneur ! tu as été pour nous un refuge, De génération en génération. (le psaume voisin, au passé collectif) »
Psaume 90:1
« ... Il me cachera sous l'abri de sa tente ; Il m'élèvera sur un rocher. »
Psaume 27:5
« Car tu es mon refuge, ô Éternel ! Tu fais du Très-Haut ta retraite. (la reprise interne de la condition) »
Psaume 91:9
« L'Éternel est celui qui te garde, L'Éternel est ton ombre à ta main droite. »
Psaume 121:5
« Le Dieu d'éternité est un refuge, Et sous ses bras éternels est une retraite. »
Deutéronome 33:27
« Tu as été un refuge pour le faible... Un ombrage contre la chaleur. »
Ésaïe 25:4
C'est ce psaume que le diable cite à Jésus dans le désert pour l'inciter à se jeter du haut du temple (, en reprenant les versets 11 et 12).
Il en détourne le sens en coupant le début. Il reprend la promesse et laisse de côté la première condition : « Celui qui demeure sous l'abri du Très-Haut... » Réclamer la protection de Dieu suppose de vivre près de lui, et le psaume ne propose nulle part de le mettre à l'épreuve.
Jésus lui répond : « Tu ne tenteras point le Seigneur, ton Dieu » (). Toute sa vie en est la preuve. Il se retire pour prier (), il demeure dans la volonté du Père, et c'est dans cette proximité que s'accomplit la promesse du psaume.
L'essentiel du verset
Le psaume nomme d'abord une adresse, puis une garde. Le verbe yashav dit une vie passée chez Dieu, et les promesses des versets 3 à 13 sont écrites pour celui qui y habite déjà.
- Le verset 1 dit à qui le psaume s'adresse. Tout le Psaume 91 parle à « celui qui demeure ». Réciter le texte ne déclenche rien par soi-même. Les versets 3 à 13 décrivent la vie de quelqu'un qui a déjà élu domicile chez Dieu.
- Demeurer se voit au sommeil. Le second verbe du verset veut dire « passer la nuit ». On dort là où on fait confiance, et l'endroit où quelqu'un s'endort dit assez bien où il habite.
- La protection est une proximité. L'ombre suppose de rester près de celui qui la porte. Le soleil ne disparaît pas ; le psaume promet une ombre où se tenir, tout près de Dieu.
Pour aller plus loin
La postérité de ce psaume s'est jouée au désert : c'est l'un des rares passages de l'Ancien Testament que le diable lui-même cite, et il le cite en l'amputant (). L'Église a donc très tôt lu le Psaume 91 avec cette prudence : ses promesses sont vraies, et elles peuvent être tordues. Ce que la citation du tentateur laissait de côté, c'est le verset 1, la condition de la demeure. L'épisode complet, et la manière dont Jésus déjoue la citation tronquée, sont détaillés dans l'exégèse du verset 11.
Questions fréquentes
01Que dit le Psaume 91:1 ?
02Qui parle dans ce verset ?
03Que veut dire « demeurer sous l'abri » concrètement ?
04Pourquoi quatre noms de Dieu en deux versets ?
05Le Psaume 91 promet-il qu'il n'arrivera jamais rien aux croyants ?
06Peut-on citer ce psaume comme une protection automatique ?
07Quel lien entre le verset 1 et le verset 14 ?
08J'ai peur, et je n'arrive pas à dormir.
09Je prie quand ça va mal, est-ce que ça compte ?
10Comment savoir si je « demeure » ?
Comment vivre ce verset au quotidien
Le verset 1 parle d'un lieu d'habitation. La question qu'il te pose est donc : où est-ce que tu habites ?
Habiter chez Dieu se voit dans l'emploi du temps. Tu peux prier le matin avant d'ouvrir ton téléphone, ou lire un passage de la Bible avant d'aller chercher l'avis des autres. Le psaume vise surtout les semaines où tout va bien, parce que c'est là qu'on arrête de venir.
Le second verbe du verset parle du sommeil : « repose à l'ombre du Tout-Puissant ». Et le dit de Dieu : « il ne sommeille ni ne dort ». Ce soir, tu peux lui confier ce qui te tient éveillé. Demande à bxble ce que veut dire demeurer sous cet abri.
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