Proverbes 17:1 · la paix d'un foyer vaut plus que sa table
« Mieux vaut un morceau de pain sec, avec la paix, qu'une maison pleine de viandes, avec des querelles. »
Proverbes 17:1 · Segond
« Mieux vaut un morceau de pain sec là où il y a la paix, qu'une maison pleine de viandes apprêtées, [là] où il y a des querelles. »Proverbes 17:1 · Martin 1744
Ce verset ouvre le chapitre 17 par une comparaison concrète : peu dans la paix, contre beaucoup dans la guerre. Salomon met les deux foyers côte à côte et il tranche.
Dans l'Israël ancien, la viande est un jour de fête
Les Proverbes sont la littérature de sagesse d'Israël, attribuée au roi Salomon. On y trouve des principes plus que des commandements : des lois de cause à effet, observables, qui valent pour tout le monde, croyant ou non. Le chapitre 17 enchaîne des sentences sur la maison, l'amitié, la parole et le cœur, et ce verset l'ouvre.
Dans l'Israël ancien, la viande sort de l'ordinaire. On en mange les jours de fête, souvent à partir d'un animal offert en sacrifice. Le mot hébreu derrière « viandes » est zevach, le sacrifice. « Une maison pleine de viandes » désigne donc l'abondance, la table chargée, et même la table religieuse. Salomon prend l'exemple le plus fort de la prospérité pour dire qu'elle ne vaut rien sans la paix.
L'hébreu derrière chaque terme du verset
- « un morceau de pain sec ». En hébreu pat chareba : pat, la bouchée, le bout de pain ; chareb, sec, sans rien dessus. C'est la pauvreté la plus nue, le pain sans huile ni accompagnement, juste de quoi survivre.
- « la paix ». En hébreu shalvah, la tranquillité, le calme, la quiétude. Le mot désigne l'absence de trouble, et il diffère du shalom de la réconciliation. C'est ce que Salomon met en face de l'abondance : le calme d'une maison sans guerre.
- « une maison pleine de viandes ». En hébreu bayit male zivchei, littéralement « une maison pleine de sacrifices » : les viandes de la fête, de la richesse, voire du culte. Le verset vise donc le sommet matériel et religieux d'un foyer, où tout se trouve sauf l'essentiel.
- « des querelles ». En hébreu riv, la dispute, la contestation, le procès. La racine désigne le conflit qui dure, bien plus que l'éclat passager. Le foyer décrit ici vit dans un conflit permanent, où chaque repas peut tourner au procès.
Comment le verset est construit
Le verset suit un parallélisme antithétique, la forme habituelle des Proverbes : deux situations opposées terme à terme.
- Ligne 1. peu (pain sec) + paix.
- Ligne 2. beaucoup (maison pleine) + querelles.
Le verset isole une seule question : y vit-on en paix ? L'argument matériel est écarté d'avance, puisque l'autre maison est effectivement plus riche. Le « mieux vaut » pose une hiérarchie, la paix avant l'abondance, sans faire pour autant l'éloge de la pauvreté.
Le même arbitrage ailleurs dans la Bible
Versets parallèles :
« Mieux vaut de l'herbe pour nourriture, là où règne l'amour, qu'un bœuf engraissé, si la haine est là. Le même verset, autre image. »
Proverbes 15:17
« Mieux vaut peu, avec la justice, que de grands revenus, avec l'injustice. »
Proverbes 16:8
« Mieux vaut habiter à l'angle d'un toit, que de partager la demeure d'une femme querelleuse. »
Proverbes 21:9
Jésus pousse la logique à son terme, « la vie d'un homme ne dépend pas de ses biens, fût-il dans l'abondance » (). Et Paul donne la version intérieure de la même sagesse : « la piété avec le contentement est une grande source de gain » (). La maison pleine de viandes sans paix, c'est, en , l'homme riche qui a tout amassé la nuit où son âme lui est redemandée.
L'essentiel du verset
Salomon note ce qu'il y a entre les gens avant ce qu'il y a sur la table, et il donne à la paix du foyer une valeur supérieure à tout ce qu'on peut y entasser.
- L'abondance ne sanctifie rien. Une table pleine, et même une table religieuse, peut couvrir une maison en guerre.
- La paix est un bien réel. Salomon la place au-dessus de la richesse, ce qui en fait tout autre chose qu'une consolation de pauvre.
- Le foyer est le premier lieu de la sagesse. On ne sert pas Dieu dehors si on fait la guerre dedans.
Pour aller plus loin
Jeremiah Burroughs, prédicateur anglais du XVIIᵉ siècle, a passé sa vie au milieu d'assemblées théologiques déchirées par les querelles de son temps. Ses contemporains l'ont retenu comme l'homme qui apaisait la salle. Le livre qu'il a laissé en mourant est resté le grand classique sur le contentement, The Rare Jewel of Christian Contentment (1648) : il y soutient que le contentement s'apprend, et qu'il vaut plus que tout ce qu'on peut mettre sur la table.
- Le commentaire de Charles Bridges. Pasteur anglais du XIXᵉ siècle. Son An Exposition of the Book of Proverbs (1846) est disponible gratuitement en ligne, en anglais. Spurgeon le tenait pour le meilleur commentaire des Proverbes.
- Le sermon de Spurgeon. Charles Spurgeon, prédicateur baptiste londonien du XIXᵉ siècle. Contentment (sermon n°320, 1860) porte sur l'art d'être content de peu.
- La vidéo de BibleProject. Proverbes, synthèse, pour situer le verset dans le projet d'ensemble du livre.
Questions fréquentes
01Que signifie Proverbes 17:1 ?
02Ce verset fait-il l'éloge de la pauvreté ?
03Pourquoi « viandes » et pas simplement « richesse » ?
04« Querelles », c'est grave à ce point ?
05La Bible serait donc contre la prospérité ?
06Si Dieu bénit, n'aurai-je pas et la table pleine et la paix ?
07Je me tue à donner une belle vie à ma famille et on s'y déchire, pourquoi ?
08Faut-il rester pauvre pour avoir la paix ?
09Comment retrouver la paix d'un foyer abîmé ?
Comment vivre ce verset au quotidien
Une famille peut agir pour Dieu, vivre dans l'abondance, et passer son temps à se quereller pour tout et pour rien. Ce verset dit qu'elle est en contradiction avec ce que Dieu demande.
Dieu préfère même que tu en fasses moins pour lui si, en contrepartie, tu maintiens l'unité et la paix avec tes proches.
Jésus dit d'ailleurs : « Avant de présenter ton offrande, va d'abord te réconcilier avec ton frère » ().
On ne peut pas être chrétien le dimanche et, le reste de la semaine, vivre comme si l'on ne connaissait pas Dieu.
Retiens aussi que la possession ne dit rien de la réussite aux yeux de Dieu quand le reste ne suit pas. Le reste, c'est le plus important : une foi qui se vit à l'intérieur et se voit à l'extérieur. Demande à bxble ce que Dieu regarde vraiment dans ta réussite.
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