Matthieu 18:22 · pardonner soixante-dix fois sept fois
« Jésus lui dit : Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à soixante-dix fois sept fois. »
Matthieu 18:22 · Segond
« Jésus lui répondit : je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à sept fois septante fois. »Matthieu 18:22 · Martin 1744
Pierre demande combien de fois il doit pardonner, et Jésus écarte la question elle-même : dans le Royaume, le pardon ne se compte pas.
Pierre pose la question que tout le monde se pose
On est dans Matthieu 18, le grand discours de Jésus sur la vie de la communauté. Juste avant, il a expliqué comment reprendre un frère qui a fauté : seul à seul d'abord, puis devant deux ou trois témoins (). Pierre écoute, et il pose la question pratique que tout le monde se pose un jour : « Seigneur, combien de fois pardonnerai-je à mon frère, lorsqu'il péchera contre moi ? Sera-ce jusqu'à sept fois ? » (v. 21). Notre verset est la réponse.
Juste après, Jésus enchaîne sur la parabole du serviteur impitoyable (v. 23-35). Un homme à qui le roi remet une dette gigantesque, dix mille talents, une somme qu'on ne rembourse pas en plusieurs vies, refuse ensuite d'effacer les cent deniers qu'un autre lui doit. Le verset 22 s'explique par cette histoire : on pardonne sans compter parce qu'on a soi-même été pardonné au-delà de tout calcul.
Le grec derrière chaque mot du verset
- « Je ne te dis pas ». En grec ou legô soi. Pierre demande un plafond, et Jésus écarte le principe même du plafond. Avant d'annoncer un chiffre, il refuse la logique du comptage.
- « jusqu'à sept fois ». En grec heptakis. Sept est le chiffre de la plénitude dans la Bible, le compte parfait. Les rabbins de l'époque parlaient de pardonner trois fois, et Pierre va au-delà en se croyant large. Sept reste pourtant une limite chiffrée : Pierre veut savoir quand il aura le droit d'arrêter.
- « soixante-dix fois sept fois ». En grec hebdomêkontakis hepta. On peut traduire « soixante-dix-sept fois » ou « quatre cent quatre-vingt-dix fois », et le choix change peu de chose. Personne ne tient à jour quatre cent quatre-vingt-dix cases : le nombre est là pour qu'on perde le compte.
- L'écho de Lémec. Ces mots reprennent presque à la lettre la version grecque de , où Lémec, un descendant de Caïn, chante sa vengeance : « Caïn sera vengé sept fois, et Lémec soixante-dix-sept fois. » Jésus prend cette formule de la vengeance sans limite et la retourne en pardon sans limite.
- « pardonner ». Le verbe de la question de Pierre (v. 21) est aphiêmi : relâcher, laisser aller, remettre une dette. C'est le mot exact qu'emploie la parabole quand le roi « remet » les dix mille talents (v. 27). Pardonner consiste donc à annuler une dette, à renoncer à réclamer ce qui t'est dû, et l'acte ne demande aucun sentiment à fabriquer.
Comment le verset est construit
- La question de Pierre. combien de fois ? Il cherche un seuil, le moment où il sera quitte.
- La réponse de Jésus. soixante-dix fois sept fois, autrement dit un chiffre si haut qu'il supprime le seuil.
Quand on compte ses pardons, on a déjà cessé de pardonner. Le jour où tu notes « ça fait la quatrième fois », les trois premières restent en réserve, non remises.
De la vengeance de Lémec au pardon de la croix
« Caïn sera vengé sept fois, et Lémec soixante-dix-sept fois. (la formule retournée) »
Genèse 4:24
« Pardonne-nous nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. »
Matthieu 6:12
« Pardonnez-vous réciproquement ; de même que Christ vous a pardonné, pardonnez-vous aussi. »
Colossiens 3:13
« C'est ainsi que mon Père céleste vous traitera, si chacun de vous ne pardonne à son frère de tout son cœur. »
Matthieu 18:35
Tout part de Caïn. Son meurtre ouvre une spirale, et quelques versets plus loin son descendant Lémec s'en vante et multiplie la vengeance par soixante-dix-sept (). Le mal, laissé à lui-même, s'additionne. Jésus reprend exactement ce chiffre et inverse le sens du calcul : ce que Lémec faisait à la haine, le disciple le fait au pardon. Et la croix est le lieu où Dieu lui-même solde le compte, « Père, pardonne-leur » (), pendant qu'on le tue. Le pardon chrétien prolonge celui qu'on a reçu.
L'essentiel du verset
Pierre demande un chiffre, et Jésus lui donne un nombre trop grand pour être suivi. Le pardon perd son compteur parce que celui qu'on a reçu n'en avait pas.
- On pardonne un tort dont on se souvient. Pardonner consiste à cesser de réclamer la dette, à lâcher la vengeance et à remettre la justice à Dieu. La mémoire du tort et la blessure peuvent rester entières.
- « Soixante-dix fois sept » supprime le compteur. Aucun quota à atteindre avant d'avoir le droit d'arrêter. Dans le Royaume, on ne tient pas de registre des pardons accordés.
- On pardonne parce qu'on a été pardonné le premier. La parabole le montre : dix mille talents contre cent deniers. Refuser de pardonner après avoir tant reçu revient à n'avoir rien compris à ce qu'on a reçu.
Pardonner laisse intacte la vérité à dire. Juste avant, Jésus explique comment reprendre un frère en face (). Le pardon règle ce qui se passe dans ton cœur, et il laisse ouvertes les limites que tu poses et les paroles que tu dois dire.
Pour aller plus loin
Corrie ten Boom, Néerlandaise qui avait caché des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, a survécu au camp de Ravensbrück, où sa sœur est morte. Des années plus tard, elle s'est retrouvée face à l'un de ses anciens gardiens qui lui tendait la main. Elle a écrit que le pardon se décide indépendamment de ce qu'on ressent sur le moment. Elle raconte la scène dans The Hiding Place (1971), puis dans un récit publié par le magazine Guideposts en 1972.
C.S. Lewis, écrivain britannique du XXᵉ siècle, a connu la même difficulté. Dans une lettre du 6 juillet 1963, écrite quatre mois et demi avant sa mort, il confie avoir enfin réussi à pardonner au maître d'école qui avait abîmé son enfance, après des années où ce pardon devait être repris semaine après semaine. Soixante-dix fois sept fois, chez Lewis, ce fut d'abord soixante-dix fois sept fois la même offense.
- Le pardon, de Timothy Keller. Pasteur américain, mort en 2023. Ce dernier livre (Éditions Clé) traite du pourquoi et du comment du pardon.
- La prédication de Benjamin Eggen. Pasteur français. Est-ce qu'il y a une limite au pardon ? porte sur .
- La vidéo de Pascal Denault. Pasteur québécois. Pardonner jusqu'à soixante-dix fois sept fois, prédication sur notre passage.
Questions fréquentes
01Que dit Matthieu 18:22 ?
02Faut-il pardonner exactement 490 fois ?
03Pourquoi Pierre propose-t-il sept fois ?
04Quel rapport avec Lémec ?
05Pourquoi pardonner autant ?
06Pardonner, est-ce excuser le mal ?
07Pardonner sans limite, est-ce se laisser écraser ?
08Dieu pardonne-t-il aussi sans condition ?
09Je pardonne mais la blessure revient sans cesse, ai-je vraiment pardonné ?
10Comment pardonner quand l'autre ne demande pas pardon ?
11Je n'y arrive pas, c'est trop dur.
Comment vivre ce verset au quotidien
Repère la personne pour qui tu tiens un compte. Tu connais le chiffre par cœur : « ça fait trois fois qu'il me refait le coup ». Ce compteur-là est exactement ce que Jésus vient supprimer. Tant que tu comptes, la rancune est mise de côté, non remise.
Tu peux dire la vérité en face (), poser tes limites, et renoncer quand même à la vengeance. Remets la dette comme on t'a remis la tienne.
Et si c'est trop lourd, commence par le plus petit pas : arrête de ressasser, et prie pour celui qui t'a blessé. Tu as toi-même été pardonné le premier (Jean 3:16). Demande à bxble comment pardonner quand tu n'y arrives pas.
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