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Marc 4:41·8 min de lecture

Marc 4:41 · « Qui donc est celui-ci, à qui la mer obéit ? »

« Ils furent saisis d'une grande frayeur, et ils se dirent les uns aux autres : Quel est donc celui-ci, à qui le vent et la mer obéissent ? »

Marc 4:41 · Segond

« Et ils furent saisis d'une grande crainte, et ils se disaient l'un à l'autre : mais qui est celui-ci, que le vent même et la mer lui obéissent ? »Marc 4:41 · Martin 1744

Dans ce récit, les disciples surprennent plus que la tempête qui se calme : ils ont plus peur après le miracle qu'avant. Pendant la tempête, ils craignaient de mourir. Une fois la mer plate, ils sont « saisis d'une grande crainte », et cette peur-là est d'un autre genre : ils viennent de comprendre qui est dans leur barque.

Un homme qui donne un ordre à la mer et à qui elle obéit sur-le-champ dépasse tout ce qu'ils savaient de lui.

La question « qui donc est celui-ci ? » n'a rien de rhétorique. Tout l'évangile de Marc veut te la faire poser, et l'Ancien Testament en donne déjà la seule réponse possible : celui qui commande à la mer, c'est Dieu.

La question que Marc laisse ouverte jusqu'à la croix

Ce verset ferme le récit de la tempête apaisée (4:35-41), le premier grand miracle de puissance de Marc, juste après le chapitre des paraboles. Jésus vient de dire « passons sur l'autre bord » (4:35), la barque a manqué sombrer, il dormait à la poupe (Marc 4:38), les disciples l'ont réveillé en le suppliant, et lui, debout, a « menacé le vent » et dit à la mer : « Silence ! tais-toi ! » (4:39). Aussitôt le vent tombe et « il se fait un grand calme ». Puis il les reprend : « Pourquoi avez-vous peur ? N'avez-vous point encore de foi ? » (4:40).

Ce verset est la réaction finale, et il laisse la question en suspens. Marc a ouvert son livre en annonçant « l'Évangile de Jésus-Christ, Fils de Dieu » (1:1). Dans le récit, pourtant, les démons le savent, le lecteur le sait, et les hommes de l'histoire ne le voient toujours pas. La question de 4:41 ne recevra sa vraie réponse humaine qu'à la croix, dans la bouche du centurion romain : « Assurément, cet homme était Fils de Dieu » (15:39). Entre les deux, tout l'évangile conduit lentement à cette réponse.

Le grec derrière la réaction des disciples

  1. « Ils furent saisis d'une grande frayeur ». En grec ephobêthêsan phobon megan, littéralement « ils craignirent une grande crainte ». C'est un tour hébraïque qui intensifie : une peur au superlatif. Et cette peur nouvelle arrive une fois le danger passé. La peur de mourir a laissé place à la crainte sacrée devant Dieu, la même qui saisit les hommes de la Bible quand ils réalisent en présence de qui ils se tiennent (, ).
  2. « et ils se dirent les uns aux autres ». En grec elegon pros allêlous, à l'imparfait : « ils se disaient », une parole qui circule, qui tourne, qu'on répète sans y croire. La question est trop grande pour qu'ils la lui posent en face, alors ils la retournent entre eux. La foi commence souvent comme ça, par une question qu'on n'ose pas encore adresser directement à Dieu.
  3. « Quel est donc celui-ci ». En grec tis ara houtos estin. Le mot ara, « donc », marque l'étonnement qui cherche une conclusion : « qui peut donc bien être un homme pareil ? ». C'est la question centrale de l'évangile de Marc, et le texte la laisse ouverte à dessein. La formulation contient pourtant la réponse, pour qui connaît l'Ancien Testament.
  4. « à qui le vent et la mer obéissent ». En grec hoti kai ho anemos kai hê thalassa hypakouei autô. Le verbe hypakouei, « obéit », est celui de l'obéissance d'un serviteur ou d'un enfant. Il est au singulier alors que le sujet est double, le vent et la mer : les deux plient ensemble, d'un seul coup. Dans toute la Bible, un seul personnage commande à la mer et s'en fait obéir, et c'est Dieu (, , ). En posant leur question, les disciples récitent sans le savoir la réponse.

Comment le verset est construit

  1. La réaction : « une grande crainte » (v. 41a). L'effroi sacré arrive là où on attendrait le soulagement du sauvetage.
  2. La question qui tourne : « qui donc est celui-ci ? » (v. 41b). Trop grande pour être posée à Jésus, elle circule entre eux.
  3. Le motif de la question : « le vent et la mer lui obéissent » (v. 41c). Ce fait ne rentre dans aucune de leurs catégories.

Un fait impossible, la mer qui obéit à une voix humaine, provoque une peur d'un genre nouveau, la crainte du sacré, qui débouche sur une question laissée sans réponse. Marc laisse exprès ce vide : les disciples se taisent, et l'Ancien Testament a déjà répondu. Qui commande à la mer ? Dieu. Le récit te laisse conclure toi-même qui se tient dans la barque.

Dans l'Ancien Testament, seul Dieu commande à la mer

« Il arrêta la tempête, ramena le calme, et les ondes se turent. (le geste exact de Jésus, attribué à l'Éternel) »

Psaume 107:28-29

« Tu domptes l'orgueil de la mer ; quand ses flots se soulèvent, tu les apaises. (Dieu, maître de la mer) »

Psaume 89:9-10

« Il apaise le mugissement des mers... (attribut de Dieu seul) »

Psaume 65:8

« Qui a renfermé la mer... et lui dit : Tu viendras jusqu'ici, tu n'iras pas au-delà ? (Dieu parle à la mer) »

Job 38:8-11

« la mer se calme, et les marins sont saisis d'une grande crainte de l'Éternel. (même peur sacrée, même vocabulaire) »

Jonas 1:15-16

« Cet homme était Fils de Dieu. (la réponse humaine à la question de 4:41, donnée à la croix) »

Marc 15:39

Superpose et le Psaume 107, et le sens apparaît. Le psaume décrit des marins pris dans la tempête, qui crient à l'Éternel, et « il arrêta la tempête, ramena le calme ». Marc raconte la même scène, aux mêmes mots, sauf qu'on n'invoque pas l'Éternel depuis le ciel : on secoue un homme endormi dans la barque. Marc écrit nulle part « Jésus est Dieu » ; il met sous les yeux du lecteur un homme qui fait précisément ce que la Bible réserve à Dieu. Et il laisse la question ouverte, « qui donc est celui-ci ? », pour que tu la portes jusqu'à la croix, où un soldat païen, voyant Jésus mourir, donne la réponse : « Fils de Dieu » (15:39).

L'essentiel du verset

Un homme donne un ordre à la mer et elle obéit. Le récit organise tout autour de la question que ce fait impose : qui se tient dans cette barque ?

  1. Le miracle révèle une identité. Jésus sauve l'équipage et, dans le même geste, montre qui il est. Le vent et la mer lui obéissent comme ils n'obéissent qu'à leur Créateur (Job 38, Psaume 89).
  2. La bonne peur vient du sacré. Les disciples craignent davantage après qu'avant, parce que réaliser qu'on a Dieu dans sa barque bouleverse plus qu'une vague. C'est le début de la sagesse ().
  3. La question reste ouverte pour t'y engager. Marc pose « qui donc est celui-ci ? » et te laisse la porter. La foi arrive quand tu la confesses toi-même, comme le centurion (15:39).

Pour aller plus loin

Les Pères de l'Église ont vu dans ce miracle une démonstration nette de la double nature du Christ, tenue dans une seule scène : celui qui dort de fatigue à la poupe est celui qui commande à la mer d'un mot. Jérôme, traducteur de la Bible en latin au IVᵉ siècle, soulignait ce contraste en commentant l'épisode parallèle chez Matthieu : calmer les flots est le propre de Dieu, et le sommeil qui précède montre qu'il était aussi vraiment homme. La question des disciples devient alors celle à laquelle toute la foi chrétienne répond : un seul être, à la fois pleinement Dieu et pleinement homme.

  1. King's Cross, de Timothy Keller. Pasteur américain, mort en 2023. Un chapitre entier porte sur cette traversée et sur la peur des disciples après le miracle (2011, en anglais).
  2. Le sermon de R.C. Sproul. Théologien américain du XXᵉ siècle. Calming the Sea explique que commander à la mer est une prérogative de Dieu seul, et que c'est pour cela que les disciples ont plus peur après le calme qu'avant (en anglais).
  3. La méditation de Dominique Angers. Enseignant francophone. Jésus calme la tempête (Marc 4.35-41), une dizaine de minutes.

Questions fréquentes

01Que dit Marc 4:41 ?
« Ils furent saisis d'une grande frayeur, et ils se dirent les uns aux autres : Quel est donc celui-ci, à qui le vent et la mer obéissent ? » Après avoir vu Jésus calmer la mer d'un mot, les disciples sont saisis d'une crainte sacrée et se demandent entre eux qui il peut bien être.
02Pourquoi ont-ils plus peur après le miracle que pendant la tempête ?
Parce que la nature de la peur change. Pendant la tempête, ils craignent de mourir. Après, ils réalisent qui est avec eux, et c'est la crainte sacrée qu'on éprouve en présence de Dieu.
03Pourquoi Marc ne donne-t-il pas la réponse à « qui est-ce ? »
C'est volontaire. Il veut que tu la trouves toi-même en reconnaissant, dans les Psaumes et dans Job, que commander à la mer est un acte réservé à Dieu. La réponse humaine viendra à la croix (15:39).
04Quelle est la réponse ?
Le texte la suggère par l'Ancien Testament : seul Dieu commande à la mer (Psaume 107, Job 38). Celui qui est dans la barque est donc Dieu venu parmi les hommes.
05Que veut dire que « le vent et la mer obéissent » ?
Le verbe est celui de l'obéissance d'un serviteur, et il est au singulier : les deux forces plient d'un bloc, instantanément, comme devant leur maître. La création reconnaît sa voix.
06Ce récit prouve-t-il vraiment que Jésus est Dieu ?
Le texte le montre, sans l'affirmer directement. Jésus fait ce que l'Ancien Testament attribue à Dieu seul : apaiser la mer d'un ordre (). Pour un lecteur juif, le message est sans ambiguïté.
07Jésus, un simple prophète ?
Les prophètes agissent en priant Dieu d'intervenir : Élie appelle le feu, Moïse lève son bâton. Jésus commande directement, de sa propre autorité, et la mer lui obéit. C'est la différence entre demander à Dieu et être Dieu.
08N'est-ce pas juste une tempête qui s'est arrêtée toute seule ?
Le texte insiste sur l'instantané, « aussitôt il se fit un grand calme » (v. 39). Une mer agitée met du temps à s'aplanir, les vagues retombent lentement. Le « grand calme » immédiat après une « grande tempête » est précisément ce qui terrifie les disciples.
09Qu'est-ce que ça change pour moi de savoir qui est dans ma barque ?
Tout. Si celui qui traverse tes tempêtes est celui à qui la mer obéit, alors aucune d'elles ne décide de l'issue.
10J'ai encore peur même en croyant en Dieu, est-ce normal ?
Les disciples ont peur en pleine présence de Jésus. La foi déplace la crainte peu à peu, de la peur des circonstances vers le respect de celui qui les tient.
11Comment répondre à la question « qui est celui-ci ? » dans ma vie ?
En la portant jusqu'à la croix, comme Marc t'y invite. C'est là, en le voyant mourir pour toi, que tu peux dire à ton tour, avec le centurion : « c'est le Fils de Dieu ».

Comment vivre ce verset au quotidien

Tu passes beaucoup de temps à demander à Dieu de calmer tes tempêtes. C'est normal, les disciples ont fait pareil. Ce verset déplace pourtant ta question : « qui est dans ma barque ? » passe avant « est-ce que la mer va se calmer ? ». Parce que si tu sais qui est avec toi, tu peux traverser n'importe quoi, y compris une mer qui reste agitée.

Regarde la peur des disciples. Ils tremblent plus une fois le calme revenu que pendant les vagues. Ils viennent de comprendre quelque chose de plus grand que leur naufrage : ils ont Dieu dans leur bateau. Un homme épuisé, endormi à la poupe, se lève et la mer lui obéit aussitôt. Une tempête peut te tuer ; découvrir qui est Jésus retourne toute une vie.

Alors laisse la question te travailler, comme Marc l'a voulu. « Qui donc est celui-ci ? » Porte-la jusqu'à la croix, parce que c'est là qu'elle se joue : il commande à la mer, et il a accepté de couler à ta place pour que ta barque, à toi, arrive de l'autre côté. Le jour où tu réponds toi-même « c'est mon Dieu », les vagues gardent la même taille, et tu sais qui est avec toi dans la barque. Si tu ne sais pas par quel bout la prendre, demande à bxble qui est celui qui commande à la mer.

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La Rédaction · bxble, publié le 1 juillet 2026

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