Marc 4:38 · pourquoi Jésus dort pendant la tempête
« Et lui, il dormait à la poupe sur le coussin. Ils le réveillèrent, et lui dirent : Maître, ne t'inquiètes-tu pas de ce que nous périssons ? »
Marc 4:38 · Segond
« Or il était à la poupe, dormant sur un oreiller ; et ils le réveillèrent, et lui dirent : Maître, ne te soucies-tu point que nous périssions ? »Marc 4:38 · Martin 1744
Jésus dort pendant la tempête par pure confiance. Il dort parce que rien, pas même une tempête qui terrifie des pêcheurs de métier, ne peut le séparer de son Père.
Et la question des disciples, « ça ne te fait rien qu'on meure ? », est exactement celle qui monte en toi quand tout tangue et que le Ciel semble se taire.
Ce verset répond à cette question : il montre à qui la poser, à celui qui dort dans ta barque parce qu'il sait que cette barque n'ira pas au fond. Les disciples se trompent en concluant qu'un Jésus endormi les a laissés seuls.
Le soir d'une longue journée, sur le lac de Galilée
On est à la fin d'une longue journée d'enseignement. Marc 4 est le grand chapitre des paraboles : le semeur, la lampe, la semence qui pousse seule, le grain de moutarde. Jésus a parlé toute la journée depuis une barque, à cause de la foule (4:1). Le soir venu, il dit une phrase courte qui déclenche tout : « Passons sur l'autre bord » (4:35).
Notre verset ouvre le premier des grands miracles de puissance de Marc (4:35-5:43 : la tempête, le démoniaque de Gérasa, la femme malade, la fille de Jaïrus). Après avoir enseigné avec autorité, Jésus va montrer cette autorité en acte, d'abord sur la nature elle-même. La traversée tourne à la catastrophe : « il s'éleva un grand tourbillon de vent, et les flots se jetaient dans la barque, au point qu'elle se remplissait déjà » (4:37). Le lac de Galilée, encaissé, est connu pour ces bourrasques brutales.
Et au cœur de ce chaos, Marc pose volontairement un contraste : la barque se remplit d'eau, et lui, il dort. Tout le récit tient sur ce contraste, jusqu'à la question finale des disciples : « Quel est donc celui-ci ? » (4:41).
Le grec derrière chaque détail de la scène
- « Et lui, il dormait ». En grec autos ên... katheudôn. Le mot autos, « lui », est mis en avant pour marquer l'opposition : eux paniquent, lui dort. Le participe katheudôn décrit un sommeil installé, profond. C'est le seul épisode des évangiles où on voit Jésus dormir, et Marc est le seul des trois récits à en donner le détail matériel. Ce sommeil marque son humanité, puisqu'il se fatigue comme nous, et sa paix, puisqu'il dort quand tout le monde crie.
- « à la poupe sur le coussin ». En grec en tê prymnê epi to proskephalaion. La prymnê est l'arrière du bateau. Le mot proskephalaion, précédé de l'article, « le coussin », désigne probablement le coussin du barreur, celui sur lequel on s'appuyait pour tenir la barre. C'est une notation de témoin oculaire, typique de Marc, qui écrit d'après les souvenirs de Pierre. Celui qui commande aux vents dort la tête sur le petit coussin d'une barque de pêche.
- « Ils le réveillèrent ». En grec egeirousin auton, un présent de narration qui rend la scène vive : « ils le réveillent ». Le verbe egeirô est aussi celui de la résurrection, « se relever ». Ici, c'est le geste brutal de gens à bout : ils le secouent. La foi malmenée réveille encore Dieu, même mal, même en lui faisant un reproche, et ce réflexe les conduit vers lui.
- « Maître ». En grec Didaskale, « enseignant, maître ». Ils l'appellent par le titre du rabbin, celui qui enseigne. Chez Matthieu et Luc, la même scène donne « Seigneur, sauve-nous, nous périssons ! » () et « Maître, maître, nous périssons ! » () ; Marc garde la version la plus crue. Ils s'adressent au professeur de la journée, et la suite (v. 41) montre que ce titre reste trop petit pour lui.
- « ne t'inquiètes-tu pas de ce que nous périssons ? ». En grec ou melei soi hoti apollymetha. L'expression ou melei soi veut dire « ça ne te concerne pas ? tu t'en fiches ? », et c'est un reproche direct. Apollymetha, au présent, dit « nous sommes en train de périr », on coule maintenant. Tout se joue sur ce soupçon, celui que la peur porte contre Dieu quand il tarde, et le récit existe pour le démentir.
Comment la scène est construite
- Le contraste. La barque se remplit (v. 37), et lui, il dort (v. 38a). Le chaos autour, la paix au centre.
- Le geste. Ils le réveillent (v. 38b). La détresse se tourne vers lui, brutalement mais dans la bonne direction.
- Le reproche. « ça ne te fait rien qu'on meure ? » (v. 38c). La peur passe de « aide-nous » à « tu nous as abandonnés ».
Tout tient dans ce glissement, de « on a peur » à « tu t'en fiches ». Toute panique spirituelle passe par là : le silence apparent de Dieu, ici son sommeil, est aussitôt lu comme de l'abandon. Le récit dément cette lecture. Il dort parce qu'il sait ce que les disciples ignorent encore, que cette barque arrivera de l'autre côté, parce que lui l'a dit (v. 35).
Le sommeil de Jésus, celui du psalmiste, celui de Jonas
« le même épisode. Chez eux, le reproche des disciples est plus doux (« Seigneur, sauve-nous »). Marc garde la version la plus rude. »
Matthieu 8:23-27 et Luc 8:22-25
« Je me couche et je m'endors en paix, car toi seul, ô Éternel, tu me donnes la sécurité. (le sommeil de la confiance) »
Psaume 4:9
« Je me couche, et je m'endors ; je me réveille, car l'Éternel est mon soutien. »
Psaume 3:6
« un autre homme qui dort dans une tempête en mer, mais lui fuit Dieu ; on le réveille aussi. »
Jonas 1:5-6
« Dans leur détresse, ils crièrent à l'Éternel... Il arrêta la tempête, ramena le calme. (Dieu seul maîtrise la mer) »
Psaume 107:28-29
« peu après, Jésus marche sur cette même mer. La maîtrise des eaux est un motif qui revient. »
Marc 6:48-51
Mets le sommeil de Jésus à côté du Psaume 4. « Je me couche et je m'endors en paix, car toi seul me donnes la sécurité. » Le croyant du psaume dort parce qu'il fait confiance à Dieu. Jésus dort le même sommeil, et lui est celui à qui on fait confiance. Sa paix est la forme la plus haute de la foi, celle qui n'a plus rien à prouver. Compare maintenant avec Jonas : lui aussi dort dans une tempête, et son sommeil est une fuite, il descend au fond du bateau pour échapper à Dieu ; quand on le réveille, la tempête ne s'arrête que lorsqu'on le jette à la mer. Jésus, lui, se lève et commande. Là où Jonas, jeté à l'eau, apaise la colère, Jésus, debout dans la barque, apaise la mer. Celui qui descend dans la mort pour sauver l'équipage, ce sera lui, à la croix.
L'essentiel du passage
Le sommeil de Jésus dit sa confiance, et sa présence dans la barque tient pendant qu'il dort. Le silence de Dieu dans l'épreuve reçoit ici une réponse en acte.
- Jésus est pleinement homme. Il dort, épuisé par la journée. Le Fils de Dieu connaît la fatigue réelle d'un corps.
- Son sommeil est une confiance. Il dort la paix du Psaume 4, parce que rien ne peut le séparer du Père et parce qu'il a dit « passons sur l'autre bord ». Sa parole tient, donc la barque tiendra.
- Sous la peur, le silence devient une accusation. « Ça ne te fait rien ? » Le vrai danger du verset vient du soupçon qui monte contre Dieu quand il tarde. C'est ce soupçon que Jésus corrige, d'abord en agissant, puis en demandant « pourquoi avez-vous peur ? N'avez-vous point encore de foi ? » (v. 40).
Pour aller plus loin
Très tôt, l'Église a lu cette barque comme une image d'elle-même : un petit bateau ballotté sur la mer du monde, secoué par les persécutions, et qui porte le Christ à son bord. Tertullien, écrivain chrétien d'Afrique du Nord au tournant des IIᵉ et IIIᵉ siècles, voyait déjà dans la barque battue par les flots la figure de l'Église malmenée. Augustin, évêque d'Hippone au IVᵉ siècle, en a tiré une lecture qui a traversé les siècles : quand la tempête submerge un croyant, c'est que le Christ dort dans son cœur, sa foi étant assoupie. Il en tire la marche à suivre, réveiller cette foi pour que le calme revienne.
- L'harmonie évangélique de Calvin. Jean Calvin, réformateur français installé à Genève au XVIᵉ siècle. Dans le deuxième volume de son harmonie des évangiles (Kerygma/Excelsis), il écrit que le Christ dormait comme la nature humaine le requérait, pendant que sa divinité veillait.
- Les sermons de Spurgeon et Keller. Charles Spurgeon, prédicateur baptiste londonien du XIXᵉ siècle : Christ Asleep in the Vessel (1873) note que ce sommeil est le seul que les évangiles rapportent de Jésus. Plus récent, Tim Keller, pasteur américain : Lord of the Storm (les deux en anglais).
- La vidéo de Regards protestants. Jésus apaise une tempête (Marc 4, 35-41), en français.
Questions fréquentes
01Que dit Marc 4:38 ?
02Pourquoi Jésus dort-il alors que la barque coule ?
03Ça veut dire quoi, ce détail du « coussin » ?
04Les disciples ont-ils bien fait de le réveiller ?
05Que signifie « ne t'inquiètes-tu pas... ? »
06Si Jésus est Dieu, comment peut-il dormir et être fatigué ?
07Ce récit n'est-il pas juste une belle histoire ?
08Dieu se soucie-t-il vraiment de nous quand il se tait ?
09J'ai prié et le Ciel se tait, comme si Dieu dormait.
10Est-ce que Dieu m'en veut si je lui parle mal quand j'ai peur ?
11Comment faire quand tout tangue et que je suis submergé ?
Comment vivre ce passage au quotidien
Il y a des saisons où tu écopes l'eau à mains nues pendant que le Ciel a l'air de dormir. Tu pries, tu attends, et rien. Et la pensée arrive, toujours la même : « Ça ne te fait rien ? Tu vois bien que je coule ? » Ce verset ne te juge pas d'avoir cette pensée, les disciples l'ont eue avant toi, et c'étaient des pêcheurs aguerris terrifiés par une mer qu'ils connaissaient par cœur. Il te dit une chose : tu confonds « il dort » et « il s'en fiche », et ces deux-là n'ont rien à voir.
Regarde où il dort. À la poupe, la tête sur le coussin, dans la même barque que toi, sous la même pluie, secoué par les mêmes vagues. Il est monté à bord, exposé à la même tempête que toi. Sa paix au milieu du chaos annonce l'issue de la traversée.
Alors garde leur bon réflexe : va le réveiller, crie vers lui, ne reste pas seul à l'avant à fixer les vagues. Et laisse tomber leur erreur, qui était de le croire indifférent. Il a dit « on passe de l'autre côté ». Ta traversée a une destination qu'il a fixée lui-même, et aucune tempête n'a le pouvoir de changer sa parole. Réveille ta foi avant ta panique, et regarde qui dort dans ton bateau. Demande à bxble ce que veut dire réveiller sa foi.
Une question sur ce passage ?
Pose-la à bxble →